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04/04/2015

les nouveaux foyers de conflit

Téhéran à la reconquête de son empire

AnalyseL’accord sur son programme nucléaire redonne à l’Iran une forte influence politique, religieuse et culturelle sur une large partie du Moyen-Orient, de Bagdad à Sanaa.

 

 

 Flores Magon 

 

L’avancée iranienne d’un bout à l’autre du Proche et Moyen-Orient, le chef druze libanais Walid Joumblatt l’appelle «la revanche de Cyrus le Grand». La comparaison n’est pas fortuite. Cyrus, roi des Perses et des Mèdes, s’était emparé de l’incomparable Babylone, en 539 avant Jésus-Christ, et de la Mésopotamie, fondant ainsi le premier empire à vocation universelle de l’histoire.

Que se passe-t-il ?

Aujourd’hui, dans la perception de bien des dirigeants arabes, l’impression est d’assister au retour des Perses au premier rang de la scène orientale. «Cyrus le Grand et ses légions avancent en Mésopotamie, contrôlent la Syrie, sont bien retranchés au Liban, envahissent le Yémen et sont prêts à bloquer le détroit d’Ormuz», écrivait dernièrement le leader druze dans une correspondance. «Et les soldats de dieu sont aux portes d’Israël», ajoutait-il, faisant référence à la volonté des combattants chiites libanais de conquérir la partie syrienne du plateau du Golan.

iranien ? Vidéo 13

Le drapeau iranien, devant les locaux de l'ONU où se sont tenus les pourparlers sur le dossier nucléaire à Vienne, le 18 juin.

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif acclamé par la foule à Téhéran après l'accord sur le nucléaire. (Photo Borna Ghasemi. AFP)

 

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Pour Barack Obama, une victoire «historique» mais chère payée Par Jean-Pierre Perrin

Décryptage Nucléaire iranien : un accord ambigu et des craintes Par Blaise Gauquelin

 

Aussi le programme nucléaire iranien est-il suivi avec la plus grande attention par le monde arabe, au point de provoquer un certain nombre de bouleversements stratégiques, dont une alliance de facto entre l’Arabie Saoudite, les Etats arabes du golfe Persique et Israël. L’arrivée de Téhéran au seuil de l’arme nucléaire, parce qu’elle renforcerait la puissance iranienne déjà considérée comme alarmante, serait donc considérée par ces pays comme un désastre absolu.

Gloire. C’est sous le président Ali Akbar Hachémi Rafsandjani que la République islamique s’est réconciliée avec le passé impérial de l’Iran. Avant lui, Ali Khamenei, qui fut président avant d’être Guide suprême, considérait certes Persépolis comme une merveille de l’humanité mais aussi comme le symbole de l’impérialisme perse, sa face noire, ce qu’il appelait «la cruelle grandeur» de ses empereurs. Avec Rafsandjani, la perception change. En avril 1991, il est le premier dignitaire religieux issu de la révolution islamique à se rendre à Persépolis. Il dira alors : «Au milieu de ces ruines plusieurs fois millénaires, j’ai ressenti combien la dignité de la nation était fondamentale et qu’elle devait être renforcée. Notre peuple doit savoir qu’il n’est pas sans histoire.» Ce ne sont plus les mots d’un religieux, mais ceux d’un homme d’Etat cherchant à faire revivre la gloire de la Perse antique, comme le chah avant lui. Cyrus, Darius, Xerxès réintègrent l’histoire nationale.

Cette tragédie culturelle résonne - à l’heure où l’offensive des milices chiites et de l’armée irakienne pour reprendre Tikrit à l’Etat islamique se poursuit, avec le général iranien Kacem Soleimani pour diriger la bataille - dans les récentes déclarations d’Ali Younsi, ancien ministre iranien des Renseignements et conseiller du président, Hassan Rohani : «Nous défendrons tous les peuples de la région car nous les considérons comme faisant partie de l’Iran ; nous ferons face à l’extrémisme islamiste, aux takfiris, aux athées, aux néo-Ottomans, aux wahhabites, aux Occidentaux et aux sionistes.»

Faisant référence précisément à l’empire sassanide, il ajoutait, cité par le site Al-Khaleej Online, à l’occasion d’un forum sur l’identité iranienne : «L’Iran est devenu un empire, comme il l’a toujours été au cours de l’histoire. Bagdad est sa capitale actuelle et elle représente, comme par le passé, le centre de notre civilisation, de notre culture et de notre identité.» Même si les autorités ont ensuite estimé que ses propos avaient été «déformés», ils n’ont pas été vraiment démentis.

«Adjoint». Aujourd’hui, Téhéran est donc au centre du jeu dans quatre pays arabes. En Irak, son engagement à la fois direct -….. En Syrie - où les milices du Hezbollah et des officiers iraniens empêchent l’effondrement du régime de Bachar al-Assad -, un officier des gardiens de la révolution, le général Hossein Hamedani, a déclaré en mai, sur le site de l’agence Fars, que «Bachar al-Assad fait la guerre en Syrie comme notre adjoint». Une façon de laisser entendre que ce sont les Iraniens qui décident des opérations. L’Iran est par ailleurs présent au Liban, où ce même Hezbollah paralyse actuellement le jeu politique, empêchant les élections parlementaires et la nomination d’un gouvernement…

 

 Origine et ampleur de la mobilisation chiite en Syrie

 

Lorsque les Syriens commencent à se soulever, en mars 2011, l'Iran est solidement implanté en Syrie.. Entre 2000 et 2010, profitant de l'inexpérience et des erreurs d'appréciation de Bachar al-Assad, les Iraniens sont en effet parvenus à passer du statut d'alliés stratégiques dans lequel Hafez al-Assad les avait confinés, à celui de tuteurs ou de parrains de son successeuré, ils sont au courant des petits et des grands secrets du régime. Ils sont donc en mesure de peser sur nombre de ses choix dans de multiples domaines.

 

Le recrutement de mercenaires chiites pour la Syrie (Caricature d'Ali Farzat)

 

L'Iran, la Syrie et les mercenaires chiites
(Caricature d'Ali Farzat)

Déjà présents dans le pays, des experts du corps des Gardiens de la Révolution islamique (Pasdaran) conseillent l'état-major et encadrent sur le terrain les troupes immédiatement chargées de réprimer les manifestations. Avec le début, puis l'accélération des désertions d'officiers dans les rangs de l'armée gouvernementales, le régime se voit contraint de faire appel à eux pour d'autres missions. Des tireurs d'élite iraniens sont signalés en juin 2011,

 

 

Les milices plus haut répertoriées, dont la liste encore une fois ne prétend pas à l'exhaustivité, rassemblaient à l'été 2014, selon l'étude de l'ICDHRF, quelque 20 à 25 000 hommes. Mais, selon des estimations plus récentes, auxquelles ne se risque pas le rapport de SN4HR, il y a, en ce moment en Syrie entre 35 et 40 000 djihadistes chiites. Selon Philipp Smyth, auteur d'un rapport très documenté sur "Le djihad chiite en Syrie et ses effets régionaux", ils sont "des dizaines de milliers", soit plus nombreux - peut-être deux fois plus nombreux - que les étrangers ayant rejoint les différents groupes sunnites en Syrie, lesquels sont évalués pour leur part à environ 20 000 hommes. Et, surtout, ils les ont précédés en Syrie, confirmant que le régime syrien voulait dès le départ donner une coloration confessionnelle à l'affrontement qu'il recherchait avec sa population.

Atout. Même s’il le combat avec détermination en Irak, en Syrie et au Yémen à travers les milices houthis, la déferlante de l’Etat islamique se sera révélée in fine un atout dans le jeu iranien. A cause de sa barbarie et de son entreprise de déstabilisation de la région, l’organisation djihadistes est devenue l’ennemi numéro 1 des Etats-Unis, remplaçant le régime islamique dans ce rôle. Profite aussi à Téhéran la méfiance que Washington éprouve désormais envers son partenaire saoudien, dont il ne peut plus ignorer que l’idéologie officielle, le wahhabisme, a eu une influence accablante sur la montée en puissance des groupes islamistes les plus radicaux à travers tout le monde musulman.

 Mais restent quelques ombres au tableau : un mois après le début de l’offensive, Tikrit est toujours tenu par l’Etat islamique. En Syrie, l’allié Bachar al-Assad continue à perdre du terrain avec son importante défaite samedi, à Idlib.Dans l'article du monde intitulé "L'EI s'empare de l'essentiel du camp de Yarmouk, aux portes de Damas 7 : " Depuis mercredi, l'EI, allié au front Al-Nosra, attaque ce camp de réfugiés palestiniens en Syrie, affrontant notamment des milices, dont celle d'Aknaf Baït Al-Makdis, un groupe de combattants anti-Assad".  Les Nations unies se disent extrêmement préoccupées pour la sécurité et la protection des quelque 18 000 civils, syriens et palestiniens, qui y vivent encore. « La situation à Yarmouk est un affront à notre humanité à tous, une source de honte universelle », a déclaré Chris Gunness, porte-parole de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). « Yarmouk est un test, un défi pour la communauté internationale. Nous ne devons pas échouer. La crédibilité du système international lui-même est en jeu », a-t-il dit. Au Liban, le deuxième exil des Palestiniens de Syrie 8 Les réfugiés vivent dans le dénuement le plus complet et ne rêvent que de partir pour l’Europe.

 

50 % des enfants déscolarisés
82 % de pauvres 

Le phénomène touche particulièrement les régions déchirées par les combats, telles celles de Rakka, d'Idlib et de Deir ez-Zor. Mais même dans les zones moins mal loties, telles que Lattaquié ou Damas, la majorité des habitants dispose du minimum pour survivre.

En 2014, quatre Syriens sur cinq vivaient en situation de pauvreté.

Evolution des situations de pauvreté en fonction des régions entre 2013 et 2014

 

Lire aussi : Les Syriens ont perdu 20 ans d’espérance de vie en quatre années de guerre

 

Après des combats entre rebelles syriens et militaires dans le camp de Yarmouk, en 2012.

Et Riyad a réussi à fédérer une large partie du monde sunnite, dont le Pakistan - ce dont les Américains étaient incapables -, pour intervenir au Yémen et, d’une façon plus générale, contrer ce que Walid Joumblatt appelle désormais «la Perse islamique».  Guerre du pétrole : les nouveaux foyers de conflit

Riyad met en cause le soutien de Téhéran à la rébellion houtiste pour justifier les frappes aériennes menées sur le territoire yéménite par les puissances sunnites.

L’idée de répandre la révolution islamique a vécu, tempère François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France à Téhéran. Ce sont des querelles d’Etat. Les Iraniens s’emparent des opportunités et s’installent dans le chaos existant. »

 


 

Risques d’escalade

 « La guerre par procuration entre l’Arabie saoudite et l’Iran a glissé vers une guerre de plus en plus ouverte depuis le conflit syrien. Aucun ne veut faire du Golfe un champ de bataille mais, comme pour la guerre de 14-18, il y a des logiques d’alliance qui peuvent échapper aux acteurs », estime le spécialiste Olivier Roy. Paris, qui profite de la crise de confiance entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, reste sceptique face aux engagements de Téhéran Alors que les sujets de discorde ne cessent de s’accumuler entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, la France avance résolument ses pions et cherche à combler le vide – relatif – laissé par la puissance américaine, lassée par une décennie d’aventure guerrière au Moyen-Orient. Pour la troisième fois depuis qu’il dirige la diplomatie française, Laurent Fabius était le dimanche 12 avril à Riyad

Autre exemple de ce jeu d'alliance : la livraison d'arme par Vladimir Poutine : Conséquence de l'accord sur le nucléaire iranien, Vladimir Poutine a levé l'interdiction de livraison qui courait depuis 2010.Début 2015, Moscou et Téhéran avaient également amorcé un rapprochement, en signant un protocole d'accord pour renforcer la « coopération militaire bilatérale en raison des intérêts communs », à l'occasion d'une visite dans la capitale iranienne du ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou. La Russie avait alors proposé à Téhéran de lui fournir des Anteï-2500, une nouvelle version des missiles perfectionnés S-300. Les deux pays se sont également rapprochés ces dernières années dans le domaine économique, et soutiennent le régime du président syrien Bachar Al-Assad.

Lundi, l'Iran s'est félicité de l'initiative russe. D'après le ministre de la défense iranien Hossein Dehghan, cité par l'agence officielle Irna :« Le développement de la coopération bilatérale (avec la Russie) et avec les pays voisins dans des domaines variés peuvent être très efficaces pour la stabilité et la sécurité durable de la région. »

Le ministre a, en effet, insisté sur les «menaces extrarégionales et (au) développement des activités terroristes », qui grandissent dans la région.

L'instrumentalisation des tensions entre chiites et sunnites par l'Arabie saoudite et l'Iran

Le Monde.fr | 27.03.2015 à 12h00 • Mis à jour le 27.03.2015 à 16h15 | Par Flavie Holzinger et Véronique Malécot

image:


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/infographie/2015/03/27/le-proche-orient-dechire-entre-chiites-et-sunnites_4602729_3218.html#g1OEfHPP2jHEiTZM.99

Israël et le Pentagone critiquent la décision

Israël a immédiatement critiqué la décision du Kremlin,  lundi, la qualifiant de « résultat direct de la légitimité accordée à l'Iran avec l'accord en cours de préparation, et la preuve que la croissance économique qui suivra la levée des sanctions (internationales) sera exploitée par l'Iran pour s'armer et non pas pour assurer le bien-être du peuple iranien ». Dimanche, le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a de nouveau critiqué l'accord sur le nucléaire iranien et qualifié l'Iran d'« Etat terroriste le plus dangereux au monde ».

Quelques heures plus tard, le Pentagone a également dénoncé le geste russe. « Notre opposition à ces ventes est ancienne et publique. Nous pensons que ces ventes n'aident en rien », a estimé le colonel Steven Warren, porte-parole du département de la défense américain.

 

Le pétrole et la géopolitique ont toujours fait un cocktail explosif... mais aujourd'hui, les foyers de tensions semblent se multiplier. C'est particulièrement vrai du côté du Yémen -- et les répercussions pourraient être notables sur le cours de l'or noir.

▪ La situation est de plus en plus explosive au Yémen. A présent que l'Arabie Saoudite s'est engagée dans la guerre -- en bombardant et en massant des troupes à la frontière -- nous ne pouvons savoir dans quels sensira  le prix du pétrole .

 dernier champ de bataille

l'Arabie Saoudite de "dernier champ de bataille". Voici la carte que j'avais utilisée, agrémentée de la légende ci-dessous, mot pour mot :


Le sentiment de l'ennemi mortel de l'Iran, l'Arabie Saoudite, est cernée --
des millions de Chiites .

Ainsi, de Bagdad à Sanaa, une large partie du Moyen-Orient vit aujourd’hui à l’heure iranienne.

Le scénario des Guerres du pétrole était basé sur un fait stratégique : l'Iran a un plan long terme pour encercler les Saoudiens. C'est une question purement géographique : l'Iran se situe au nord-est de l'Arabie Saoudite. En outre, il est bien implanté en Syrie et au Liban, deux pays au nord de l'Arabie Saoudite.

Ces dernières années, l'Iran est entré en Irak, après le retrait des forces américaines. Depuis ces derniers mois, nous avons assisté au renforcement de l'influence iranienne au Yémen, au sud de l'Arabie Saoudite. Comme le montre la carte ci-dessus, les Saoudiens sont cernés.

 « La principale motivation des Saoudiens à faire baisser les prix du pétrole en novembre dernier était de pénaliser l'Iran. En d'autres termes, les Saoudiens voulaient assécher les comptes en banque des mollahs à Téhéran »

A présent, nous assistons à la réponse iranienne. Les rebelles soutenus par les Iraniens ont fait tomber l'ancien gouvernement yéménite, allié à la fois de l'Arabie Saoudite et des Etats-Unis. A leur frontière sud, les Saoudiens mènent une guerre religieuse contre des opposants totalement soutenus par l'Iran.

▪ Qu'arrivera-t-il par la suite ?
Nous sommes au beau milieu d'un effondrement historique des Etats-nations du Moyen-Orient. Les frontières nées de la Première Guerre mondiale -- dessinées par la Grande-Bretagne et la France après la chute de l'Empire ottoman -- sont en train de s'effacer. Pour l'instant, la notion moderne d'Etat-nation n'est plus pertinente. Le tribalisme triomphe.
Selon une récente analyse publiée dans le New York Times :

"Les autocraties arabes corrompues et dysfonctionnelles qui ont perduré pendant un demi-siècle dans des pays comme l'Egypte, la Syrie, l'Irak, le Yémen et la Libye ont perdu toute crédibilité parce qu'elles n'ont pas su répondre aux besoins de leurs citoyens.

