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30/04/2014

De l’audace !

De l’audace !
Martine Bulard

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Trente ans de manifestations antiracistes, de pétitions indignées, de pamphlets assassins, de mobilisations morales n’auront rien empêché. Les droites extrêmes ont toujours pignon sur rue, notamment en Europe. Particulièrement virulentes comme en Hongrie, en Grèce ou en Suisse. Plus policées comme en France ou en Italie. Mais toujours actives, à la recherche d’un ennemi intérieur (les Juifs parfois, les musulmans le plus souvent).

Trente ans de posture morale pour mettre en accusation tout à la fois ces ouvriers qui seraient passés du poing levé au doigt pointé vers l’étranger, ces « salauds de pauvres » qui ne se rendent pas compte de ce qu’ils font, ces « petits Blancs » déclassés contraints de vivre en périphérie de tout (de la ville, de la culture, des loisirs…) et qui se vengent, ces vieux frileux qui ont peur de la mondialisation. Sans oublier les boucs émissaires : ces Roms « qui ne vivent pas comme nous » et ces musulmans qui menacent « notre belle civilisation judéo-chrétienne ».

Trente ans d’échec qui mériteraient, à tout le moins, que l’on s’interrogeât sur le diagnostic et, pourquoi pas, sur les éventuels remèdes. Or si le peuple est systématiquement mis en accusation, les élites, elles, se sentent hors de cause. Elles se mobilisent quand elles l’estiment utile et, une fois rentrées dans leurs foyers, continuent à vanter des politiques qui, de droite ou de gauche, alimentent la machine à exclure.

Tout le monde invoque le poids de la crise dans les choix extrémistes. Mais chacun fait comme s’il s’agissait d’un phénomène naturel, regrettable mais inévitable. La déréglementation de la finance, le démantèlement des droits sociaux, la réduction du pouvoir d’achat des couches moyennes, la mise en concurrence des salariés relèveraient de la fatalité, et non de décisions concrètes prises par des individus concrets — les gouvernants et leurs délégués européens (Commission en tête).

Tels sont les choix, assumés et réfléchis, qui entraînent une croissance en berne, une précarisation en expansion, un appauvrissement des plus pauvres et un enrichissement des plus riches : 1 % de la population mondiale détient 50 % de l’ensemble de richesses produites sur la planète. Une explosion des inégalités comme le monde n’en a pas connu depuis la seconde guerre mondiale et qui fait le terreau de l’extrémisme de droite, faute d’alternative réelle.

Cette lame de fond s’explique en effet par une faillite idéologique des belles âmes politiques et intellectuelles, qui restent arc-boutées sur leurs tabous. Toute proposition de rupture avec le capitalisme est renvoyée aux poubelles de l’histoire. Toute hypothèse de sortie de l’euro est taxée de repli coupable. Toute velléité de mener des projets communs avec les autres peuples européens pour contrer le chantage des possédants est rejetée d’un revers de main.

En France, le commissaire européen Michel Barnier, ex-ministre de droite, a même été gratifié du joli qualificatif d’« irresponsable » pour avoir eu l’audace d’envisager de séparer les activités traditionnelles des banques de détail et celles, spéculatives, des banques de marché.

Quant à l’idée d’une démocratisation du système politique avec un Parlement à l’image des populations (et donc des ouvriers, des élus de toute origine ethnique (1)…), avec un droit de vote pour les immigrés non européens aux élections locales, elle est promise à chaque élection et vouée aux gémonies dès le lendemain. Et l’on s’étonne du discrédit des élus, incapables d’honorer leurs engagements.

Sur toutes ces questions, le débat public est devenu quasiment impossible — et le dénigrement des options alternatives, systématique. D’où le déploiement des droites extrêmes, qui ont en commun une conception ethniciste du peuple, une vision excluante de la société nourrie le plus souvent d’une aversion antimusulmane. Il est illusoire de penser les marginaliser en criant au « fascisme » comme dans les années trente, en bricolant des faux-fuyants moralisateurs ou d’éphémères fronts républicains confortant la coupure entre ceux d’en haut et d’en bas.

