Avertir le modérateur

27/04/2014

manifeste des anarchistes mexicains 1911

Dossier Révolution mexicaine : le manifeste du 23 septembre 1911

 

décembre 2010 par Commission Journal (mensuel) / 909 vues Version imprimable

Dans Regeneración du 23 septembre 1911, la junte du Parti libéral mexicain en exil à Los Angeles rend public un appel au peuple mexicain. Dans le style ampoulé de l’époque, le texte synthétise ce que, depuis plusieurs mois, le PLM propose comme orientation révolutionnaire. Ce nouveau manifeste, remplaçant le programme réformiste de 1906 tombé en désuétude, ne fait qu’entériner l’évolution anarchiste communiste – bien que le terme ne soit jamais prononcé – de la direction du PLM.


 

 extrait du programme et du manifeste des anarchistes mexicains 1911

 

3 août 2013, 14:29

 

Abolir le principe de propriété privée signifie l'anéantissement de toutes les institutions politiques, économiques,
sociales, religieuses et morales qui composent le milieu dans lequel s'asphyxient la libre initiative et la libre association des êtres humains qui se voient obligés, pour ne pas périr, d'établir entre eux une concurrence acharnée, de laquelle sortent triomphants, non pas les meilleurs, ni les plus dévoués, ni les mieux dotés dans le physique, dans le moral ou dans l'intellectuel, mais les plus malins, les plus égoïstes, les moins scrupuleux, les plus durs de coeur, ceux qui mettent leur bien-être personnel au dessus de n'importe quelle considération de solidarité et de justice humaine.

 


Sans le principe de propriété privée, le Gouvernement n'a pas de raison d'être, car il est seulement nécessaire pour tenir en respect les déshérités dans leurs querelles ou dans leurs révoltes contre les détenteurs de la richesse sociale ; n'aura pas de raison d'être, non plus, l'Église dont l'objet exclusif est d'étrangler dans l'être humain la révolte innée contre l'oppression et l'exploitation en prêchant la patience, la résignation et l'humilité, faisant taire les cris des instincts les plus puissants et féconds avec la pratique de pénitences immorales, cruelles et nocives à la santé des personnes ; et pour que les pauvres n'aspirent pas aux jouissances de la terre et constituent un danger pour les privilèges des riches, ils promettent aux humbles, aux plus résignés, aux plus patients, un ciel qui se balance dans l'infini, plus loin que les étoiles qu'on arrive à voir...

 


Capital, Autorité, Clergé : voilà la sombre trinité qui fait de cette belle terre un paradis pour ceux qui sont arrivés à accaparer dans leurs griffes par l’astuce, la violence et le crime, le produit de la sueur, des larmes, du sang et du sacrifice de milliers de générations de travailleurs, et un enfer pour ceux qui avec leurs bras et leur intelligence travaillent la terre, conduisent les machines, construisent les maisons, transportent les produits ; de cette façon, l'humanité se trouve divisée en deux classes sociales aux intérêts diamétralement opposés : la classe capitaliste et la classe ouvrière ; la classe qui possède la terre, les machines de production et les moyens de transport des richesses, et la classe qui ne peut compter qu'avec ses bras et son intelligence pour se procurer la
subsistance.

 


Entre ces deux classes sociales il ne peut exister aucun lien d'amitié ni de fraternité, parce que la classe possédante est toujours disposée à perpétuer le système économique, politique et social qui lui garantit la tranquille jouissance de ses pillages, tandis que la classe ouvrière fait des efforts pour détruire ce système inique pour instaurer un milieu dans lequel la terre, les maisons, les moyens de production et les moyens de transport soient d’usage commun.

 


........................................

Ces premiers actes d'expropriation ont été couronnés par le plus souvent des succès ; mais il ne faut pas se limiter seulement à prendre possession de la terre et du matériel agricole : il faut que les travailleurs prennent possession des industries dans lesquelles ils travaillent, obtenant de cette façon que les terres, les mines, les usines, les ateliers, les fonderies, les voitures, les trains, les bateaux, les magasins de toutes sortes et les maisons soient ainsi au pouvoir de tous et de chacun des habitants du Mexique, sans distinction de sexe.

Les habitants de chaque région où un tel acte de suprême justice est réalisé n'ont rien d'autre à faire que se mettre d'accord pour que tous les produits se trouvant dans les boutiques, magasins, greniers, etc., soient rassemblés dans un lieu facilement accessible à tous, où hommes et femmes de bonne volonté feront un minutieux inventaire de tout ce qui a été ramassé, pour calculer la durée de ces produits, en tenant compte des besoins et du nombre d'habitants qui devront s'en servir, durée qui devra s’étendre entre le moment de l'expropriation et le moment des premières récoltes, et la remise en marche des industries.

Tout ce qui sera produit sera envoyé au magasin général de la communauté où tout le monde aura le droit de prendre tout ce qui lui est nécessaire selon ses besoins, sans autre formalité que de présenter une carte qui prouve qu'il travaille dans telle ou telle industrie.

 

Comme l'aspiration de tout être humain est de satisfaire le plus grand nombre de besoins, avec le moindre effort possible, le moyen le plus adéquat pour obtenir ce résultat est le travail en commun de la terre et des autres industries. En divisant la terre afin que chaque famille prenne son lopin, outre le grave danger qu'on encourt de retomber dans le système capitaliste, car il ne manquera pas d'hommes rusés ou qui ont l'habitude de faire des économies, et qui arriveront à avoir plus que d'autres et pourront à la longue exploiter leurs semblables ; outre ce grave danger, si une famille travaille un morceau de terre, il lui faudra travailler autant ou davantage qu’aujourd’hui, sous le système de la propriété individuelle, pour obtenir le même résultat mesquin qu'on obtient
actuellement ; tandis que si on groupe la terre et on la travaille en commun, les paysans travailleront moins et produiront davantage. Bien sûr, il y aura assez de terre pour que chaque personne puisse avoir sa maison et un bon terrain pour en faire usage selon son plaisir.

Ce qui se dit à propos du travail en commun de la terre, on peut le dire du travail en commun à l'usine, à l'atelier, etc... ; mais chacun, suivant son tempérament, suivant ses goûts, suivant ses inclinations pourra choisir le genre de travail qui lui convient le mieux, pourvu qu'il produise suffisamment pour couvrir ses besoins et ne soit pas une charge pour la communauté.

 

OEuvrant de la manière ainsi décrite, c'est-à-dire, l'organisation de la production suivant immédiatement l'expropriation, libre alors de patrons et basée sur les besoins des habitants de chaque région, personne ne manquera de rien malgré le mouvement armé, jusqu'à ce que s'achève ce mouvement par la disparition du dernier bourgeois et du dernier représentant de l'autorité. Une fois détruite la loi qui soutient les privilèges, et lorsque tout sera remis aux mains de ceux qui travaillent, nous nous embrasserons tous fraternellement et célébrerons avec des cris de joie l'instauration d'un système qui garantira à tout être humain le pain et la liberté.

Ricardo Florès Magon

Lire également les autres articles du dossier :
 
Edito : les anarchistes dans la Révolution mexicaine
 
Décembre 1910 : une prise d’armes au cri de « Tierra y Libertad ! »
 
Controverse en France : la Révolution mexicaine est-elle communiste ?
 
Chronologie et cartographie de la campagne de Basse-Californie
 
Le magonisme aujourd’hui : une mémoire à se réapproprier
 
Ricardo Florès Magón s’adresse aux femmes

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu