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08/06/2013

Diaz : Un crime d Etat

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 Daniele Vicari (“Diaz”) : ”Les Italiens ont complètement refoulé les évènements de Gênes” source télérama

Cinéma | Dix ans après les faits, Daniele Vicari s'est intéressé aux violences policières en marge du G8. Il en a fait un film, “Diaz, un crime d'Etat”, en salles depuis le 5 juin. Explications.

Le 07/06/2013 à 16h26
Laurent Rigoulet

 Diaz - Un crime d'Etat - Bande annonce VOST


Daniele Vicari sur le tournage d'Un crime d'État. © DR

Diaz, un crime d'Etat est le huitième film de Daniele Vicari qui a commencé sa carrière de cinéaste sur le front du documentaire. Il y met en scène, dans un style « coup de poing », les brutalités policières commises en marge du G8 de Gênes en 2001, à l'école Diaz où bivouaquaient les manifestants et dans la caserne de Bolzaneto. Vicari tenait dur comme fer à réaliser ce long-métrage pour « interpeller la conscience de tous les citoyens européens sur l'état actuel de la démocratie » . Selon lui la répression des manifestations de Gênes est « la plus grave atteinte aux droits des citoyens dans un pays occidental depuis la deuxième guerre mondiale ».

Qu'est-ce qui vous a poussé à réaliser ce film, plus de dix ans après les faits ?
Je me suis intéressé aux évènements de Gênes dès le début. J'ai écrit un autre scénario avant Diaz, qui racontait l'histoire d'un camarade de Carlo Giulani, le jeune homme tué pendant les manifestations. Une histoire d'amitié qui avait pour toile de fond deux évènements dramatiques et lourds de conséquences pour notre société, les affrontements du G8 et le 11 septembre qui a débouché sur la suspension de certaines libertés civiques dans les pays occidentaux. Je n'ai pas pu le tourner. Les producteurs avaient une partie des financements mais aucune télévision n'était prête à le diffuser. Je suis resté obnubilé par ces évènements et, à la suite du procès qui a acquitté les policiers, j'ai entendu une jeune allemande déclarer à un journaliste qu'elle ne mettrait plus jamais les pieds en Italie. Ça a servi de déclic. Je me suis demandé ce qui pouvait pousser quelqu'un à déclarer une chose aussi grave. J'avais le sentiment qu'il s'était passé, pendant ces quelques jours, des choses beaucoup plus graves que ce qu'on voulait bien accepter. Je me suis plongé dans les minutes du procès, j'ai tout lu et j'ai commencé à avoir une vision précise de ce qui s'était passé : les policiers ont nié toute forme de droit à des centaines de personnes sans chef d'accusation précis.

Comment avez-vous décidé du style de votre film qui se concentre sur la reconstitution ultra-violente d'une nuit d'affrontements ?
J'ai pensé au film d'Eisenstein, La Grève, qui montre la répression sanglante d'un mouvement ouvrier par l'armée du Tsar. Je voulais montrer la volonté d'anéantir l'opposant – physiquement et psychologiquement – qui animait les forces de l'ordre à Gênes. Et je voulais filmer l'affrontement de deux groupes, de deux masses d'individus. C'est pour cette raison que j'ai construit mon film sans héros, mais plutôt avec un personnage collectif et une multiplicité de points de vue. J'ai trouvé tous les détails sur la nature des violences dans les dépositions du procès. Lire la totalité de ces témoignages est une expérience éprouvante et macabre. Chaque situation est décrite selon différents angles et ça ne fait que renforcer le sentiment de douleur et de peur qui se dégage de la lecture. Pendant longtemps, je n'ai pas réussi à dormir. Les Italiens ont complètement refoulé ces évènements. Les personnes qui ont vécu ces violences ont tout fait pour les oublier parce qu'ils étaient impossible de les expliquer, et celles qui n'étaient pas présentes à Gênes n'avaient pas envie d'affronter le problème. Le film oblige à regarder la vérité en face. Et je n'ai rien exagéré. Je me suis même posé des limites sinon j'aurais réalisé un film « gore ».

Vous vous êtes appuyés sur des images d'archive ?
Nous n'en avons utilisé que très peu mais nous nous sommes beaucoup inspirés des images tournées pendant ces journées, car le sommet du G8 de Gênes a aussi été un événement exceptionnel sur le plan médiatique : c'est la première manifestation de cette ampleur à être filmée sous toutes les coutures par les petites caméras amateurs et elle coïncide aussi avec la montée en puissance d'internet. Il existe des milliers d'heures d'images. J'en ai vu, moi-même, au moins 700 heures. Les gens ont tout filmé, y compris les évènements de l'école Diaz dont il existe, semble-t-il, une vidéo saisie et jamais retrouvée. Mon film est très influencé par le travail des réalisateurs qui étaient sur place. C'était un genre de défi car il est très difficile, pour un cinéaste, de retrouver dans sa mise en scène l'intensité et la vérité des reportages. Je me suis aussi beaucoup servi de mes rencontres et de mes entretiens avec des protagonistes de ces journées. Côté manifestants, bien sûr. Mais aussi côté policiers. Un carabinier qui était en faction à l'extérieur de l'école m'a décrit, en détails, tous les bruits qu'il entendait. Les coups, les hurlements de douleurs, les sanglots, les chants fascistes qu'entonnaient ses collègues, les menaces, les appels au secours de infirmiers. Tout était gravé très précisément dans sa mémoire.

Comment le film a-t-il été reçu en Italie ?
Il est sorti en avril 2012. Et il a immédiatement suscité des réactions violentes. Certains militants altermondialistes me reprochaient de n'avoir pas rendu justice à leur cause en n'exposant pas clairement leurs aspirations politiques – ce qui n'était pas l'objet de mon film – et sur l'autre versant, les syndicats de police d'extrême-droite m'ont attaqué parce que je ne montrais pas ce qui s'est passé dans les rues de Gênes et qui, selon eux, pouvait motiver la brutalité de leurs assauts. Ces réactions ont fait beaucoup de bruit, mais elles étaient plutôt marginales. Le film a suscité un débat très riche et, pour la première fois en Italie, on s'est mis à parler de ce qui s'était passé à Gênes. Quelques mois après la sortie, les derniers jugements sur les évènements de l'école Diaz ont été rendus, encore en faveur de la police, et on en a parlé dans les médias, alors qu'avant on les passait sous silence.

Diaz Un crime d Etat

Des professeurs et des étudiants me demandent régulièrement le droit de projeter le film dans leur école, souvent contre l'avis de l'administration. Cette années, il y a eu des grèves dans les lycées et le film a été montré dans une cinquantaine d'établissements. Aucune télé ne voulait passer Diaz mais, sous la pression des réseaux sociaux, les dirigeants de la télévision publique ont été obligés de se justifier et la RAI 3 a fini par l'acheter. Ce qui ne veut pas dire qu'ils vont le diffuser

23:06 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0)

08/02/2013

Louis Jouvet, ambivalent pendant l'Occupation ?

 

Louis Jouvet

Louis Jouvet est un acteur français, metteur en scène et directeur de théâtre, professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, né le 24 décembre 1887 à Crozon (Finistère), mort le 16 août 1951 à Paris..

Wikipedia
 

Accueil >Télévision >Louis Jouvet, ambivalent pendant l'Occupation ?

Tribune | Suite à la diffusion le 19 décembre sur France 5 du documentaire “L'Occupation sans relâche”, qui décrit l'attitude de certains artistes français pendant la Deuxième Guerre mondiale, nous avons reçu une lettre indignée d'Alberte Robert. Celle-ci, auteure en 1981 pour Antenne 2 d'un documentaire sur Louis Jouvet, réfute les accusations de collaboration prêtées au comédien par un historien interrogé dans le film. Voici l'extrait incriminé et la réponse, sous forme de tribune, d'Alberte Robert.

Le 27/12/2010 à 00h00 - Mis à jour le 29/12/2010 à 10h07
Alberte Robert

Extrait de L’Occupation sans relâche ( et partie 2/2 ) , documentaire d'Yves Riou, 2010, diffusé sur France 5 le dimanche 19 décembre.


