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02/11/2017

Hate in Trump's America

 
 
L'inquiétant tournant religieux des populistes euro-américains
Par Nadia Marzouki , Chargée de recherche au CNRS et professeur invité à la Kennedy School de Harvard. et Duncan McDonnell, Professeur associé à La School of Government and International Relations de l’université de Griffith, à Brisbane, en Australie
 
Donald Trump, le 1er novembre, lors d'un meeting dans le Wisconsin. 
 
De Orbán à Trump, on assiste à une instrumentalisation croissante du phénomène religieux comme véritable marqueur ethnique et identitaire. Une monstruosité politique qui est donc loin d’être purement américaine.

«Levez la main si vous n’êtes pas un conservateur chrétien.» C’est ainsi que Donald Trump prenait récemment son public à partie lors d’un meeting dans l’Iowa. Lorsque quelques personnes levèrent la main, il interpella le reste de l’auditoire : «On les garde dans la salle ? Allez, on les garde…»

Cet épisode illustre bien les efforts de Trump pour apparaître comme un fidèle chrétien. Depuis le début de la campagne, il prétend jouer le rôle de sauveur. Sa mission est de défendre le peuple chrétien contre toutes sortes de menaces, notamment celle que représentent les musulmans auxquels il faudrait interdire l’entrée aux Etats-Unis.

Trump n’a rien inventé…

Rire ou s’épouvanter de la dernière sortie du «Donald» est devenu le passe-temps favori des Européens. Pourtant, cette monstruosité politique est loin d’être purement américaine. Trump n’a, d’une certaine façon, rien inventé. L’instrumentalisation de la religion par la droite populiste dans les démocraties occidentales n’est pas nouvelle. Comme nous le montrons dans l’ouvrage que nous venons de publier avec Olivier Roy, Saving the People ? How Populists Hijack Religion, cela fait des années que les leaders populistes européens qui semblent avoir inspiré Trump utilisent la religion pour déterminer qui fait partie ou non du bon peuple. Aujourd’hui, la standardisation et la synchronisation des populismes européens et américains offrent une image inquiétante de la condition des démocraties occidentales.

La rhétorique de la droite populiste parodie plus qu’elle ne promeut le discours religieux. Elle promet au «peuple» une rédemption morale et met en garde contre le risque de damnation. Pour les populistes, le peuple, toujours vertueux, est doublement menacé, par, en haut, les élites libérales corrompues et, en bas, par une série d’«autres» dangereux, en particulier les musulmans.

Au-delà de l’apocalypse

Mais les populistes d’extrême droite ne se contentent pas de prêcher l’apocalypse. Ils offrent aussi à leurs adeptes le salut et la disculpation. Ils leur disent qu’ils ne sont en rien responsables des crises que traverse le pays. Au contraire, ces citoyens irréprochables sont les victimes des élites et des «étrangers». Soutenir un chef populiste, c’est donc une condition nécessaire pour qu’un peuple cesse de devenir une victime passive et qu’un pays «redevienne grand» comme dirait Trump.

Surtout, la religion des populistes n’est pas une affaire de foi ou de valeur, mais un marqueur identitaire qui permet de distinguer ceux qui peuvent être inclus de ceux qui doivent être exclus de la communauté politique. C’est ce qui permet de comprendre pourquoi les évangéliques de droite votent pour Trump, alors que son style de vie n’a rien de religieux.

Il faut comprendre ce soutien dans le contexte d’une polarisation politique telle que l’adhésion à un parti relève aujourd’hui plus d’une logique d’adhésion tribale que d’une préférence rationnelle. Comme l’explique le sociologue Philip Gorski, «le trumpisme est une forme séculière de nationalisme religieux». La religion y fonctionne, comme dans tous les populismes de droite que nous avons examinés, comme un marqueur ethnique et identitaire. Robert P. Jones suggère de même dans son livre sur la fin de l’Amérique blanche chrétienne que le soutien au nationalisme religieux de Trump exprime une nostalgie pour l’Amérique des années 1950, celle d’avant les droits civils, l’égalité de genre et le mariage homosexuel.

C’est dans cette perspective aussi qu’on peut expliquer l’importance du thème de la menace islamique dans la campagne de Trump, dans un pays où les musulmans ne représentent qu’à peine 1% de la population globale. Là encore, Trump a reproduit presque mot pour mot le script des populistes européens. Pour ceux-ci comme pour Trump, la culture nationale est réduite à une série de codes et de symboles qui servent de marqueurs identitaires. La Ligue du Nord en Italie, l’UDC en Suisse ou le Parti de la liberté en Autriche ont tous fait campagne contre la construction de mosquées et de minarets. Ces partis affirment que les mosquées menacent l’intégrité du territoire de la communauté autochtone.

