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22.03.2010

MEDIAPART: Régionales: les secrets de la boîte à outils d’Europe Ecologie

Mediapart, le19 Mars 2010 Par Jade Lindgaard

  • Les discours œcuméniques voire amoureux de l'alchimie Europe Ecologie racontent une épopée électorale idyllique. D'Augustin Legrand ( rue 89) , le fondateur des Enfants de Don Quichotte, association de lutte contre le mal logement, à Philippe Meirieu, l'universitaire spécialiste d'éducation, de l'ancienne juge Laurence Vichnievsky  au maire PC de Sevran Stéphane Gatignon ( nouvel OBS), en passant par Robert Lion ( Libération) , l'ancien président de la Caisse des dépôts et consignation, les candidats d'Europe Ecologie incarnent une étourdissante diversité de parcours et d'engagements. Renouvellement, spontanéité: l'idée d'une relève. «C'est moderne», s'enthousiasme Julien Bayou   , du collectif Jeudi Noir, lui aussi candidat en Ile-de-France.  
  • En réalité, les alliances ne se firent ni sans tensions, ni sans désaccords. Prenons ainsi la proposition phare des écologistes en Ile-de-France: la création d'un pass navigo à 65 euros pour tous a d'abord été combattue en interne par certains Verts.
  • C'est le maire de Sevran, Stéphane Gatignon, ex-communiste, qui le premier l'a formulée. Faire payer plus cher les Parisiens (56 euros par mois aujourd'hui) mais quasiment diviser par deux la carte des banlieusards les plus éloignés (123 euros pour les six zones de la région): «Il fallait quelque chose qui fasse ressentir une appartenance à une communauté de destins», explique Rodrigo Arenas, proche de Gatignon. Et un geste fort de solidarité en direction des périphéries urbaines. Mais selon la culture historique des Verts, plus on voyage loin, plus le transport doit coûter cher, pour lutter contre l'étalement urbain. Deux cultures s'entrechoquent. «La proposition n'était pas évidente», se souvient Denis Baupin  , adjoint de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, chargé du développement durable, plutôt critique de la proposition au départ. Un pass moins cher, cela signifie moins de recettes et donc moins de moyens pour développer les transports collectifs. C'est Cécile Duflot qui a emporté l'adhésion des écologistes. «Je n'ai pas de problème à défendre le pass aujourd'hui, ajoute Denis Baupin, j'en vois clairement les aspects positifs comme la solidarité régionale.» Pour Rodrigo Arenas, «une culture politique s'est mise en place. La crise a joué un rôle. On avait tous un sentiment d'urgence politique et sociale. Le politique a pris le pas sur le technique.»
  • Le programme d'Europe Ecologie  pour les régionales ressemble à un millefeuille, ou plutôt, à un solide plat de lasagnes. Il superpose les idées glanées dans sa vaste galaxie politique: propositions d'associations de terrains, vieilles revendications des Verts, hypothèses à l'étude dans les centres de recherche universitaires, exemples étrangers, inspiration des communistes, slogans d'une jeune plume de Daniel Cohn-Bendit («la qualité de vie n'est pas un privilège»).
  • Ce rassemblement, c'est la vitrine d'Europe Ecologie. Pour ce faire, les candidats ont bénéficié d'un travail discret mais acharné, dès le lendemain des élections européennes de 2009, d'élaboration des programmes électoraux. Qui leur a permis de franchir un cap décisif: le passage de la culture «techno» et militante à la vision politique fédératrice. Cette transformation ne doit rien au hasard.
  •  
  • «Il fallait un imaginaire et une crédibilité: un responsable politique doit marcher sur ses deux jambes», analyse Edouard Gaudot, ancien collaborateur du polonais Bronislaw Geremek, aujourd'hui plume de Daniel Cohn-Bendit et co-rédacteur du projet pour l'Ile-de-France. Car «l'écologie, c'est un peu la culture des monomaniaques: nucléaire, biodiversité, relocalisation de l'économie...», remarque Gérard Onesta  , ancien député européen, aujourd'hui candidat en Midi-Pyrénées. Donc, «on a voulu sortir de la politique de niche pour prioriser les questions transversales: l'emploi, les transports, la santé... sur la base du fond commun programmatique des écologistes, il y a eu un saut qualitatif. Une alchimie entre ceux qui parlent mesure et ceux qui parlent politique», explique Edouard Gaudot.
  • Il y a eu les consultations et les concertations tous azimuts, y compris avec des acteurs jusque-là jamais sollicités. En Rhône-Alpes, Philippe Meirieu et son équipe de campagne rencontrent des directeurs de pôles de compétitivité et chefs d'entreprise «pour tester le projet et démystifier la peur de l'écolo beatnik qui déteste l'économie», raconte Eric Piolle, candidat et proche de l'universitaire. «Je suis un cadre dirigeant, je suis comme ces grands patrons que nous avons rencontrés, ça permet de crédibiliser et d'installer un travail.»  