Mais aucun nouveau modèle (politique) n'est apparu ; à la place, toute une série d'acteurs locaux et de puissances régionales se disputent pour établir un nouvel ordre ou du moins y accroître leur emprise".

Un des acteurs clés est l'Iran, qui travaille à devenir puissance régionale, conforté par le retrait des Etats-Unis. D'une certaine façon, cela explique également l'effort majeur de l'Iran pour construire des capacités nucléaires -- la course à la bombe atomique perse, en dépit des négociations actuelles pour retarder ou remettre l'évènement.

Naturellement, cela déclenchera  une hausse des tensions géopolitiques dont les civiles seront les premiers touchés ( Le Conseil de sécurité va se réunir au sujet du Yémen  )L'ONU et les organisations humanitaires s'inquiètent du nombre croissant de victimes civiles dans les combats et bombardements dans le pays.

 -- Al Qaida et l'EI profite du chaos au Yemen pour gagner du terrain Al-Qaida gagne du terrain au Yémen Profitant du chaos ambiant, les partisans du mouvement islamiste ont progressé dans la ville de Moukalla, au sud-est du pays.

L’Iran a fait le pari de l’enlisement des monarchies sunnites au Yémen. L’Arabie saoudite, a averti le dirigeant suprême iranien, ne sortira pas victorieuse de ce conflit. L’incapacité de la coalition arabe à endiguer l’avancée houthiste et l’expansion d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique, à rallier les alliés sunnites sur le terrain et à épargner les populations civiles joue en faveur des houthistes et de Téhéran

Déception après la conférence des donateurs pour l’aide humanitaire en Syrie  Après une réunion organisée au Koweït, mardi, les comptes n’y sont pas alors que le nombre de réfugiés augmente, quatre ans après le début de la guerre civile syrienne.

Globalement, la politique américaine au Moyen-Orient est totalement confuse, folle, incohérente et sans ligne directrice. Rien ne semble logique. D'un côté les Etats-Unis combattent l'EI en Irak -- en "aidant" même les forces iraniennes sur place par des frappes aériennes. .

D'un autre côté, les navires de guerre iraniens défient les navires américains en mer. En outre, l'Iran travaille à déstabiliser le Yémen, qui était un allié des Etats-Unis et une base pour les forces américaines. Et puis, il y a cet "accord" nucléaire avec l'Iran, qui devrait être trouvé d'ici fin juin.

 Où est la cohérence stratégique de Washington ? , je dirais que cela est complexe et que le monde fait ses choix.Elle hérite de la politique mis en place par le "pouvoir de l'ère Bush" qui dans son grand plan d'aligner le monde arabe sur la vision des néoconservateurs de l'époque ainsi que l'erreur d'Obama de sanctioner le pouvoir de Bachar Al Assad après le crime de guerre dans la région de la Gouta a provoqué l'émergeance des djiadistes, ( EI et Front Al Nosra) et la montée en puissance de l'Iran

Ne desepérons pas faisons confiance a nos dirigeants pour provoquer une guerre a large échelle, comme celle de la seconde guerre mondiale qui aurait la capacité de faire baisser ainsi la population mondiale  Nous porrions assister à ce que vivent les syriens : des divers fronts avec des alliances de circonstances entre grandes puissances, les djiadistes, dictatures....

Téhéran à la reconquête de son empire

Jean-Pierre PERRIN3 avril 2015 à 20:36

Les djihadistes chiites, l’autre menace pour l’avenir de la Syrie et des Syriens (1/3)

  Un oeil sur la SyrieLes djihadistes chiites, l’autre menace pour l’avenir de la Syrie et des Syriens (2/3) L’Iran accusé d’ingérence au Yémen 5La France, meilleure alliée des puissances sunnites 7Poutine lève l'interdiction de livrer à l'Iran des missiles S-300 12 , Les nouveaux Boat people :  Le calvaire des Palestiniens en Syrie 

06/04/2014

CasaPound, sous la carapace du nouveau fascisme italien

 

1.       Flores Magon

La liberté individuelle, non privilégiée mais humaine, les capacités réelles des individus ne pourront recevoir leur plein développement qu'en pleine égalité.
Bakounine

Mais l’instinct n’est pas une arme suffisante pour survivre contre les machinations réactionnaires des classes privilégiées. L’instinct abandonné à lui-même, et tant qu’il ne s’est pas encore transformé en conscience réfléchie, en une pensée clairement déterminée, se laisse facilement désorienter, fausser et tromper.
Mais il lui est impossible de s’élever à cette conscience de lui-même, sans l’aide de l’instruction. »
Michel Bakounine

 
 

 

CasaPound, sous la carapace du nouveau fascisme italien.

Au centre de Rome, les militants du mouvement CasaPound cherchent à réinventer l'extrême droite en s'appropriant des figures d'extrême gauche. Bienvenue chez des « fascistes du troisième millénaire ». Un webdocumentaire illustré.

Une maison brune au cœur de Rome. Un drapeau rouge frappé d’une tortue flotte à son sommet. Nous sommes devant l’antre de CasaPound, celle des « fascistes du troisième millénaire », comme se définissent les partisans de ce mouvement politique et social protéiforme. Il s'est constitué en décembre 2003, lors de l'occupation d'un immeuble abandonné dans le quartier de l'Esquilin pour protester contre la crise du logement à Rome. Depuis dix ans, le bâtiment est l’épicentre de la jeunesse radicale nationaliste.

Ici, la figure du Che côtoie celle du Duce. On ratisse large, de l’extrême droite à l’extrême gauche, créant un fourre-tout idéologique qui attire nombre de jeunes confus et de militants aguerris. Le mouvement est tentaculaire. Avec plus de 4 000 membres et 40 sections à travers l’Italie, son influence s’étend du Nord au Sud. Happenings, manifestations, concerts : CasaPound s’approprie les rues romaines. Les mouvements identitaires accourent de toute l’Europe pour découvrir ce qui leur semble être un modèle d’inspiration unique et prospère. A l’heure où l’Italie traverse une de ses plus graves crises politiques, certains se remémorent avec nostalgie le Ventennio, la double décennie du fascisme mussolinien

Bachar : Le Lion des fascistes

 

L’injonction est claire, le propos martelé est univoque : « Il faut soutenir la famille Assad en Syrie. Empêcher toute intervention occidentale venant en aide aux rebelles. Non à l’expansion du fondamentalisme islamique au Proche-Orient ! ». L’atmosphère est lourde dans la salle de conférence. La cinquantaine de chaises est occupée par les plus âgés. Les jeunes militants de CasaPound leur ont laissé la place, marque de respect intergénérationnelle. Eux sont debout formant une haie compacte, torses bombés et dos au mur. Aux angles de la pièce, des membres de la communauté syrienne d’Italie tendent le drapeau du pays devenu symbole du régime. La table des intervenants est ensevelie par une banderole à l’effigie de Bachar al-Assad, qui se décroche régulièrement et glisse dans la poussière. A plusieurs reprises au cours de la conférence, les militants tenteront de la fixer à la nappe, sans grand succès. Le témoignage du général Tlass - Citizen Khane

 

Des soutiens univoques

Au micro, les soutiens indéfectibles au « lion de Damas » se succèdent sans voix discordantes. Jamal Abo Abbas, petit homme discret et président de la communauté syrienne d’Italie, Souab Sbai, journaliste marocaine marquée à droite et Ouday Ramadan, porte-parole du comité Italie-Syrie, staliniste auto-proclamé que l’on retrouve sur Internet, kalachnikov au poing en mission humanitaire dans les rues de Damas. CasaPound n’aime pas la contradiction mais apprécie l’esthétique révolutionnaire en pose, peu importe sa couleur politique. Chez Ouday Ramadan, le verbe est puissant et les effets d’annonce minutieusement calculés pour produire des salves d’applaudissements. « Les Saoudiens veulent nous faire la leçon, alors que leurs femmes rêvent de pouvoir un jour conduire une voiture », clame-t-il, dans un élan de démagogie.

