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14/07/2011

Pourquoi nous avons peur de changer

Texte paru dans Agoraphobie et liberté.  : « Étrange association que la peur des grands espaces et le libre arbitre.

 Ce matin, après une dispute, résultat et conséquence de mes angoisses mal gérées, je viens de comprendre le lien entre mes attaques de panique et ma peur d’être libre de choisir ma vie.

Comme moult enfants uniques et « petits derniers » de la fratrie, je me suis construit en obéissant d’abord à un père autoritaire et à une mère manipulatrice et anxieuse, une sœur entièrement sous la coupe de mon père, je fus d’abord un enfant sage, très sage, trop sage, tranquille et sans histoire, on me fichait la paix puisqu’on me prenait pour un débile léger. J’étais prêt à tout faire pour plaire, et surtout ne pas déplaire.

Quand, trahi par mon institutrice, mes parents ont découvert que j’étais intelligent, ils n’ont plus eu de cesse que je sois le premier partout et toujours. Famille d’émigrés juifs allemands réfugiés en France, d’une culture familiale d’excellence élitiste, nous étions condamnés à réussir tous, mais aussi pour ne jamais dépendre de personne et ne plus jamais être humiliés, comme le fut mon père sous le régime nazi, puis à travers ses pérégrinations en France où il survécut à la guerre pour devenir un chef d’entreprise respecté et reconnu. Bref, ce fut le début de mes problèmes. Ma sœur aînée devint encore plus jalouse de moi, mon père mit tout à ma disposition pour que je sois toujours le premier à l’école. Ma mère, « angoissée de naissance », selon ses propres dires, mal aimée de sa mère, a passé sa vie à travailler d’arrachepied pour ne pas déchoir. D’une position de famille allemande bien établie depuis moult générations, ne pas décevoir son père qui était Dieu incarné à ses yeux, et, en même temps, incapable de donner ou recevoir de l’affection d’une mère par ailleurs très généreuse avec les pauvres et très pieuse.

 

J’ai surtout connu ma mère angoissée, passant une grande partie de son temps à gérer ses angoisses en se sécurisant comme elle pouvait : d’abord en se mettant sous l’aile de gens dignes de confiance comme mon père, ou bien de la femme qui l’a protégée pendant la guerre lors de sa fuite en zone libre, jusqu’à ce qu’elle retrouve mon père, puis qu’ils soient cachés par des justes dans une ferme du sud Aveyron. Ensuite, elle s’est mise sous la protection du dieu travail qui, lui aussi, devait lui assurer la tranquillité sur terre. Travaillant 10 à 12 heures par jour, mangeant à toute vitesse à midi tout en parlant travail avec mon père, inquiète que nous salissions ses jolis meubles Louis XV. Toujours aimable avec tous, et cherchant à faire plaisir à tout un chacun afin d’interdire toute marque d’hostilité.

Mais plus elle se rassurait, et plus elle avait peur de tout perdre. Elle invoquait souvent la possibilité que l’entreprise fasse faillite. Elle craignait le désordre et la laideur comme la peste. Malheureusement, comme tout mécanisme de défense, le besoin de réassurance est comme une drogue qui finit par ne plus fournir la prestation attendue : plus on en prend, et plus on devient dépendant, et plus on est en manque, et plus on en prend, d’où le cercle vicieux. La solution finit par amplifier le problème qu’elle est censée résoudre.

Par ailleurs, je n’ai pu satisfaire mes parents que jusqu’en 5ème, ou j’ai pu rester premier de classe. Mais dès la 4ème, mes résultats ont commencé à flancher, mes angoisses ont empiré, j’avais des maux de ventre terribles, des malaises en classe qui m’obligeaient à sortir pour aller à l’infirmerie, mes parents, ne voulant que mon bien, commencèrent à consulter, et je rencontrais entre autres un psychiatre qui diagnostiquait par électroencéphalogramme que j’étais intellectuellement en avance, mais que je n’aurais jamais dû lire Alexandre Dumas si tôt, probablement pour des raisons liés à un freudisme mal digéré. Bref, bien que juif lui-même, il ne pouvait pas comprendre que j’étais tellement centré sur les attentes des autres, tout en ayant peur de ne pouvoir les satisfaire, que je me retrouvais littéralement « hors de moi ». D’où une anxiété permanente et diffuse, que mon manque de sociabilité ne pouvait compenser. Solitaire, car complexé de ma petite taille, je ne me sentais pas capable de me confronter à mes pairs plus grands et plus matures physiquement. Je me sentais incapable de me battre avec eux, bien que je fasse du judo, et il est probable que j’aurais su me débrouiller, si je m’étais fait confiance. Je préférais rester dans les jupes de ma nounou dont l’amour m’était acquis et que je pouvais manipuler à ma guise.

Bref, je ne pouvais, dans cette dynamique, que finir par m’opposer. Je devins donc un rebelle. Ne pouvant réussir en obéissant, ne pouvant plus être le meilleur, je ne pouvais que devenir le pire, la médiocrité m’étant de fait interdite.

Ainsi je me suis retrouvé, en partie malgré moi, dans une position d’opposant en colère, incapable de tenir un travail salarié, de m’engager dans une relation affective de longue durée, Don Juan infatigable en quête du graal féminin, mais en même temps, campant sur une position de supériorité morale, puisque, intelligent et génie méconnu, je savais tout mieux que tout le monde. Voulant échapper au modèle familial, j’y suis tombé à bras raccourcis. J’ai en fait joué à fond le rôle qu’on m’a assigné, celui de l’enfant intelligent et doué, mais bizarre et marginal, incapable de se débrouiller seul face aux difficultés de la vie. Je me suis retrouvé ambitieux et élitiste, et j’ai fini comme mon père en tyran domestique, et comme ma mère par être anxieux, je me sens incapable de décider hors d’un système binaire : j’ordonne, j’obéis ou je m’oppose.

Pas étonnant que face à des difficultés à affronter de sérieuses épreuves, une séparation très difficile et la maladie de proches, je finisse par devenir phobique et que je cède à des attaques de panique, qui ont commencé par l’incapacité à prendre le métro, et qui ont fini par la peur de sortir de chez moi. Je me suis retrouvé acculé par mes peurs. Derrière toutes ces peurs se cache surtout la peur de la liberté.

C’est ainsi que je viens de comprendre pourquoi mes patients ont tellement peur de bouger de leur position de vie. Si comme dans toute bonne thérapie, le patient prend conscience de son conditionnement familial, s’il comprend comment il est l’acteur de son propre malheur, mais aussi de ses réussites, si donc il entrevoit comment se libérer de sa névrose, il n’est pas étonnant qu’il éprouve le vertige devant la liberté qui se présente à lui. Le choix des options est tellement vaste qu’il peut en être saisi d’effroi, comme un voyageur débouchant sur un immense et magnifique désert, ou un étranger se retrouvant au milieu de la place de l’Étoile, avide de découvrir Paris. Par où commencer ?

L’angoisse, quand nous arrêtons de la fuir ou de vouloir la maîtriser devient une source de créativité. Si on ose la vivre, la suivre et la traverser, elle nous guide vers des émotions sous-jacentes, vers de l’énergie, et la vraie prise de conscience. Si on cesse de la voir comme une ennemie à abattre, ou à maîtriser, elle nous guide vers de nouvelles directions.

Ludwig » Un texte, hymme a la liberté face au formatage de la société. cf « Les stratégies et techniques employées pour la manipulation de l'opinion publique et de la société "  10 principes de contrôle de la société, Révolution virtuelle et révolution réelle

 

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