Seule l’audace sociale et politique peut renverser la vapeur. L’audace de rompre avec ces trente ans de politiques libérales, pour en finir avec la crainte de l’avenir. L’audace de mener bataille sur les valeurs qui fondent une société (solidarité, tolérance, égalité...), pour en terminer avec la peur de l’autre. L’audace de rendre le pouvoir au peuple —par les élections, mais aussi par la participation directe aux affaires qui le concernent, notamment dans les entreprises.

Certes, en ces temps de ruptures indispensables, les forces progressistes n’ont pas toutes les mêmes solutions. Raison de plus pour oser engager, sans attendre, la bataille. Car la désertion idéologique débouche sur la défaite politique.

Martine Bulard

 

 

1er mai 1995. Brahim Bouarram tombe, assassiné par des skinheads d?extrême-droite, qui le jettent dans la Seine. Les skinheads, qui reviennent du rassemblement annuel organisé par le Front National, sont partis à la « chasse aux pédés ». Ils tombent sur un arabe, qui fera l?affaire : Brahim Bouarram avait vingt-neuf ans, et parce qu?il était Marocain, il est mort.

 

Deux mois avant, Ibrahim Ali, adolescent d?origine comorienne avait été tué par une balle dans le dos, tirée par des colleurs d?affiches du Front National à Marseille.

 

 

 

L?extrême-droite tue. Le FN tue.
30 mars 2014. Deuxième tour des municipales en France. 14 villes sont désormais aux mains du FN, parti des assassins.
Les fachos sont dans la rue, les fachos dirigent nos villes.

Depuis 1988, le Front National parade dans les rues de Paris le 1er mai. Il est temps d?organiser la riposte.

 

Le jeudi 1er mai 2014 au matin aura lieu à Paris une manifestation antifasciste. Pour rendre hommage à Brahim Bouarram, mais aussi à Ibrahim Ali, et à Clément Méric. Mais aussi pour dire « Non » au Front National, dire « Non » à la haine, dire « Non » à cette violence. Nous rejoindrons le Pont du Carrousel, lieu de la commémoration unitaire annuelle.

 

Rendez-vous jeudi 1er mai, 10h30,
à la Place Saint Michel

 L?après-midi, nous serons présentEs, avec le réseau VISA (Vigilance et Initiative Antifasciste) à la manifestation syndicale. Vous pouvez passer discuter, nous soutenir, récupérer du matériel (affiches, autocollants, tee-shirts). 


Rendez-vous jeudi 1er mai, 14h30, à l'angle des rues Roubo et Faubourg St Antoine (Métro Faidherbe Chaligny) !

 Marine se fait couler un bain

 

 

06/04/2014

CasaPound, sous la carapace du nouveau fascisme italien

 

1.       Flores Magon

La liberté individuelle, non privilégiée mais humaine, les capacités réelles des individus ne pourront recevoir leur plein développement qu'en pleine égalité.
Bakounine

Mais l’instinct n’est pas une arme suffisante pour survivre contre les machinations réactionnaires des classes privilégiées. L’instinct abandonné à lui-même, et tant qu’il ne s’est pas encore transformé en conscience réfléchie, en une pensée clairement déterminée, se laisse facilement désorienter, fausser et tromper.
Mais il lui est impossible de s’élever à cette conscience de lui-même, sans l’aide de l’instruction. »
Michel Bakounine

 
 

 

CasaPound, sous la carapace du nouveau fascisme italien.

Au centre de Rome, les militants du mouvement CasaPound cherchent à réinventer l'extrême droite en s'appropriant des figures d'extrême gauche. Bienvenue chez des « fascistes du troisième millénaire ». Un webdocumentaire illustré.

Une maison brune au cœur de Rome. Un drapeau rouge frappé d’une tortue flotte à son sommet. Nous sommes devant l’antre de CasaPound, celle des « fascistes du troisième millénaire », comme se définissent les partisans de ce mouvement politique et social protéiforme. Il s'est constitué en décembre 2003, lors de l'occupation d'un immeuble abandonné dans le quartier de l'Esquilin pour protester contre la crise du logement à Rome. Depuis dix ans, le bâtiment est l’épicentre de la jeunesse radicale nationaliste.

Ici, la figure du Che côtoie celle du Duce. On ratisse large, de l’extrême droite à l’extrême gauche, créant un fourre-tout idéologique qui attire nombre de jeunes confus et de militants aguerris. Le mouvement est tentaculaire. Avec plus de 4 000 membres et 40 sections à travers l’Italie, son influence s’étend du Nord au Sud. Happenings, manifestations, concerts : CasaPound s’approprie les rues romaines. Les mouvements identitaires accourent de toute l’Europe pour découvrir ce qui leur semble être un modèle d’inspiration unique et prospère. A l’heure où l’Italie traverse une de ses plus graves crises politiques, certains se remémorent avec nostalgie le Ventennio, la double décennie du fascisme mussolinien

Bachar : Le Lion des fascistes

 

L’injonction est claire, le propos martelé est univoque : « Il faut soutenir la famille Assad en Syrie. Empêcher toute intervention occidentale venant en aide aux rebelles. Non à l’expansion du fondamentalisme islamique au Proche-Orient ! ». L’atmosphère est lourde dans la salle de conférence. La cinquantaine de chaises est occupée par les plus âgés. Les jeunes militants de CasaPound leur ont laissé la place, marque de respect intergénérationnelle. Eux sont debout formant une haie compacte, torses bombés et dos au mur. Aux angles de la pièce, des membres de la communauté syrienne d’Italie tendent le drapeau du pays devenu symbole du régime. La table des intervenants est ensevelie par une banderole à l’effigie de Bachar al-Assad, qui se décroche régulièrement et glisse dans la poussière. A plusieurs reprises au cours de la conférence, les militants tenteront de la fixer à la nappe, sans grand succès. Le témoignage du général Tlass - Citizen Khane

 

Des soutiens univoques

Au micro, les soutiens indéfectibles au « lion de Damas » se succèdent sans voix discordantes. Jamal Abo Abbas, petit homme discret et président de la communauté syrienne d’Italie, Souab Sbai, journaliste marocaine marquée à droite et Ouday Ramadan, porte-parole du comité Italie-Syrie, staliniste auto-proclamé que l’on retrouve sur Internet, kalachnikov au poing en mission humanitaire dans les rues de Damas. CasaPound n’aime pas la contradiction mais apprécie l’esthétique révolutionnaire en pose, peu importe sa couleur politique. Chez Ouday Ramadan, le verbe est puissant et les effets d’annonce minutieusement calculés pour produire des salves d’applaudissements. « Les Saoudiens veulent nous faire la leçon, alors que leurs femmes rêvent de pouvoir un jour conduire une voiture », clame-t-il, dans un élan de démagogie.

L’ennemi du discours est « americano-sioniste » parfois wahhabite (courant fondamentaliste sunnite très présent en Arabie saoudite). On accuse l’Alliance atlantique (OTAN) et les pays du Golfe de soutenir et d’armer les djihadistes qui veulent renverser un gouvernement jugé légitime. « Cet impérialisme menace la souveraineté nationale syrienne et la stabilité du pays », affirme Adriano Scianca, responsable culturel de CasaPound. Son mouvement défend le régime pour trois raisons, estime-t-il : « Parce que Bachar al-Assad est le dirigeant élu d’un Etat souverain, dont le sort ne doit pas être décidé par une poignée de terroristes d’Al-Qaida payés par les puissances occidentales et les Emirats de la région. Parce qu’il représente le parti Baas qui est modernisateur, laïque, tolérant envers les autres religions et hostile à l’intégrisme. Parce que la Syrie est aujourd'hui victime d'un plan criminel. La défendre est un devoir moral, plus que politique, lorsque les armées du bien ont déjà fait trop de mal. »

 

Une internationale des extrêmes droites

A côté des intervenants, Giovanni Feola écoute en silence, les bras croisés. Il est l’un des représentants italiens du Front solidaire européen pour la Syrie (ESFS). Ce mouvement, né au début de l’année 2013, a pour objectif d’organiser des protestations internationales contre l’intervention en Syrie. Présent dans une vingtaine de pays, l’organisation se définit comme « apolitique, sans affiliation à un mouvement, parti ou groupe d’aucune sorte ». Pourtant, ses rangs comptent de nombreux militants d’extrême droite et l’organisation elle-même est une émanation de CasaPound. En juin 2013, Giovanni Feola a été le candidat du mouvement pour les municipales de la VIIe circonscription romaine.

C’est d’ailleurs sous la bienveillance de CasaPound que la première grande manifestation de l’organisation ESFS a pu voir le jour à Rome, le 15 juin 2013. Des militants des droites radicales turques, tchèques, hollandaises, roumaines, finlandaises et suédoises y ont participé, avec la présence notamment de l’association de défense identitaire, Solidarité-Identités, et du Mouvement social républicain espagnol. Si le Front national et le GUD (Groupe Union Défense, principal mouvement d'extrême droite des étudiants français) n’étaient pas officiellement présents, plusieurs de leurs membres ont fait le déplacement ce jour là, afin d’acclamer Bachar Al-Assad, le Lion des fascistes. Celui qui, pour cette coalition des droites internationales, incarne le dernier rempart à l’islamisme.

 

Gianluca Iannone, le gourou

 

Gianluca Iannone est la tête et les bras du mouvement. Il est le Duce. Un leader charismatique multitâches : fondateur de CasaPound, président de l’association, directeur de leur publication Occidentale et chanteur de ZetaZeroAlfa. Selon la légende, il aurait donné naissance au mouvement en échangeant quelques idées avec des amis au coin d’une table du pub le Cutty Sark. CasaPound ne peut se penser sans son démiurge. Aujourd’hui, il se consacre entièrement au fonctionnement et à l’expansion du mouvement. On le dit affable et effrayant à la fois. Très à l’aise avec les stratégies de communication, il en verrouille les canaux pour ses militants qui ont ordre de ne pas répondre aux « chacals de journalistes », soucieux d’éviter que ses protégés ne fourvoient publiquement le mouvement.

CasaPound, entre hégémonie et résistance

« Vous êtes phénoménaux ! Nous allons leur montrer combien nous pesons sur cette ville, cette région et même ce pays. Nous sommes la forêt de Sherwood. Gardez bien ça en tête. Le sheriff de Nottingham et ses alliés (ndlr. le doigt pointe vers les photos de politiciens italiens dont Mario Monti, chef du gouvernement jusqu’en avril 2013) nous allons les mettre dehors. La garde haute, avançons lentement et inexorablement ! » Les veines du cou sont gonflées et la voix caverneuse lorsque Gianluca Iannone s’adresse à ses supporteurs massés par centaines sous les drapeaux de CasaPound. En cette belle soirée de novembre 2012 sur la Piazza Mazzini, les fumigènes rouges escortent le défilé.

L’ennemi est, comme toujours, clairement désigné. « Fais les pleurer, vote CasaPound », somme une banderole géante sur laquelle figure Mario Monti, Elsa Fornero sa ministre du travail et Pier Luigi Bersani, le secrétaire du Parti démocrate, le centre-gauche italien. La foule scande « Monti vatene ! » - Monti va t’en ! Le propos est clair mais les affiches qui parsèment les rues que le cortège traverse sont encore plus précises. On y voit un politicien la tête détachée et le cou truffé de billets de banque. « Coupons les têtes des dirigeants corrompus. Pour notre terre », indique le placard. Une rhétorique de la décapitation que l’on retrouve sur plusieurs tracts, usant parfois de la mythologie. Le célèbre Persée du sculpteur Benvenuto Cellini qui tient au bout de son bras la tête tranchée de la Méduse appelle à venir lutter « contre le gouvernement des banquiers ».

Mario Monti l’usurier

Alors que la crise de la dette publique est au plus haut en novembre 2011, Giorgio Napolitano, chef de l’Etat italien, nomme Mario Monti à la tête d’un gouvernement technique pour remplacer Silvio Berlusconi, démissionnaire. Celui que l’on appelle alors « le professeur », devient rapidement l’ennemi désigné de CasaPound, car représentant italien d’une « Europe des banques » et égérie d’un « gouvernement Goldman » tissant son réseau d’influence parmi les leaders du vieux continent. Comme Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne ou Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mario Monti est aussi un ancien cadre de la banque d’affaires Goldman Sachs, régulièrement citée parmi les responsables des récentes crises économiques, celle des subprimes de 2008 et celle de la dette publiques grecque de 2010. Les plans de rigueur drastiques lancés par son gouvernement, effritent son image auprès de la population italienne. Si bien qu’à l’issue de son mandat en avril 2013, le gouvernement Monti est devenu l'incarnation de l’Europe de l’austérité. L’ardoise laissée est sans équivoque. Le déficit budgétaire italien atteint 2,9 % du produit intérieur brut en 2013 au lieu du 1,8 % attendu et la dette doit être augmentée de 40 milliards d'euros, afin d’assurer le remboursement de dettes commerciales contractées auprès d’entreprises privées. Du pain béni pour CasaPound qui voit ses attaques contre l’inefficacité du gouvernement Monti confirmées.

Pour CasaPound, la société italienne idéale verrait ses banques nationalisées et les usuriers d’Equitalia (l'agence publique de recouvrement des impayés fiscaux) boutés hors du pays. Le droit à la propriété pour tous est la lutte de front que mène le mouvement depuis ses débuts. Celui-ci explique aussi l'emprunt du nom du poète américain fasciste, Ezra Pound, par ses travaux contre ce qu’il appelait « l’usurocratie ». Le mouvement propose notamment une mutuelle sociale inspirée du Manifeste de Vérone, programme économique et social du parti fasciste, édicté en 1943. Elle permettrait aux familles italiennes d’acquérir une propriété construite sur des terrains étatisés, pour une somme inférieure à 80 000 euros, dont les crédits n’excéderaient pas un cinquième des revenus familiaux. Ses vœux, CasaPound les formule dans une multitude de projets sociaux, politiques ou événementiels.

 

Pour que les peuples restent chez eux

Des actions publiques assoient sa popularité. En avril 2009, au lendemain du tremblement de terre de l’Aquila qui fit plus de 300 morts et des milliers de blessés dans le centre de l’Italie, CasaPound, via son association de protection civile La Salamandra, fut parmi les premiers à porter secours aux victimes, en distribuant aide et vivres. Le mouvement s’est spécialisé dans les actions solidaires, souvent à l’étranger. Ses membres accompagnent les luttes identitaires du peuple Karen en Birmanie, des communautés Boers (colons blancs d’Afrique du Sud) ou viennent à la rescousse des orphelins de Nairobi au Kenya. Des expéditions organisées en collaboration avec Solidarité-Identités (SOLID), une association française dont l’objectif est de préserver « la diversité du monde et la pluralité de ses représentations (…) pour que celui-ci ne se transforme pas en une immense tour de Babel et que les peuples puissent collaborer et rester indépendants chez eux ». Internationale des extrême droites : Sébastien Manificat président de SOLID, Français d’origine, vit à CasaPound, dont il est le responsable des relations extérieures. Un mouvement qui tente par ses voyages humanitaires de se défaire de l’étiquette raciste qui lui colle à la peau.

Deux vendeurs sénégalais abattus en plein jour dans un marché de Florence. Trois autres blessés par balles. Ce 13 décembre 2011, Gianluca Casseri avait tiré pour tuer, avant de retourner l’arme contre lui. Au lendemain du crime, Casseri est identifié par les médias comme un proche de CasaPound. Gianluca Iannone multiplie alors les passages télévisés pour se distancier d’un Casseri qu’il assure fou et sans réelle proximité avec le mouvement. Pourtant une traque organisée par des antifascistes sur les réseaux sociaux a permis de révéler des photos de Casseri présent à de nombreuses manifestations et des liens d’amitié avec plusieurs dignitaires du mouvement. Sur l’Ideodromo, un des sites de CasaPound, laboratoire de leurs projets, pas moins de cinq articles publiés par Casseri ont été retirés le jour du drame. CasaPoud ne veut pas d’infréquentables dans ses rangs. Ce qui ne l’empêche pas de tisser d’importants réseaux avec des représentants de l’extrême droite identitaire européenne, à l’instar d’Alain Soral, fondateur de l’association politique Egalité et réconciliation et visiteur récent du 8 rue Napoléon III. Pour cet ancien communiste passé au Front National et désormais non affilié, CasaPound est « un exemple d’avant-garde nationaliste contraire à l’extrême droite française réactionnaire et ringarde ». Selon Alain Soral, « faire en France ce que fait CasaPound en Italie est impossible. Là-bas, on les laisse un peu exister. En France, si on faisait de la réquisition de locaux, on subirait une violence immédiate à cause de la toute puissance du gauchisme talmudo-trotskiste. »