L’ennemi du discours est « americano-sioniste » parfois wahhabite (courant fondamentaliste sunnite très présent en Arabie saoudite). On accuse l’Alliance atlantique (OTAN) et les pays du Golfe de soutenir et d’armer les djihadistes qui veulent renverser un gouvernement jugé légitime. « Cet impérialisme menace la souveraineté nationale syrienne et la stabilité du pays », affirme Adriano Scianca, responsable culturel de CasaPound. Son mouvement défend le régime pour trois raisons, estime-t-il : « Parce que Bachar al-Assad est le dirigeant élu d’un Etat souverain, dont le sort ne doit pas être décidé par une poignée de terroristes d’Al-Qaida payés par les puissances occidentales et les Emirats de la région. Parce qu’il représente le parti Baas qui est modernisateur, laïque, tolérant envers les autres religions et hostile à l’intégrisme. Parce que la Syrie est aujourd'hui victime d'un plan criminel. La défendre est un devoir moral, plus que politique, lorsque les armées du bien ont déjà fait trop de mal. »

 

Une internationale des extrêmes droites

A côté des intervenants, Giovanni Feola écoute en silence, les bras croisés. Il est l’un des représentants italiens du Front solidaire européen pour la Syrie (ESFS). Ce mouvement, né au début de l’année 2013, a pour objectif d’organiser des protestations internationales contre l’intervention en Syrie. Présent dans une vingtaine de pays, l’organisation se définit comme « apolitique, sans affiliation à un mouvement, parti ou groupe d’aucune sorte ». Pourtant, ses rangs comptent de nombreux militants d’extrême droite et l’organisation elle-même est une émanation de CasaPound. En juin 2013, Giovanni Feola a été le candidat du mouvement pour les municipales de la VIIe circonscription romaine.

C’est d’ailleurs sous la bienveillance de CasaPound que la première grande manifestation de l’organisation ESFS a pu voir le jour à Rome, le 15 juin 2013. Des militants des droites radicales turques, tchèques, hollandaises, roumaines, finlandaises et suédoises y ont participé, avec la présence notamment de l’association de défense identitaire, Solidarité-Identités, et du Mouvement social républicain espagnol. Si le Front national et le GUD (Groupe Union Défense, principal mouvement d'extrême droite des étudiants français) n’étaient pas officiellement présents, plusieurs de leurs membres ont fait le déplacement ce jour là, afin d’acclamer Bachar Al-Assad, le Lion des fascistes. Celui qui, pour cette coalition des droites internationales, incarne le dernier rempart à l’islamisme.

 

Gianluca Iannone, le gourou

 

Gianluca Iannone est la tête et les bras du mouvement. Il est le Duce. Un leader charismatique multitâches : fondateur de CasaPound, président de l’association, directeur de leur publication Occidentale et chanteur de ZetaZeroAlfa. Selon la légende, il aurait donné naissance au mouvement en échangeant quelques idées avec des amis au coin d’une table du pub le Cutty Sark. CasaPound ne peut se penser sans son démiurge. Aujourd’hui, il se consacre entièrement au fonctionnement et à l’expansion du mouvement. On le dit affable et effrayant à la fois. Très à l’aise avec les stratégies de communication, il en verrouille les canaux pour ses militants qui ont ordre de ne pas répondre aux « chacals de journalistes », soucieux d’éviter que ses protégés ne fourvoient publiquement le mouvement.

CasaPound, entre hégémonie et résistance

« Vous êtes phénoménaux ! Nous allons leur montrer combien nous pesons sur cette ville, cette région et même ce pays. Nous sommes la forêt de Sherwood. Gardez bien ça en tête. Le sheriff de Nottingham et ses alliés (ndlr. le doigt pointe vers les photos de politiciens italiens dont Mario Monti, chef du gouvernement jusqu’en avril 2013) nous allons les mettre dehors. La garde haute, avançons lentement et inexorablement ! » Les veines du cou sont gonflées et la voix caverneuse lorsque Gianluca Iannone s’adresse à ses supporteurs massés par centaines sous les drapeaux de CasaPound. En cette belle soirée de novembre 2012 sur la Piazza Mazzini, les fumigènes rouges escortent le défilé.

