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16/07/2016

"Coup d'état en Turquie"

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Nice, Turquie : Les grands moyens 

la publication de Xavier Delucq.
 

LE MONDE | •| Par Marie Jégo (Istanbul, correspondante)

 

 

Aujourd’hui, titrer « la démocratie a gagné », serait d’une cécité politique totale, dans cette nuit qui va désormais durer.

En Turquie, Erdogan mène les purges à l’école
9Le 29 octobre restera un jour noir pour Erdem G., la cinquantaine, professeur dans une université d’Etat à Istanbul. « J’ai appris par les réseaux sociaux que j’étais licencié. Mon nom figurait sur un décret publié au Journal officiel. Je suis accusé de soutenir des organisations terroristes. Mes diplômes ont été confisqués, mon adresse mail a été effacée, l’accès à mon bureau m’est interdit. »

Après vingt ans de carrière à l’université, Erdem se retrouve sans emploi, sans assurance sociale, sans passeport. Sa femme et ses enfants n’ont plus de passeport non plus. En Turquie, les universitaires et leurs familles ont droit à des passeports de service, un privilège que l’Etat se réserve le droit de leur retirer. Quelque 74 562 passeports ont ainsi été annulés dans les trois semaines qui ont suivi le coup d’Etat raté du 15 juillet, selon un bilan annoncé alors par le ministère de l’intérieur.

Ces confiscations n’ayant pas fait l’objet d’une décision de justice, les passeports annulés sont répertoriés comme « perdus » par l’administration. Adopté dans le cadre de l’état d’urgence imposé au pays cinq jours après le putsch avorté, le décret ne peut être contesté. « Mon nom est marqué en lettres rouges sur le portail Internet du gouvernement, je ne pourrai plus travailler dans ce pays, ni dans le public ni dans le privé », murmure Erdem.

Coup d'état d'Erdogan suite ou push militaire manqué : 

Au moins 190 personnes ont été tuées et plus de 1150 blessées au cours de la tentative de putsch militaire menée dans la nuit en Turquie, a rapporté samedi l'agence progouvernementale Anadolu. » Suivez notre live sur la tentative de coup d'État en Turquie En Turquie, une longue histoire de coups d'État militaires. Dans un communiqué publié sur le site de l’état-major, les putschistes ont dit s’être rendus « totalement maîtres du pays ». Leur but, expliquaient-ils, était de « restaurer l’ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l’homme et les libertés », ils se prononçaient contre l’« autoritarisme ». « Tous nos accords et engagements internationaux restent valides. Nous espérons que nos bonnes relations continueront avec les autres pays », disait le texte. Fikri Isik, le ministre de la défense, a immédiatement dénoncé « un piratage » du site. Sur le Monde.fr : Les partis d’oppositions se désolidarisent du coup d’Etat militaireLa volonté de retour à la normale de la part des partis d’opposition représentés au Parlement a donc primé sur les puissantes tensions qui caractérisent leurs relations avec le pouvoir, dominé par l’AKP.

A 10h05 La tentative de putsch a été mise en échec, 104 putschistes ont été abattus, annonce le chef de l'armée par intérim

Le choc de ce « coup » est en revanche très dur y compris en terme d’image pour la Turquie, déjà frappée par le terrorisme jihadiste et déstabilisée par la reprise du conflit avec les rebelles kurdes du PKK dans le sud-est. La livre turque a dévissé en un jour de 6 % face au dollar. En outre, ce coup de force raté a été très violent comme le montrent les dégâts au Parlement. C’est aussi la première fois que des putschistes bombardent à Istanbul et Ankara.

Le tourisme déjà fortement dégradé va en subir les conséquences de la mégalomanie du président turc : L'aviation civile américaine a interdit à toutes les compagnies aériennes d'effectuer des liaisons entre la Turquie et les Etats-Unis, après le coup d'Etat manqué.

La Federal Aviation Administration (FAA) a également interdit aux compagnies américaines de proposer des vols à destination des aéroports turcs.

"La FAA examine la situation en Turquie en collaboration avec ses partenaires du département d'Etat et du département de la Sécurité intérieure, et actualisera les restrictions en fonction de l'évolution de la situation", dit-elle dans un communiqué.

