20.11.2011
Article semaine des indignés
Rencontre des Indignés à Bruxelles
...Le mouvement apprend de ses erreurs...tant mieux!...
L’Arrivée et la question de l’occupation
Le samedi 8 Octobre, lors de l’arrivée des indignés à Bruxelles, une question s’est tout de suite imposée : dormons-nous dans le parc avec nos tentes (nombre d’entres elles étaient déjà installées) comme prévu (le Bourgmestre de la commune de Koekelberg a retiré l’autorisation la veille, le 7 octobre), ou dormons-nous dans l’université à côté ? Cette question, c’est la Police locale qui l’a formulée, avec une syntaxe bien particulière. La seconde option étant « acceptable sans négociations », sous peine d’intervention des forces de l’ordre.
Cette dernière proposition, dont la source a dès le début été tout sauf claire, fut l’objet d’un long débat de plusieurs heures, où la logistique laissa place à la politique, puisque les questions étaient celles de l’occupation ou non de l’espace public (l’essence du mouvement) et de l’obéissance ou non aux injonctions des autorités.
Les arguments qui furent répétés en faveur de l’utilisation de l’Université HUB (Hogeschool-Universiteit Brussel) étaient que nous pourrions toujours disposer de l’espace publique durant la journée (voire de redébattre de l’occupation), et ainsi, mettre en place nos groupes de travaux, assemblées et conférences de presse, aux yeux de tous. En somme, reproduire ce qui fait la force du mouvement des Indignés depuis plusieurs mois : réappropriation de l’Agora. Contacts et échanges avec la population sans aucunes démarches prosélytes. Intérêt et mobilisation croissante, ou au minimum une visibilité accrue du mouvement laissant la trace d’un « quelque-chose se passe… », chaque jour plus présente dans les consciences collectives.
Au final le débat se soldera par une absence de décision par consensus. Environ 2/3 des personnes présentes choisiront d’utiliser les locaux de l’Université quand l’autre tiers choisira de rester sur place (48 Indignés se feront donc arrêtés pour refus d’obéir, avec douze heures de rétention administrative).
Bref, arrestations mises à part, la mobilisation semblait se présenter plutôt pas mal. Programme fourni et semaine de débats pour nous permettre d’aller plus en profondeur sur des thématiques précises, en vue de, pourquoi pas, proposer des solutions concrètes (que les médias nous réclament sans cesse), et tout du moins, de préparer un samedi 15 octobre du tonnerre.
Le Campement des Indignés : Une Rencontre
Un mélange culturel. Confinés entre quatre murs, les indignés réunis à Bruxelles forment une entité aux 3 facettes. Les marcheurs, espagnols et français surtout; les campeurs de Belgique et les ralliés de la cause. Les premiers ont l'expérience, ils sont fatigués et déterminés. Mais surtout, ils connaissent déjà l'histoire du mouvement, de ses réussites et ses difficultés légales, logistiques et humaines. Les seconds : les campeurs belges, sont chez eux. Ils ont lutté depuis le mois de juin pour faire vivre le mouvement. Ils se sont organisés et connaissent bien la culture et le degré d'emprise "indignée" ici. En ce qui concerne les troisièmes, l'ensemble est plus hétérogène. Il y a ceux qui croient au mouvement. Il y a ceux qui sont venus de loin, Allemagne, Hollande etc., pour soutenir et partager l'initiative. Et il y a ceux qui profitent du campement pour passer un moment dans un endroit reconnu « hors système » et capable de les accueillir sans broncher.
Cette entité, même rassemblée autour de valeurs communes, même forte de sa solidarité internationale et interculturelle, doit bénéficier de temps et d’organisation pour mettre en place un mode d'expression et d'échange adéquat.
Le Campement : Un Défi
Alors que le fond du mouvement se base sur la rencontre, le partage, la construction, la mise en place de nouvelles formes de démocratie directe et la réappropriation de l'espace public, la vie au sein de l'université prend la tournure d'un piège. De jours en jours, on s'enferme, on perd l'esprit d'initiatives.
Des conditions difficiles qui nous fatiguent, qui nous freinent toujours plus pour aller, affrontant le froid, à la rencontre de la population. On se retrouve trop vite sans communication interne (remplacée par des bruits de couloir), sans organisation. On ne sait plus qui fait quoi, on ne fait plus. Les médias, très présents à cette période, ne pourront que constater notre niveau d’efficacité approchant le niveau zéro. C'est pourtant notre force d'organisation qui désarçonne si bien les structures institutionnalisées, les syndicats et les partis politiques. Quant à la communication externe, elle est tout simplement inexistante. Seules quelques initiatives courageuses et indépendantes permettent à quelques Indignés de partir à la rencontre des bruxellois. Chacun perd sa motivation et la dynamique de groupe dégringole vertigineusement. Même plus d’assemblées populaires en extérieur… ! « Que nous arrive-t-il ? ». C’est l’interrogation que l’on peut lire sur de nombreux visages. D’ailleurs, si l’on effectue un simple calcul, entre le nombre d’indignés présents le premier soir et le dernier matin, en tenant compte du nombre de personnes arrivées en cours de mobilisation, on ne peut que constater des pertes… Sans même parler des gens de passages ayants fait marche arrière à leur arrivée à l'HUB.
Le bâtiment était mis à disposition, d’après la Police et le Bourgmestre, pour offrir « de l'eau et des conditions sanitaires suffisantes ». Le bâtiment étant « inoccupé mais salubre, avec Internet, douches chaudes, électricité et toilettes ». Salubre en l'espèce! Des problèmes de tuyauteries et les toilettes qui débordent dès le deuxième jour. Le troisième étage est inondé d'eau d'égouts et d'excréments. L'équipe plomberie, créée de manière impromptue par les indignés, qui passera deux jours à travailler les pieds dedans, comprend que les évacuations sont à la charge de la commune qui doit effectuer la tâche quasi quotidiennement. Mais rien n’est fait. Les indignés décident alors de fabriquer trois toilettes sèches. L'immeuble aux cinq étages n'a plus qu'un ascenseur en fonction. Pas de lumières pour plus de la moitié du bâtiment non plus. Les marches se franchissent dans le noir à l’aide de bougies et de téléphones portables. On rationne l’eau potable et, plus besoin d’en parler, les douches n’existent évidemment pas. L’accès Internet promis par les autorités est ultra-limité.
Dans ces conditions, comment garder un tant soit peu d’énergie ? Comment se concentrer sur les idées et l'apprentissage alors que les efforts sont centrés sur la logistique ? Les bruits de couloir remplacent la communication interne et rien n’est clair. L'ambiance se dégrade. Les premières tensions, nées le premier jour suite au choix d’un lieu d’hébergement fourni par la Police mais aussi des divergences dites culturelles et des expériences différentes de lutte, se creusent et prennent toute la place, au lieu d’être déconstruites avec la facilité que l’on connaît chez les indignés. L'ambiance est exagérément festive, c’est cependant la seule manière de respirer dans ce « squat » désormais mal tenu. « Exactions », vols, désordre, agressions, etc. A chaque jour, sa nouvelle surprise. Une porte défoncée, un camarade agressé, pas de service de ramassage des poubelles pour nous. De toute façon, on ne se parle plus vraiment. Évidemment, on a plus à parler de la personne qui a fait irruption dans nos locaux et se douche tout nu dans la cafétéria avec notre eau potable. On parle plus des rumeurs de casse, de violence. On ne se réunit plus, même en assemblée. Le temps pour s'organiser va nous manquer. Beaucoup d’entre nous passent leur temps à la cafeteria au lieu de partager leur indignation et leurs idées avec la population locale…
Tous ces sujets sont rendus tabous. Rien de pire. Jusque là, le mode d'expression aisé et démocratique gérait de facto les conflits. La transparence et à la vigilance permanente de groupe étaient facilitées par l'espace extérieur commun. Ensemble, réunis sur une même place, il est plus facile de s’impliquer, de s'exprimer, de contrôler les « débordements » auxquels le mouvement s’oppose, comme celui de saccager une bibliothèque. De toute évidence, le bâtiment vidé de tout service sanitaire et électrique, était un piège - prémédité ou non (là ne doit pas être notre questionnement/notre intérêt, on sait comment le pouvoir en place agit) - dans lequel les indignés de Bruxelles ont plongé pieds joints.