  • Début décembre, Gérard Onesta et ses co-listiers organisent une grande convention à Toulouse («dans une boîte de nuit, mais sans boule à paillettes») pour discuter de leurs premiers documents de programme avec le public. Six cents personnes se déplacent. Et là, surprise: «Au lieu de sortir avec un catalogue d'idées, on se retrouve avec de grandes trames: “anticiper enfin”, “réorienter vraiment”, “gouverner autrement”.» Ces forums se multiplient. Un «long processus, épuisant».
  • En Lorraine, les candidats rencontrent les syndicats de la sidérurgie. «On ne fera pas la transformation de l'économie sans les acteurs concernés», explique Sandrine Bélier, élue d'Europe Ecologie au Parlement européen, qui a recyclé dans la campagne des régionales les chiffres et analyses des Verts européens sur le «green new deal». Au programme des listes: la tenue d'états généraux et d'assises réunissant élus, syndicats de salariés, d'employeurs, chambres de commerce, associations de protection de l'environnement... cela vous rappelle quelque chose? C'était le dispositif du dialogue «à cinq» des tables rondes du Grenelle de l'environnement en octobre 2007.  
  • En Rhône-Alpes  , Europe Ecologie annonce la création de 50.000 emplois non délocalisables dans la filière bois, le paramédical, le recyclage. Dans le grand Est, ils planchent sur la conversion de l'industrie de l'acier dans la fabrication d'éoliennes, ou de la carrosserie de voitures en carénages de trains et de trams. Pour Gérard Onesta: «Avant, on partait du principe qu'on savait ce qu'il fallait dire sur l'agriculture: défendre le bio. Mais les paysans nous ont surtout parlé de leur problème d'accès à la terre. On a donc introduit une proposition sur la préemption du foncier.»
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  • Sur les listes Europe Ecologie des régionales, on retrouve des anciens responsables d'ONG, d'associations, de syndicats: Confédération paysanne  , Greenpeace  , Act Up  , enfants de Don Quichotte, Fondation Copernic, Convention pour la VIe République   . Une noria de candidats experts. «A la différence d'autres partis où l'on trouve souvent des responsables politiques généralistes, nous avons plein de spécialistes», pointe Hélène Gassin  , candidate en Ile-de-France et ancienne chargée de campagne énergies de Greenpeace.
  • Co-rédactrice du projet d'Europe Ecologie lors des européennes, elle saute le pas et se porte candidate pour les régionales. Avec une idée bien connue du milieu des énergéticiens alternatifs: la création d'une nouvelle forme de service public qui, à partir de sociétés de services d'énergie, fournirait à chacun de quoi se chauffer, en se payant sur les économies d'énergie qu'elles font réaliser à leurs clients. Une petite révolution qui figure dans le programme final sous la forme d'un clin d'œil à EDF: «Idf énergie nouvelle» détourne le nom de la filière énergie renouvelable du groupe français. «Les socialistes l'ont gardée» pour le second tour, se réjouit la jeune femme. Toujours le même alliage: un fond techno, sous un emballage attrape-cœur.
  • En Ile-de-France, entre la toute première mouture de programme et l'entrée en campagne, on est passé du langage «techno» – «bassin de vie», «modulation», «étalement urbain» – et de la vision d'une «région village» à un projet prospectif, très économique, en grande partie consacrée à la conversion écologique de la production, des transports, de la consommation, et de l'agriculture.
  • Une étude y est ainsi commandée à un laboratoire du CNRS   pour estimer le nombre d'emplois que pourrait créer la conversion écologique de l'économie (retrouver l'article   que Mediapart y avait consacré). Ce type d'étude «permet d'objectiver certaines choses et de créer du consensus, analyse Pascal Canfin  , eurodéputé et ancien journaliste à Alternatives économiques  , à l'initiative de la modélisation. Ça redonne un sens au débat politique.» Une autre enquête scientifique, ambitieuse, est en cours.
  • «Quand je suis arrivé avec mes idées de démocratie participative, je pensais qu'ils allaient adorer», se souvient Bastien François  , politiste et co-fondateur de la convention pour la VIe République, «eh bien... non. Ils m'ont demandé: “Est-ce que c'est faisable? Montre-nous comment ça pourrait marcher”». Résultat: un projet d'expérimentation de budget participatif dans 10% des lycées franciliens et une proposition de parlementarisation du conseil régional.
  • Du pragmatisme toujours. Et du réalisme. Au final, pour le pass navigo, la profession de foi commune  avec le parti socialiste pour le second tour des régionales de dimanche annonce qu'«une tarification unique sera mise en œuvre à mi-mandat». Une concession des socialistes, à l'origine hostiles à la réforme, effrayés par son coût financier.
  • Car en Ile-de-France, comme en Rhone-Alpes, en Alsace ou en Pays de la Loire, le rapport de force a changé. Les majorités de gauche ont besoin des voix écologistes. La boîte à outils d'Europe Ecologie veut maintenant infuser le reste de la gauche.

Commentaires

Merci Citoyenactif pour ce message très clair et très fourni sur le programme et la dynamique EE
Nous avons maintenant à travailler autour de la construction du mouvement, cela commence ou se poursuit lundi 22 mars.
Posons-nous les bonnes questions et échangeons sur nos expériences.

Je vous propose cette petite réflexion :
“Un nouveau mouvement doit naître.
Un mouvement démocratique qui redonne le goût du politique à la population.
Donc un mouvement dont l’organisation et le discours doivent être émis par cette population et non par les têtes d’affiche d’un appareil bureaucratique.
Pour cela partageons sur nos expériences militantes ou politiques.
Essayons d’éviter les pièges (structurels, comportementaux, organisationnels, discursifs…) qui ont vidé, non seulement les isoloirs, mais aussi certains partis ou mouvements traditionnels.
Imaginons les formes nouvelles en partant de nos expériences, le bon est aussi recevable !
Partageons sur nos illusions et nos désillusions.”

à bientôt et bonne semaine à tous.

A +
Evelyne

Écrit par : Evelyne | 22.03.2010

L'idée de mettre l'imagination en politique ( pouvoir) slogan de mai 68 ! quelque chose de neuf ! vous raillez les vieux clicher et dès qu'on propose du neuf vous n'êtes pas content ! osons le changement, discutons ! l'avenir est là, et Dany nous ouvre la route ! à nous de construire une autoroute là dessus ( voir Cohn-Bendit veut créer une «Coopérative politique») !

Écrit par : steph | 22.03.2010

Que pensez de l'idée de Daniel Cohn-Bendit veut créer une «Coopérative politique», L’Appel du 22 mars Changer la politique pour changer de politique.

Je pense que cela sera très bénéfique. La politique actuelle de délation a encourager le parti d'extrême droite. Le FN a progressé de 500.000 voix selon l'AFP. A voir. Guillon attaque Besson «l'attaché de presse du FN»... qui réplique
ARTICLE + VIDÉOS Le ministre n'a pas apprécié le billet du chroniqueur, ce matin. Et l'a fait savoir. http://www.liberation.fr/politiques/0101626029-guillon-attaque-besson-l-attache-de-presse-du-fn-qui-replique

Bonne semaine

Écrit par : citoyenactif | 22.03.2010

Appel du 22 mars: la réaction de Duflot
AFP

La secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot a réagi aujourd'hui à l'appel du 22 mars lancé par Daniel Cohn-Bendit pour la création d'une "coopérative politique" en jugeant que "la question organisationnelle" était "seconde" à l'heure actuelle.

"La question organisationnelle qui se pose à nous, elle est importante, mais elle est seconde. Ce qu'on attend aujourd'hui, c'est quand même des réponses concrètes à des problèmes concrets", a-t-elle affirmé sur Canal+. "On ne voit pas très bien ce que ça veut dire concrètement", a jugé Cécile Duflot à propos de la "coopérative politique", tout en reconnaissant qu'il y avait "des choses intéressantes dans le texte de Daniel Cohn-Bendit"."L'idée de dire qu'il faut qu'on travaille ensemble dans une forme qui n'est pas la forme de parti traditionnel mais qui s'appuie sur ce qui s'est fait jusqu'à présent, c'est une bonne idée."

"Quand les choses se passent très bien, on n'est pas obligé de dire qu'il faut tout remettre à plat", a ajouté la secrétaire nationale des Verts, pour qui Europe Ecologie a réussi à convaincre. "L'écologie politique a franchi un pallier à cette élection régionale, c'est le pallier de la crédibilité sur les questions économiques et sociales."

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Écrit par : fray | 22.03.2010

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