Résolues à reprendre au plus vite le ­contrôle de la situation, les autorités n’y sont pas allées de main morte pour venir à bout des insurgés. A Ankara, un F-16 a abattu un hélicoptère piloté par des insurgés. A Istanbul, des chasseurs ont survolé la ville toute la nuit, larguant au moins deux bombes (aux environs de la place Taksim, en plein centre-ville, et à Alibeyköy, en banlieue, où un barrage a été touché).

Dans la confusion de la nuit, la foule s'oppose à l'armée

 

 

Alors que cette tentative de putsch se heurte à la mobilisation des partisans de Recep Tayip Erdogan, l'identité des putschistes demeure floue. Le gouvernement turc a accusé samedi la confrérie Gülen d'être impliquée. 

La Turquie renoue avec ses vieux démons. Des militaires se sont emparés de points stratégiques à Istanbul et à Ankara, dans la nuit de vendredi à samedi. Un communiqué a été diffusé au nom de l'armée, annonçant que les militaires dirigent le pays.

En l'absence de leaders visibles, les auteurs du coup d'État sont l'objet de toutes les hypothèses. On est tenté de prime abord d'attribuer le putsch à des militaires partisans restés fidèles à la vision du fondateur de la République turque, Mustapha Kemal.

Historiquement, l'armée turque, dirigée par des officiers nationalistes, liés les uns aux autres par des sociétés parallèles de type maçonnique, veille à la «laïcité» du régime: le contrôle de l'islam par l'État, selon le modèle napoléonien du Concordat. Elle se considère également comme la garante de l'unité du pays.

n mai 1960, les militaires renversent le premier ministre Adnan Menderes, qui mettait en cause leur pouvoir. En 1971, l'armée conduit un bref coup d'État sans effet politique. Mais le 12 septembre 1980, le général Kenan Evren dirige un putsch qui bouleverse la Turquie: soutenue par les Etats-Unis, dans un contexte de guerre froide, l'armée turque s'empare du pouvoir. La répression s'abat sur les opposants. En trois ans, on dénombre 49 pendaisons, 650.000 gardes à vue (souvent accompagnées de torture), 30.000 Turcs exilés, plus d'un 1,5 millions d'habitants fichés par les services secrets.

«Le nom du groupe putschiste, le Comité Paix dans la Nation, est un clin d'oeil au kémalisme»Bahar Kimyongür, spécialiste de la Turquie.

L’espace d’une nuit, la population turque et les autorités se sont retrouvées plongées à l’époque la plus noire de leur proche passé, quand l’armée, pilier du système unitaire, autoritaire et laïque instauré par Atatürk en 1923, n’hésitait pas à interférer dans la vie politique par des coups d’Etat violents. Elle le fit à trois reprises, en 1960, 1971 et 1980. Sa dernière intervention, en 1997, consista en une mise à l’écart du gouvernement du chef islamiste Necmettin Erbakan, l’ancien mentor de M. Erdogan, forcé par les « pachas » (les généraux) à abandonner le pouvoir, tandis qu’une vague de répression s’abattait sur les militants de son parti. Cet épisode est encore perçu aujourd’hui par les islamo-conservateurs comme un traumatisme duquel ils ne se sont jamais vraiment remis.

A chaque fois, lors des putschs précédents, l’armée était unie dans sa décision de renverser le pouvoir civil. Rien de tel ne s’est produit cette fois. Très vite, les putschistes sont apparus comme représentatifs d’un courant hyperminoritaire, tandis que la majorité des militaires demeurait fidèle au Parti de la justice et du développement (AKP, islamo- ­conservateur au pouvoir), lequel jouit d’une large assise populaire.

Mais, cette fois, le « coup » a raté et l’armée a étalé ses divisions. « Pour la première fois dans une telle situation, des militaires ont tiré contre des militaires. Les fractures de la société turque, attisées par Erdogan, se sont répercutées au sein de l’armée », analyse Ahmet Insel, intellectuel turc de renom et directeur de la revue Birikim,

Gülen, ennemi juré d'Erdogan, condamne la tentative de coup d'État

 
Le prédicateur Fethullah Gülen, ennemi juré du président turc Recep Tayyip Erdogan, a condamné "dans les termes les plus forts" la tentative de coup d'État lancé vendredi soir en Turquie par des soldats rebelles, depuis les Etats-Unis où il réside.