Samedi 15 Octobre. Manifestation réussie et dégradations. A qui la faute ?
Le samedi 15 octobre, nous voici avec une journée à peine préparée (mais avec d’heureuses initiatives) et avec un itinéraire – négocié avec la Police – pas vraiment mis en débat. Pourtant, on a fait mieux pour le mouvement en un jour que durant toute la semaine ! Inespéré.
Reste le poids de l’HUB… Un piège, ou les conséquences d'un mouvement trop attirant, mal organisé, qui s'est laissé dépasser ? C’est à la mi-journée, dans l'euphorie de la journée de mobilisation globale du 15 octobre, qu’on apprit qu'il fallait évacuer les lieux. Surprise, quand bien même certains s'étaient proposés pour nettoyer. Même pas le temps d'évacuer nos bagages. Deux camionnettes se chargeront de tout récupérer. Samedi 15 au soir, un reportage est diffusé étalant les images d'un bâtiment dévasté. Comprenez : « voilà le résultat d’un bâtiment cédé de bonne foi à une bande de hippies prétendant être responsables et faire la révolution ». Une bibliothèque dépouillée, des excréments... Ah oui ? Et de fait…quand, après la manif, on veut y faire un tour, une scène de théâtre. Une vingtaine de bras armés montent la garde devant la HUB et leurs collègues continuent à faire « leur » ménage à l’intérieur. "Pas de caméras" autorisée pour entrer, trois policiers escortent chaque indigné venu essayer de récupérer ses affaires. Louche? Plutôt une belle mascarade. Les institutions tentent toujours de déconstruire les mouvements subversifs susceptibles de mettre en péril le système capitaliste.
Mais notre mouvement est fort et la rencontre internationale a été un exploit. Il se dresse contre le système, l’oligarchie en place, pour lui opposer des valeurs humaines, celles-là même qui s'évanouissent sous le poids des médias et des injonctions institutionnelles. Chacun de nous sait contre quoi il s'érige et il nous appartient de le partager. Le mouvement est plein d'audace ! Il ne s'agit pas de penser que cela est acquis et que c'est l'occasion de partager un moment de fête. Le quotidien au camp doit être une leçon pour les indignés présents cette fois-là et un signe pour tous les autres. Exprimons les difficultés rencontrées. Le mouvement fera toujours face à des hypocrisies, des difficultés internes, des agressions externes, des pièges et manipulations. Sa force réside justement à avoir un outil permettant de déjouer aux mieux tout cela : La démocratie directe, la transparence, la formation transversale, et l’envie, ou plutôt le besoin - devenu indomptable - d’avancer. Mais pour cela il faut que le mouvement mette les choses à plat sur la table et ne laisse plus la place aux tabous. En ce moment, un débat vient d’ailleurs d’apparaître quant aux envies dangereuses d'une partie du mouvement de faire de la "délation" contre les personnes - indignées elles-aussi - utilisant des méthodes d'action directe "violente". Cette question, liée au débat nécessaire sur la fausse dichotomie violence/non violence, est un sujet depuis le début tabou chez les indignés. Risquant à termes de lui porter grand tort.
Il nous reste un goût de rendez-vous manqué pour cette première rencontre internationale des indignés. Ce bâtiment n’avait rien de neutre (cette réflexion est d’ailleurs à mettre en lien avec un avis souvent entendu : « Le mouvement des Indignés devrait envisager d'investir les quartiers populaires ». Là où les conséquences de ce qu'il dénonce se font le plus ressentir). Et il a maintenant les caractéristiques d’un piège dans lequel nous avons plongé et dont nous n’avons pas voulu parler.
N'oublions pas que le système est fort mais que nos faiblesses l’alimentent. On nous entend toujours dire aux micros que « le mouvement apprend de ses erreurs », tant mieux ! En route vers l’émancipation. Bruxelles n’était qu’une première étape !
Une indignée et un indigné
15:21 Publié dans Mouvements des indignés pour une démocratie réelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : article, semaine des indignés, communiqué











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