Les idées d’invasion, d’infiltration, de complot et de remplacement sont devenues des lieux communs du répertoire populiste euro-américain. On a vu aussi se propager l’argument selon lequel l’islam n’est pas une religion, mais plutôt un code militaire et juridique, une idéologie politique qui est sous-jacente à un plan de conquête des démocraties libérales occidentales. C’est ce qu’affirme Geert Wilders depuis des années. Pauline Hanson a inclus cet argument à sa campagne électorale en Australie cette année.

Entre discours mainstream et populistes

Bien qu’extrêmes, ces arguments lancés par la droite populiste sont devenus très courants dans les débats publics. Un cercle vicieux s’est mis en place par lequel les discours mainstream et populistes s’alimentent réciproquement. Comme l’affirme le politologue Cas Mudde, nous vivons de plus en plus clairement dans un zeitgeist populiste, où la religion tout comme la culture sont réduites à des modalités d’appartenance.

Des voix s’élèvent parmi les autorités religieuses et les théologiens pour résister à cette instrumentalisation du religieux. Le théologien évangélique Miroslav Volf rappelait dans un entretien récent que le christianisme est une affaire de foi, et de défense du bien commun et de valeurs. A ce titre, il affirme que la vision du monde d’Hillary Clinton «est plus en phase avec la foi chrétienne que celle de Donald Trump».

Plutôt que de s’indigner des provocations du candidat républicain comme s’il s’agissait d’un phénomène purement américain, reflétant la prétendue bigoterie de l’électorat évangélique local, il importe de s’interroger sur le double processus de formatage qui s’affirme sous nos yeux : celui des discours populistes européens et américains, qui se servent tous de la religion comme d’un marqueur identitaire ; et celui des discours populistes et mainstream.

On assiste ainsi, sous l’influence de la droite populiste, à une instrumentalisation croissante de la religion dans le discours politique occidental pour exprimer l’appartenance et non la croyance, pour défendre la chrétienté et non le christianisme, pour exclure et non pour inclure. Le défi, pour ceux qui tiennent aux démocraties séculières occidentales, sera de briser ces murs, réels et symboliques, que les populistes euro-américains, de Orbán à Trump, veulent construire à tout prix.

Saving the People ? How Populists Hijack Religion, co-dirigé par N. Marzouki, D. McDonnell et Olivier Roy, a été publié par Hurst en Europe et par Oxford University Press aux Etats-Unis.

Nadia Marzouki Chargée de recherche au CNRS et professeur invité à la Kennedy School de Harvard. , Duncan McDonnell Professeur associé à La School of Government and International Relations de l’université de Griffith, à Brisbane, en Australie
 

Hate in Trump's America

Fault Lines examines the rise of hate in the United States and the toll it is taking on communities across the country.

01 Nov 2017 11:11 GMT RacismUnited StatesDonald Trump

 
 
Dans la première semaine après que Donald Trump a remporté l'élection présidentielle américaine, les United States ont vu une forte augmentation des crimes de haine et des personnes attaquées en raison de leur race, leur appartenance ethnique ou leur religion.

Les crimes de haine se sont manifestés de multiples façons, y compris des graffitis sur des lieux de culte, des écoles et même des homes, des railleries racistes et des rassemblements suprématistes blancs.

Les médias aiment dire que c'est la faute de Trump, ou c'est Trump qui a causé ça. Je dirais que Trump est un mégaphone que nous avons rallies..

Eli Mosley, nationaliste blanc et organisateur de rallye

Le Southern Poverty Law Centre (SPL) a signalé plus de 1 000 incidents constitués de crimes de haine un mois seulement après les élections présidentielles de novembre 2016.

De nombreux analystes attribuent cela à la rhétorique de discorde que Trump lui-même a utilisée pendant la campagne qui a saisi les tensions raciales dans le pays. Ces tensions couvaient sous la surface mais sont maintenant ouvertes.

Cette rhétorique s'est intensifiée tout au long de la campagne et s'est poursuivie - continued  après l'élection avec "une promesse d'interdire l'entrée des musulmans aux Etats-Unis, d'attaquer la famille d'un soldat américain tué en Irak, de se moquer d'un journaliste du New York Times handicapé". occurrences

"C'est un premier pas vers la réalisation de quelque chose auquel Trump a fait allusion plus tôt dans la campagne, à savoir le premier pas vers le retour de l'Amérique", a déclaré l'ancien dirigeant du KKK David Duke lors d'un rassemblement de suprématistes blancs en août dernier. Charlottesville, Virginie.

Quelques instants plus tard, James Fields, également un suprématiste blanc, conduisait sa voiture à travers une foule de manifestants antiracistes, tuant une jeune femme et blessant des dizaines d'autres lors d'un rassemblement de divers groupes d'extrême droite, dans les plus récentes manifestation du crime de haine.

Trump a blâmé l'incident sur "les deux parties" affirmant "qu'il y a deux côtés à une histoire" dans ce qui semblait être une tentative d'assimiler les actions des suprématistes blancs aux actions de ceux qui les manifestaient.

Fault Lines examine comment la haine est en train de se jouer à travers l'Amérique de Trump et les conséquences qu'elle entraîne pour les communautés à travers le pays.
 
 
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