"J'ai souffert de plusieurs coups d'Etat militaires au cours des 50 dernières années et trouve donc particulièrement insultant d'être accusé d'avoir un quelconque lien avec cette tentative. Je réfute catégoriquement ces accusations", a indiqué dans un communiqué M. Gülen, qui a été accusé par M. Erdogan d'être lié aux militaires putschistes.
 
 
Jadis meilleur allié de Recep Tayyip Erdogan, l’imam Gülen, dont le mouvement gère encore des centaines d’écoles à l’étranger (en Afrique notamment), est devenu sa bête noire. Son exil américain sert à enjoliver le récit officiel d’une Turquie assiégée par des « forces obscures », des « agents » à la solde des puissances étrangères (les Etats-Unis surtout), avides de démantelerle pays
 
 
 

A qui profite donc le crime ? La formule est bateau, mais la question est essentielle.

Rien ne permet d’affirmer que la main même de l’AKP serait derrière cette tentative manquée, même si ce serait tellement facile de le penser. Il est sûr qu’Erdogan, qui ne s’en était pas caché, préparait une « purge ». Là, déjà 29 colonels, 5 généraux ont été retirés de leur fonction par le ministre de l’intérieur. Et ce n’est qu’un début.



"Le président turc va en ressortir plus populaire que jamais" 

Il est vrai qu’une fois aux manettes Recep Tayyip Erdogan et son fidèle allié Fethullah Gülen ne souhaitaient qu’une chose : faire rentrer au plus vite les militaires dans leurs casernes. De cette façon, ils tenaient leur revanche sur cette élite en épaulettes qui s’était tellement opposée à l’avènement de l’islam politique en Turquie.

Vint ensuite le temps des règlements de comptes et de grands procès retentissants (de 2008 à 2013), quand des centaines d’officiers furent condamnés à de lourdes peines de prison pour avoircherché à renverser le gouvernement. Une fois brouillé avec le prédicateur Gülen, en 2013, il n’était plus possible d’affronter les ennemis sur deux fronts. M. Erdogan a donc tout fait pour serapprocher des militaires. En avril, les condamnations de 275 « putschistes » ont été cassées par la Haute Cour d’appel, la réconciliation semblait totale.

Quel courant au sein de l’armée a pu croire qu’un putsch était possible ? Qui ? Combien ? Pourquoi ? Très peu d’informations ont filtré sur l’identité des auteurs du soulèvement, pas un visage, pas un grade, pas un nom de famille. Les autorités parlent d’une cinquantaine d’officiers, issus de la gendarmerie et d’une partie de l’armée de l’air (d’où l’emploi des hélicoptères).

De cette épreuve, le président turc va ressortir plus populaire que jamais. Si un référendum est convoqué demain pour la mise en place du système présidentiel fort dont il rêve, nul doute qu’il obtiendra une large ­majorité des voix, tant, dans son ensemble, la population, y compris ses détracteurs, ­réprouve le recours à la violence.

 Il a fait sortir le loup du bois pour l’abattre, et ainsi pouvoir mieux profiter de l’exposition de sa dépouille.

Le pari était sans conteste risqué, mais il vient de l’emporter. Il démontre ainsi la force de ses soutiens populistes bigots, la faiblesse totale et même l’impuissance désormais de l’opposition kémaliste pour un temps long, et lance un avertissement aux fractions ultra nationalistes qui ne lui auraient pas encore fait une totale allégeance. En prime, il récolte au passage des soutiens internationaux à la « démocratie turque et l’état de droit » sur sa personne. La confusion l’emporte, et le tapis vert lui est déroulé pour la suite. On peut s’attendre à des « appels au peuple », sur fond de présidentialisation totalitaire…

La tentative de coup d'Etat accroît la menace sur la stabilité régionale, selon Moscou

 
La tentative de coup d'Etat en Turquie accroît la menace sur la stabilité régionale, déclare la diplomatie russe.
En une nuit, la Turquie bel et bien a changé de visage. L’institution militaire, bien plus impliquée dans le putsch qu’il y paraissait au premier abord, a perdu son crédit. Elle ressortira affaiblie des purges dans ses rangs (un général sur trois), ce qui interroge quant à sa capacité à mener à bien simultanément les opérations de lutte antiterroriste contre les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, autonomiste) dans le sud-est du pays, et la guerre contre l’organisation Etat islamique (EI).

 
Coup d’Etat ou « coup du maître » ?
 

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