Pour l’honneur de Louis Jouvet, par Alberte Robert
Je reviens sur les déclarations de l’historien Denis Rolland dans le document L’Occupation sans relâche  présentant l’attitude de Louis Jouvet sous l’Occupation en deux raccourcis sans appel : en 1940 la tournée en Amérique du Sud « comme clairement officielle » donc sous l’égide de Vichy « pour promouvoir le gouvernement pétainiste de la France » ; et le retour en 1945 énoncé avec ironie « en héros… de la Résistance ! ». Or la réalité des faits est tout autre :

 

  • En 1940, les Allemands interdisent à Jouvet de jouer Jules Romains et Jean Giraudoux ; les jugeant « anticulturels », on lui offre de les échanger contre Schiller et contre Goethe.  Alors Jouvet leur rétorque qu’« on ne fait du théâtre que par plaisir, et en liberté », et cohérent, laissant son théâtre, il se replie en Suisse avec sa troupe et accepte le projet de Max Ophüls : faire un film de L’Ecole des Femmes qu’il avait créée à l’Athénée. Mais quand il découvre que le cinéaste entretient une liaison avec Madeleine Ozeray, il rompt le tournage et toute la troupe se replie à Lyon. C’est là que Marcel Karsenty (qui a échappé de justesse aux Allemands – comme Ophüls) réussit à monter une tournée vers l’Amérique latine, comme auparavant Sarah Bernhardt et après, Renaud-Barrault. Après avoir joué en zone libre, on rapatrie les décors vers Lisbonne et c’est du Portugal qu’en mai 1941 Jouvet et sa troupe s’embarquent pour une tournée vers Rio et Buenos-Aires de juin à septembre, et qu’ils supposent d’une saison.
  • A Rio, c’est un triomphe. Conférences, représentations, Molière et Jean Giraudoux, Knock, Ondine, Electre, Le Trouhadec, on joue tous les jours à guichets fermés. L’Argentine n’est pas en reste ! Quand Jean-Pierre Aumont, réfugié à Hollywood avec Renoir, lui propose de le rejoindre, Jouvet, solidaire de sa troupe, refuse, et prend la décision de rester où il est. Avec ses comédiens.
  • Le gouvernement du Canada propose alors une saison à Montréal, Québec et Ottawa mais comme Washington ne répond pas aux demandes de visas des interprètes, Jouvet comprend que leur séjour est devenu un exil et il entame une deuxième saison à Rio, en élargissant le répertoire à Claudel, Musset et Mérimée.
    Après Rio, Sao-Paulo et Buenos-Aires, sans nouvelle des leurs, les comédiens souffrent. Le 21 septembre 1942, les décors et les costumes flambent … Madeleine perd ses parents et sa relation avec Jouvet se dégrade… alors qu’il faut partir, mais où ? Ce sera de l’autre côté de la Cordillère, au bord du Pacifique, au Chili en premier.
  • Et c’est l’errance : de la fin 1942 au printemps 1945, Karsenty les devance de ville en ville, en bateau, à dos de mules ou par d’improbables gués, à travers un pays âpre et montagneux, afin de préparer les représentations à venir. On pense à Molière et son Illustre Théâtre à travers le Languedoc bien avant les fastes de Versailles.
    Après Madeleine, sa vedette depuis 1934, qui l’a quitté à Montevideo, Jouvet perd des comédiens dont le fidèle Romain Bouquet, son compagnon depuis l’aventure avec Jacques Copeau, emporté à Santiago, tandis que sans aucun subside ni subvention, sans nouvelle des siens, sa femme et ses trois enfants, son seul lien avec la France va être l’espoir d’une lettre de Jean Giraudoux, commissaire général à l'Information de 1939 à 1940, lettre qui l’attend quand la troupe atteint une capitale ou un consulat français.
    C’est ainsi qu’il apprend que sa nouvelle pièce La Folle de Chaillot attendra son retour, donc la fin de la guerre, pour être montée à l’Athénée…Giraudoux lui précise avoir laissé la date en blanc.
  • C’est à Mexico que Jules Romains les accueille au début 1945.
  • Leur odyssée s’achève. En quatre années ils ont parcouru 67 000 kilomètres (une fois et demie le tour de la terre), avec 34 tonnes de matériel, vingt pièces, seize spectacles, par monts et par vaux, ravins torrides et fondrières enneigées ; Valparaiso, Lima, Quito, Bogota, Caracas, les Caraïbes. Ils répétaient sur les bateaux, dans le train, ou sous la tente. Ils étaient quarante, ils reviennent à vingt-sept. Ils s’appellent : Régis Outin, Paul Cambo, Marthe Herlin, Monique Mélinand, Wanda Kerrien, Alexandre Rignault, Camille Demangeat (qui deviendra l’homme de Jean Vilar au TNP), Marcel Karsenty, et épuisés par ces quatre ans, aux limites de leurs forces, ils apprennent la mort de leurs proches. Ce sont eux, ces rescapés, qui m’ont raconté ce que je relate ici, de cette tournée : saluons les saltimbanques !
  • Quand Jouvet et sa troupe arrivent à Paris, c’est pour mettre immédiatement en répétition la pièce de Giraudoux, et c’est par fidélité que Jouvet et Marguerite Moreno créent La Folle de Chaillot le 20 décembre 1945. « Nous sommes en retard », écrit Jouvet sur le programme en s’adressant à l’auteur qui n’est plus là.