 

Actions publiques et activités non conformes

L’existence de CasaPound et les occupations d’immeubles sont effectivement tolérées par le gouvernement italien. « Berlusconi les a laissé exister par respect pour cette jeunesse combattante qu’il sait être le meilleur de l’Italie, l’incarnation de la grandeur romaine », estime Alain Soral dans une vidéo datant de décembre 2011. Cette indulgence a permis au mouvement d’accroître considérablement ses activités et de gonfler ses rangs. Aujourd’hui le mouvement compte des clubs de sport pour le football, le hockey, le waterpolo, le parachutisme, la plongée, l’escalade, la boxe mais aussi un club de moto, un groupe écologiste contre la vivisection, une troupe de théâtre « non conforme », des librairies, une galerie d’art pour des expositions futuristes, un cinéclub qui organise des festivals de courts-métrages et un courant artistique, le turbodynamisme.

Le mouvement organise des actions répétées dans l’espace public, coordonnées dans plusieurs villes d’Italie « pour forcer les médias à détourner momentanément leur regard des bavardages soporifiques de la classe parlementaire », comme le signale une de leurs brochures. Des dizaines de mannequins pendus pour représenter « les familles italiennes étouffées par les ventes immobilière du patrimoine public » ; des statues encapuchonnées pour les protéger de la vision des « morts blanches », liées au travail et « ignorées par l’Etat » ; les fontaines de quarante cités italiennes remplies de centaines de bouteilles contenant des SOS pour les employés licenciés en 2008 par Alitalia (compagnie aérienne nationale) ; ou encore leur « farce à Paris » le 1er avril 2011, lorsqu’ils ont teint la fontaine du Trocadéro en noir pétrole et laissé dériver des canots pneumatiques avec des photos de réfugiés tunisiens et ce message : « Vos dirigeants ont voulu le gaz et le pétrole libyens. Vous aurez aussi les flots d’immigrés ». Plus récemment, CasaPound a multiplié les hommages à Dominique Venner, essayiste français d’extrême droite, nationaliste-racialiste, qui s’est suicidé le 21 mai 2013 devant l’autel de Notre-Dame de Paris. « Honneur à ce samouraï d’Occident » était-il inscrit, quelques jours plus tard, sur des dizaines de banderoles aux quatre coins de l’Italie.

 

 

 

Une expérience de vie totale

Si ces actions revêtent un aspect happening pour attirer les grands médias, CasaPound s’embarrasse de moins en moins des journalistes, puisqu’il a son propre réseau médiatique. Une radio, Bandiera Nera, qui diffuse jusqu’en France et en Espagne ; Tortuga, une WebTV ; Fare Quadrato, un trimestriel pour les étudiants et Occidentale, la revue incontournable « pour nourrir ton cerveau et ton âme (…) de critiques radicales, d’analyses non conformes, de pensées sans patron ». L’encart précise : « Si tu aimes le journalisme crapuleux et la culture frauduleuse, si tu désires être adulé, rassuré courtisé, dorloté et si tu t’extasies devant La Repubblica, Il Corriere della Sera, Le Monde ou le Times ; Occidentale n’est pas pour toi. »

Si le mouvement a réussi aujourd’hui à convaincre plus de 4 000 membres répartis dans 40 sections à travers la botte, c’est parce qu’il offre un système clos, complet, cohérent d’activités politiques et sociales intégrales et intégrantes. Une base médiatique qui lui permet de diffuser une information sans contestation, sans débat avec ceux qu’il accuse de tordre ses concepts et ses arguments. Lutter, penser, manger, dormir, respirer CasaPound. Une expérience de vie totale, hégémonique et résistante, qui parfois se confond avec celle d’un mouvement sectaire ou d’un totalitarisme qui exhale un troublant parfum d’entre-deux guerres.

