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20/08/2012

To be or not to be"

Révision de classique : “To be or not to be”, d’Ernst Lubitsch (2)

Cinécure |

Le 09/11/2009 à 00h00
Aurélien Ferenczi

Je n'en avais pas tout à fait fini avec To be or not to be. Je pourrais multiplier les superlatifs à l'infini, m'extasier une fois de plus d'une technique vaudevillesque appliquée à un sujet a priori moyennement drôle – et même remarquer que la Symphonie pathétique de Tchaïkovski n'est pas loin de vraiment tirer les larmes quand elle accompagne la destruction de Varsovie. Mais, plus simplement, il y a une scène qui m'a de nouveau stupéfait. C'est celle – photo ci-dessus, extrait ci-dessous – où Greenberg réalise enfin son rêve de comédien : jouer la tirade de Shylock dans Le Marchand de Venise, le lamento du Juif qui dit qu'il est un homme comme les autres. Et devant qui dit-il ces vers de Shakespeare ? Devant qui affirme-t-il l'égalité des hommes, sans distinction d'origine ou de confession religieuse ? Devant Adolf Hitler lui-même. Enfin, pas exactement Hitler, mais une fois de plus Bronski jouant Hitler.

Je trouve cette situation simplement sidérante : on est à l'hiver 41-42, l'existence des camps de concentration est avérée, ce qui s'y passe pressenti à défaut d'être parfaitement su, et Lubitsch imagine une scène qui n'est pas forcément nécessaire au récit – si j'ai bien suivi, la mascarade, bien dangereuse, ne sert qu'à faire échapper les conjurés dans un avion du Reich – mais dont la puissance vaut toutes les libertés narratives... C'est du cinéma, bien sûr, mais ici il est preuve. Le choc a bien lieu : j'ai vu Hitler écoutant la tirade de Shylock – et d'ailleurs, Tom Dugan, jouant un Hitler mutique, presque apeuré, lui donne l'air maladif qu'il aura dans les représentations les plus « modernes », de Moloch à La Chute.

 

Dans Lubitsch ou la Satire romanesque, Eithne et Jean-Loup Bourget soutiennent la thèse autobiographique : l'Allemand Felix Bressart, qui joue Greenberg, et qui a déjà joué pour Lubistch à deux reprises, serait le double du cinéaste. Il évoquerait directement les débuts (discrets) du futur metteur en scène dans la troupe théâtrale du grand Max Reinhardt. Lubitsch se serait fait en quelque sorte son petit plaisir : dire ce qu'il pense, en face, au dictateur nazi. Séduisant... Je ne suis pas sûr pourtant que les nombreux historiens qui réfléchissent à « cinéma et Shoah » incluent To be or not to be dans leur corpus. Trop innocent, suggère Antoine de Baecque dans L'Histoire-caméra : ce cinéma-là ne serait plus possible après guerre, écrit-il en substance, le cinéma moderne étant souterrainement gagné par ce qu'il appelle « la mémoire forclose des camps ». Peut-être... La scène est-elle naïve ? Elle croit en tout cas à la puissance du verbe – et du verbe littéraire. Elle est, si l'on veut, l'équivalent classique de la conclusion post-moderne d'Inglourious Basterds (il est évident que Tarantino a revu To be or not to be).

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15/08/2012

Les bien-aimés

 

Les bien-aimés

On aime passionnément Comédie dramatique réalisé en 2011 par Christophe Honoré - ARTE

 
 
Mercredi 15 août de 20:10 à 22:25 sur Canal+ Voir dans la grille
 

A Paris, en 1964, Madeleine, une prostituée occasionnelle, tombe amoureuse d'un de ses clients, Jaromil, un médecin tchèque. Lorsque ce dernier la demande en mariage, la jeune femme n'hésite pas une seule seconde et accepte même de suivre son nouveau mari à Prague. Là-bas, le couple a une fille, Véra. Alors que les troupes russes envahissent le pays et que Jaromil se montre de plus en plus infidèle, Madeleine décide de revenir à Paris avec sa fille. En 1978, Madeleine est remariée avec un gendarme, François, lorsque Jaromil revient et lui propose de reprendre la vie commune. Madeleine est sur le point d'accepter sa proposition...

LA CRITIQUE TV DE TELERAMA DU 11/08/2012

On aime passionnément

| Genre : destinées sentimentales

Et vous, que faisiez-vous le 11 septembre 2001 ? Parmi les grandes scènes des Bien-aimés, il y a celle où Chiara Mastroianni, à la poursuite d'un amour impossible, échoue, ce jour-là, non pas à New York, mais à Montréal, pour cause d'avion dérouté. Descendue au milieu de la nuit au bar de son hôtel, confrontée aux images en boucle de l'effondrement des tours, elle demande s'il est possible de « changer de chaîne », comme si elle voulait zapper la catastrophe, qui encombre ses tourments...