Oui, Denis Rolland, Jouis Jouvet n’était pas à Londres, ni dans le maquis. Il était sur les planches, sur scène avec ses frères d’armes, Arnolphe, Knock, et avec les plumes de Molière, de Jules Romains, de Steve Passeur et de Claudel, de Giraudoux et de Supervielle, elles furent ses dérisoires épées pendant ces quatre années de miracles quotidiens.
Avec sa troupe il a porté haut l’éclat d’une nation humiliée et sans mémoire, d’un pays rabaissé. Lui, saltimbanque infatigable, il a fait ce qu’il savait si bien faire : il a joué.
Son épée était de bois mais son fil, c’était le verbe.

Alors, comme vous l’avez affirmé, présenter Jouvet en 40 comme un suppôt de Pétain et en 45 comme un pseudo résistant, n’est-ce pas une offense, à vrai dire une infamie ? Nul doute que le caustique fantôme de Jouvet n’en sourie, et emprunte à ces auteurs qu’il respectait tant, son si fameux « N’est-ce pas un peu court, jeune homme ? »

Auteur de « Louis Jouvet, serviteur du Théâtre », Antenne 2,
 
 
Elvire Jouvet 40
Benoît Jacquot
1986 - France - 65 mn - 35 mm - Noir & Blanc
 
 Ce spectacle mis en scène par Brigitte Jaques au Théâtre national de Strasbourg repose sur les notes prises par Louis Jouvet au cours des sept leçons qu'il a données, de février à juin 1940, à une élève du Conservatoire, interprète du rôle d'Elvire du «Dom Juan» de Molière. film-documentaire.fr - film - Elvire Jouvet 40,
 
voir ces films : Les amoureux sont seuls au monde part 1 - YouTube : 52 min 30 sec, Entrée des artistes 1938 (part 1, part 2 , part 3, part 4, part 5, part 6, part 7 ;);  quai des orfèvres 1947 (part 1 , part 2, part 3, part 4,part 5, part 6, part 7 :) , Knock Francais 1951 Comedie : 1h39
 
Voir les documentaires : LOUIS JOUVET ou la noblesse du comédien. Documentaire sur le grand comédien et acteur français : LOUIS JOUVET (1887-1951).
Émission réalisée par Claude-Jean PHILIPPE.
© Antenne 2 - Pathé Cinéma. 1987
Noir et blanc.
Durée : 49 minutes 10 secondes.
 

20/01/2013

Django unchained’

Quentin Tarantino : “A vous de voir ce que ‘Django unchained’ raconte de l’époque !”

Avant-goût | Spectateur boulimique, le réalisateur continue à explorer les genres et signe un western iconoclaste sur l'esclavage. Quentin Tarantino est à la une de “Télérama” cette semaine.

Le 14/01/2013 à 18h38 - Aurélien Ferenczi

 

C’est un type qu’on rêverait de rencontrer tranquillement. Comme un ami cinéphile avec qui l’on aimerait faire des listes (les meilleurs westerns dans lesquels l’un des personnages principaux est un Noir), se perdre en débats animés et stériles (les acteurs américains sont-ils trop payés ?), bref passer du temps. Mais Quentin Tarantino est en coup de vent à Paris, attraction numéro un de la caravane médiatique de Django unchained, qui transforme l’étage d’un hôtel de luxe en un drôle de charivari, quatre acteurs dans leurs suites, le double d’intervieweurs, le triple d’assistants, le quadruple de gens dont on ne sait pas ce qu’ils font là… En avant-première sur Télérama.fr, voici un extrait de l'entretien qu'il nous accordé.