 

Chinatown

L’immeuble de CasaPound se situe sur la colline de l’Esquilin à trois rues de la gare Termini de Rome. Ce quartier est un des 22 rioni (subdivision urbaine datant de l’Antiquité) du centre historique et l’un des plus populaires de la capitale. L’activité est dense et les rues sont bordées de petites échoppes. Des coiffeurs africains, des traiteurs vietnamiens, des bijouteries indiennes, des merceries pakistanaises ou des kebabs turcs. Une véritable ode au multiculturalisme.

La communauté chinoise est présente dans le quartier depuis les années 1970. Aujourd’hui, c’est incontestablement la plus importante du quartier, ce qui amène de nombreux romains à désigner l’Esquilin comme le « Chinatown » de la ville. S’emparant de ce phénomène, CasaPound a présenté, en mai 2013, un projet d’aménagement du territoire visant à la requalification d’un Esquilin « abandonné à lui-même », selon la brochure présentant le projet. Ce dernier a pour objectif de segmenter le quartier entre la partie est, qui selon le mouvement est « aux mains des Chinois », et la partie ouest désignée comme « l’Esquilin des Italiens ».

Une ségrégation déguisée

La longue présence des Chinois dans l’Esquilin en a fait une communauté indissociable du quartier, voire indélogeable pour certains. De la partie Est, CasaPound souhaiterait faire un véritable Chinatown touristique, où les Chinois auraient le droit de s’exposer culturellement, en « ouvrant des salons de thé, des restaurants ethniques et des dojos d’arts martiaux ». Le périmètre culturel serait géographiquement marqué par « des portes d’entrée typiques de Chinatown » et il y serait autorisé d’utiliser le chinois pour la signalisation des commerces. CasaPound justifie cet élan de générosité par la plus-value touristique et économique qu’un tel projet apporterait à l’ensemble du quartier, permettant aussi la réduction des déprédations et des « trafics illégaux auxquels se consacrent les immigrés clandestins ».

En contrepartie de cette débauche de folklore autorisé, la partie ouest de « l’Esquilin italien » sera réhabilitée en un pôle dédié « à la tradition romaine et à la culture italienne ». Ce qui serait réalisable grâce à « l’attractivité nouvelle de Chinatown », apportant ses flots de touristes en manque d’exotisme. Revers de la médaille, dans cette partie du quartier, il serait, bien entendu, « strictement interdit d’arborer des enseignes en langue étrangère ». Ou quand CasaPound sépare les cultures prétextant le bien économique de tous.

 

La segmentation géographique ci-dessus a été réalisée, selon CasaPound, avec le consentement de la communauté chinoise. Sur le plan, la rue Napoléon III est coupée par cette frontière fictive à la hauteur du numéro 8, qui n’est autre que l’adresse de l’immeuble CasaPound. Un tracé qui permet de justesse à la maison des « fascistes du troisième millénaire » de se retrouver dans « l’Esquilin italien ». Malgré les dizaines d’affiches électorales de CasaPound placardées sur les murs alentours, aucun des commerçants chinois n’a été en mesure de répondre à nos questions concernant leurs voisins militants ou le projet de Chinatown. Seuls des « No ! No ! No ! » précipités, comme une ritournelle, sont venus accueillir nos interrogations. Au mieux, nous étions redirigés vers un commerçant voisin, au pire repoussés physiquement à l’évocation de notre statut de journaliste.

 

Cerberus

 

 

 

Café de l’Esquilino

 

Dans ce café tenu par un vieux couple, une myriade de clichés sur le mur met en scène hommes, femmes et enfants vêtus comme dans la Rome antique. La patronne en parle comme une mère parlerait des portraits de ses fils. Sur le comptoir, son mari pose un gros livre illustré qui fait office d’album familial. Il s’agit d’une reproduction historique de la vie des légionnaires, esclaves et autres lurons de l’Empire dont la devise est gravée un peu partout dans la pierre de la ville : SPQR (Senatus Populusque Romanus, le Sénat et le Peuple romain).