Il y a sans doute quelque chose de scandaleux dans l'égoïsme des personnages que met en scène Honoré depuis Dans Paris : obsédés par quelqu'un qui leur échappe, ils ne veulent rien (sa)voir d'autre. Ce « scandale », le cinéaste l'a toujours assumé, zappant lui aussi les sujets de société. Il en a tiré des merveilles de lyrisme acidulé — voir Les Chansons d'amour. Avec Les Bien-aimés, il s'agit d'autre chose. On discerne toutes les fêlures que cache l'égoïsme des amoureux, cette fois rattrapés par le monde et par le temps : l'histoire court de 1963 à 2008.

Les chansons d`amour de Christophe Honoré : , Les Chansons d'amour (2007) - Christophe Honoré , Les bien-aimés" de Christophe Honoré ( toutes les videos dessus)

En faisant défiler les époques, Honoré dessine des lignes de vie croisées, parallèles ou brisées, et fait apercevoir un drôle de gouffre entre les générations. La première période (les années 1960-1970) peut apparaître comme un prologue charmant : il faut que les destins s'esquissent. En pionnière de la légèreté, la mère saura s'inventer une vie de retrouvailles avec son amour contrarié. Tandis que sa fille, héritière fêtarde de la liberté sexuelle, s'épuisera à vouloir quelqu'un qui la rejette. Mais chaque personnage se retrouvera, tôt ou tard, seul à chanter dans les rues sa hantise amoureuse, comme un pays perdu et nécessaire. On peut vivre sans l'autre, mais on ne peut vivre sans l'aimer, telle est la morale de ce magnifique traité du manque. — Louis Guichard



Louis Guichard

 
Les bien-aimés" de Christophe Honoré - ARTE
 

Control

 

 

Control

On aime beaucoup Drame réalisé en 2007 par Anton Corbijn


Control
Drame réalisé en 2007 par Anton Corbijn

Official Control Trailer [Anton Corbijn  
 

 

Official Control Trailer [Anton Corbijn]  : En 1973, à Manchester, Ian Curtis tombe sous le charme de Deborah, la petite amie d'un de ses amis. A 19 ans, il l'épouse. Il trouve peu après du travail dans une agence pour l'emploi. C'est au cours d'un concert des Sex Pistols qu'il propose à ses amis de former un groupe de musique, dont il serait le chanteur. Deborah leur prête 400 livres, ce qui permet aux musiciens d'enregistrer leur première démo. Invités sur le plateau de l'émission de télévision de Tony Wilson, Ian et ses camarades font la connaissance de Rob Gretton, qui va devenir leur manager. Peu de temps après, l'homme produit le premier album du groupe Joy Division...

LA CRITIQUE TV DE TELERAMA DU 11/08/2012

On aime beaucoup

| Genre : mort d'une étoile.

Control (Ian Curtis Joy Division) Full DvD - YouTube

Ian Curtis s'est pendu le 18 mai 1980, chez lui, à 23 ans, dans un rez-de-jardin anglais où le ciel n'entrait guère, dans les environs de Manchester. Nimbé d'une aura de poète maudit, le chanteur de Joy Division était en passe de devenir le héros d'une génération pour laquelle il s'est aussitôt mué en martyr. Derrière lui, il a laissé l'énigme de sa disparition brutale, et celle d'une trajectoire fulgurante que le photographe rock Anton Corbijn sonde, pour son premier long métrage, avec assurance, émotion et délicatesse. Dans un noir et blanc lumineux qu'il dit être celui de ses souvenirs, le cinéaste hollandais observe la mue du jeune innocent épris d'absolu, qui se sent prêt à tout étreindre mais qui, dans l'intensité de l'aventure, ne trouve que l'accélération folle de tous les drames que l'existence peut lui offrir.

Manifestement galvanisé par la performance exceptionnelle du jeune Sam Riley, rockeur en herbe et acteur débutant, Anton Corbijn filme avec une attention rare l'éclosion d'un phénomène, les éclats de l'inspiration et le poids du quotidien, la légèreté potache des musiciens et leur concentration inouïe. Les scènes de musique, peu nombreuses, figurent parmi les meilleurs instantanés rock au cinéma. De la première à la dernière image, Control est le récit d'une impasse, d'une vie en circuit fermé. En ce mois de mai 1980, Ian Curtis devait prendre l'avion pour l'Amérique, mais il a mis fin à ses jours, et c'est sa légende qui a pris son envol. — Laurent Rigoulet

Control (film, 2007) - Wikipédia :

Control est un film biographique réalisé par Anton Corbijn sur la vie et la mort de Ian Kevin Curtis (1956-1980), chanteur légendaire du groupe Joy Division. Le scénario est adapté du roman Touching From A Distance, de sa femme Deborah, qui est également co-productrice du film.

Palmarès[modifier]

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du 60e festival de Cannes (2007), Control a obtenu la mention spéciale de la Caméra d'Or, le prix Regards Jeunes, Le Label Europa Cinéma et une mention spéciale du label Art et Essais.

 
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