 

Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans Télérama, en kiosque mercredi 16 janvier.
 

Vous êtes-vous donné comme mission de venger les peuples qui ont souffert ? Après les Juifs, les Noirs ? On dirait que vous avez fait vôtre la citation biblique, assez fantaisiste, de Samuel Jackson dans Pulp Fiction : « Et je frapperai avec colère ceux qui tentent de détruire mes frères »…
C’est possible ! Mais c’est aussi plus simple que cela : je voulais évoquer ce sujet sans le respect un peu compassé envers les victimes qu’on trouve généralement dans les grands films historiques. On a l’impression de regarder à travers une vitre ! La Liste de Schindler est différent : parce que Spielberg réussit à briser cette vitre, son film nous empoigne. Mais le voir reste une épreuve. Alors que dans le cinéma de genre on peut garder l’Histoire en toile de fond et remplacer la douleur par une énergie, une empathie gratifiantes. Je voulais que les Noirs d’Amérique puissent voir Django unchained sans se sentir déprimés ou frustrés… Je me rappelle une discussion avec Reginald Hudlin, un réalisateur noir américain : il comparait un gros film sur l’esclavage, bourré de bonnes intentions, à une série B des années 1970, The Legend of Nigger Charley. Il trouvait la seconde fauchée, mais dynamique, efficace, positive… J’ai pensé : Ah, mais je pourrais faire ça…

 

 

The Legend of nigger Charley, le film qui inspira Tarantino pour Django unchained.

Django unchained est un western : n’est-ce pas, par excellence, le genre qui raconte l’histoire, même enjolivée, des Etats-Unis ?
Bien sûr, les westerns décrivent la naissance du pays, mais encore plus la décennie dans laquelle ils ont été faits. Ceux des années 1930 montrent encore l’esprit des pionniers, ou des colonisateurs, avec un manichéisme simple : c’est l’opposition « white hat/black hat » – le héros porte un chapeau blanc, son rival un noir. Dix ans plus tard, ils rendent compte du traumatisme de la guerre : ils sont proches du film noir, c’est l’ère du doute, comme dans La Vallée de la peur, de Raoul Walsh. Les années 1950 sont encore très conservatrices, mais certains films annoncent timidement la montée des droits civiques : s’il est question des Noirs, c’est à travers les Indiens. La Flèche brisée, de Delmer Daves, l’un des premiers films à montrer des Indiens comme des êtres humains, a été très apprécié de la communauté noire : l’histoire semblait proche de la leur, que personne n’avait encore racontée ! Plus tard, le western évoquera la guerre du Vietnam, et même le Watergate : les films de la fin des années 1970 démontent les mythologies, comme Buffalo Bill et les Indiens, de Robert Altman, ou La Brigade du Texas, de Kirk Douglas… A vous de voir ce que Django unchained raconte de l’époque !

Django Unchained, de Quentin Tarantino, en salles mercredi 16 janvier

Vous y retrouvez Christoph Waltz et Samuel L. Jackson, deux acteurs experts du « tarantinien », ce langage inventif et imagé qui est votre marque de fabrique. D’où vous vient ce sens du dialogue ?
Longtemps, alors que je cherchais à financer Reservoir Dogs, j’ai entendu : « Trop de dialogues, c’est du théâtre… » Je ne sais pas précisément à quoi ressemblent mes dialogues. Sont-ils de la poésie ? Pas exactement, mais il y a un lien. Des paroles de chansons ? Pas exactement, mais il y a un lien. Du rap ? Des extraits de one-man-show ? Toujours un lien. Ils possèdent une musicalité très singulière : la façon dont les mots sonnent, riment, se répètent est importante. Comme l’est leur disposition sur la page blanche du scénario : on doit saisir leur musicalité d’un regard… Alors, qui m’a influencé ? Des scénaristes, comme Preston Sturges ou Paul Mazursky. Des romanciers : Larry McMurtry, Elmore Leonard. Des dramaturges : David Mamet, Sam Shepard, Ben Hecht. Et sûrement aussi de grands comiques, comme Richard Pryor ou George Carlin

La scène du pourboire, dans Reservoir Dogs, de Quentin Tarantino (1992).

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A voir : Django unchained, de Quentin Tarantino, en salles mercredi 16 janvier.

 
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