Sur le seuil de son établissement, le patron se lance dans une démonstration de salut légionnaire. C’est la passion de le Rome antique qui parle, lorsque le poing du vieillard frappe son buste et que son bras taille l’air, tantôt droit devant lui, tantôt sur son côté droit. Le geste fait se retourner quelques têtes dans la rue. Des regards interloqués par ce qui est devenu le signe de ralliement des fascistes.

 

Au sujet des militants de CasaPound : « Oh, ils passent boire le café de temps en temps. Ils ne sont pas dangereux. »

 

En fait, il n’y a pas de contradiction fondamentale entre le fait de dire qu’il y a bien approfondissement de la crise ces dernières années et que le capitalisme est d’une certaine façon une crise permanente : la crise peut être analysée à la fois comme un mode de fonctionnement ordinaire du capitalisme et comme une remise en cause potentielle de sa propre existence. Le capitalisme est ce jeu qui inclut sa contradiction dans sa propre règle, et qui donc pourrait tendre à son abolition, mais la réalité c’est que c’est à la lutte des classes, c’est à nous de le faire.

 

La crise actuelle pourrait bien sûr être résolue par des moyens déjà utilisés historiquement par ce système dans des contextes comparables: guerre(s), destruction massive des moyens de production et de la force de travail. Elle pourrait aussi durer longtemps dans un processus continu d’appauvrissement pour la plupart d’entre nous, secoué par des explosions sans issue, voire des conflits de tous contre tous (concurrence entre groupes, racisme…).

 

Mais on peut aussi penser que, pendant une crise grave prolongée, les automatismes sociaux, les habitudes, s’affaiblissent et disparaissent. Beaucoup de personnes pourraient remettre en question ce qu’elles considéraient auparavant comme naturel, inévitable. Et c’est bien pour cela que les crises sont potentiellement des moments de remise en cause du capitalisme.

 

Alors pourquoi cette analyse, qui est à peu près la seule à se trouver confirmée aujourd’hui par la crise récente, suscite-t-elle si peu d’attention? Pourquoi est-il si difficile d’admettre aujourd’hui que notre système est à bout de souffle? Avant tout parce que personne ne peut vraiment imaginer la fin du capitalisme. L’idée même suscite une peur panique. Tout le monde pense qu’il a trop peu d’argent, mais chacun se sent menacé. Or, c’est bien l’argent mais aussi la marchandise, le travail, la propriété et l’État, qu’il faut attaquer.

 

La disparition de cette société représente un tel bouleversement qu’on ne l’envisage pas nécessairement avec légèreté. Mais nous ne sommes pas condamnés à tenter de sauver l’économie qui chancelle et nous écrase. Nous pouvons contribuer à sa disparition. Pas pour le néant, mais pour un monde sans État et sans classes, un monde pour toutes et tous, sans exploitation ni domination.

_________________________

[1] Les antilibéraux rêvent de retourner à un Etat qui les protègerait du capitalisme alors même que la fonction de l’État est d’assurer son bon fonctionnement. Dans ces conditions leur politique aboutit simplement à des formes nouvelles de patriotisme économique, des mesures plus ou moins protectionnistes pour essayer d’empêcher les délocalisations, voire carrément au nationalisme.

Collectif de la Revue Internationale Sur la Crise – Paris

 

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28/11/2013

Six mois déjà ....

Appel pour commémorer les 6 mois de la mort de Clément .

26 novembre 2013Hommages, InitiativesComité pour Clément

 

clement

 

Le 5 décembre 2013, cela fera 6 mois que notre ami et camarade Clément est décédé des suites de l’agression dont il a été victime de la part des fascistes.

Nous appelons tous les collectifs antifascistes de France et d’ailleurs à commémorer, sous une forme ou sous une autre, le meurtre de Clément.

Si vous organisez vers le 5 décembre une action à la mémoire de Clément dans votre région ou dans votre ville, n’hésitez pas à nous envoyer des photos, des textes, des vidéos pour que nous puissions les rediffuser et montrer ainsi la force de la solidarité antifasciste.

A jamais dans nos coeurs …

Le comité pour Clément

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Il Comitato per Clement pubblica il primo bollettino in sua memoria Affiche pour commémorer les 6 mois de la mort de Clément

3 réflexions au sujet de « Appel pour commémorer les 6 mois de la mort de Clément »

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