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11/06/2012

Le marchand des quatre saisons

Drame réalisé  en 1971 par Rainer Werner Fassbinder

 

Genre : Mirage de la vie.

 

 

Le marchand des quatre saisons (Extrait en version originale)

Rejeton d'une famille bourgeoise, Hans voudrait devenir mécanicien, mais sa mère lui interdit ce métier par trop prolétaire. Il s'engage dans la Légion étrangère puis, une fois démobilisé, devient policier. Mais il est renvoyé pour avoir cédé aux avances d'une prostituée dont il contrôlait l'identité. Parce qu'il est réduit à vendre des fruits dans les cours des immeubles, sa famille, sa femme et sa maîtresse se détournent de lui avec mépris. Il tente alors de noyer dans l'alcool sa colère et son humiliation...

C'est quand il accède enfin à un statut social jugé satisfaisant par les siens (entrepreneur) que la souffrance de Hans devient intolérable et qu'il retourne contre lui-même la haine sourde qui imprègne son existence. Sans effets de manche, Fassbinder filme frontalement son irrémédiable descente aux enfers. Celui qui se définissait ironiquement comme le "secrétaire de la société allemande" insuffle sa propre rage au personnage de Hans et à ceux qui l'entourent. Une colère froide qui vise le carcan social et l'enfermement auquel il nous condamne, mais n'épargne personne au passage.

(Allemagne, 1972, 85mn)
ZDF

 

La première scène donne le ton — cruel. Un ancien légionnaire revient chez ses parents, après plusieurs années d'absence. Sa mère l'engueule parce qu'il débarque sans prévenir en pleine nuit, et l'accueille d'un cinglant : « Ce sont les meilleurs qui s'en vont. Il n'y a que les gens comme toi pour revenir. » Le Marchand des quatre saisons est l'histoire d'un homme en décalage permanent : avec ses propres désirs, avec la société allemande matérialiste des années 1950, avec sa famille bourgeoise qui méprise son métier manuel. Quand Hans Epp, en faisant prospérer son petit commerce de primeurs, se conforme enfin à ce que ses proches attendent de lui, sa frustration ne fait que redoubler.

Fassbinder aurait pu accabler ce personnage misérable qui tabasse sa femme lors d'une scène terrifiante. Il le rend bouleversant. C'est le premier film du réalisateur allemand où se fait sentir l'influence des mélodrames hollywoodiens de Douglas Sirk — on pense souvent à une version bavaroise d'Ecrit sur du vent en moins baroque, plus distancié. Les apparitions quasi spectrales de la belle Ingrid Caven symbolisent la jeunesse enfuie de Hans et ses illusions perdues. De beaux moments de douceur dans un film cru et éprouvant. — Samuel Douhaire



Samuel Douhaire

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