L’ennemi est, comme toujours, clairement désigné. « Fais les pleurer, vote CasaPound », somme une banderole géante sur laquelle figure Mario Monti, Elsa Fornero sa ministre du travail et Pier Luigi Bersani, le secrétaire du Parti démocrate, le centre-gauche italien. La foule scande « Monti vatene ! » - Monti va t’en ! Le propos est clair mais les affiches qui parsèment les rues que le cortège traverse sont encore plus précises. On y voit un politicien la tête détachée et le cou truffé de billets de banque. « Coupons les têtes des dirigeants corrompus. Pour notre terre », indique le placard. Une rhétorique de la décapitation que l’on retrouve sur plusieurs tracts, usant parfois de la mythologie. Le célèbre Persée du sculpteur Benvenuto Cellini qui tient au bout de son bras la tête tranchée de la Méduse appelle à venir lutter « contre le gouvernement des banquiers ».

Mario Monti l’usurier

Alors que la crise de la dette publique est au plus haut en novembre 2011, Giorgio Napolitano, chef de l’Etat italien, nomme Mario Monti à la tête d’un gouvernement technique pour remplacer Silvio Berlusconi, démissionnaire. Celui que l’on appelle alors « le professeur », devient rapidement l’ennemi désigné de CasaPound, car représentant italien d’une « Europe des banques » et égérie d’un « gouvernement Goldman » tissant son réseau d’influence parmi les leaders du vieux continent. Comme Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne ou Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mario Monti est aussi un ancien cadre de la banque d’affaires Goldman Sachs, régulièrement citée parmi les responsables des récentes crises économiques, celle des subprimes de 2008 et celle de la dette publiques grecque de 2010. Les plans de rigueur drastiques lancés par son gouvernement, effritent son image auprès de la population italienne. Si bien qu’à l’issue de son mandat en avril 2013, le gouvernement Monti est devenu l'incarnation de l’Europe de l’austérité. L’ardoise laissée est sans équivoque. Le déficit budgétaire italien atteint 2,9 % du produit intérieur brut en 2013 au lieu du 1,8 % attendu et la dette doit être augmentée de 40 milliards d'euros, afin d’assurer le remboursement de dettes commerciales contractées auprès d’entreprises privées. Du pain béni pour CasaPound qui voit ses attaques contre l’inefficacité du gouvernement Monti confirmées.

Pour CasaPound, la société italienne idéale verrait ses banques nationalisées et les usuriers d’Equitalia (l'agence publique de recouvrement des impayés fiscaux) boutés hors du pays. Le droit à la propriété pour tous est la lutte de front que mène le mouvement depuis ses débuts. Celui-ci explique aussi l'emprunt du nom du poète américain fasciste, Ezra Pound, par ses travaux contre ce qu’il appelait « l’usurocratie ». Le mouvement propose notamment une mutuelle sociale inspirée du Manifeste de Vérone, programme économique et social du parti fasciste, édicté en 1943. Elle permettrait aux familles italiennes d’acquérir une propriété construite sur des terrains étatisés, pour une somme inférieure à 80 000 euros, dont les crédits n’excéderaient pas un cinquième des revenus familiaux. Ses vœux, CasaPound les formule dans une multitude de projets sociaux, politiques ou événementiels.

 

Pour que les peuples restent chez eux

Des actions publiques assoient sa popularité. En avril 2009, au lendemain du tremblement de terre de l’Aquila qui fit plus de 300 morts et des milliers de blessés dans le centre de l’Italie, CasaPound, via son association de protection civile La Salamandra, fut parmi les premiers à porter secours aux victimes, en distribuant aide et vivres. Le mouvement s’est spécialisé dans les actions solidaires, souvent à l’étranger. Ses membres accompagnent les luttes identitaires du peuple Karen en Birmanie, des communautés Boers (colons blancs d’Afrique du Sud) ou viennent à la rescousse des orphelins de Nairobi au Kenya. Des expéditions organisées en collaboration avec Solidarité-Identités (SOLID), une association française dont l’objectif est de préserver « la diversité du monde et la pluralité de ses représentations (…) pour que celui-ci ne se transforme pas en une immense tour de Babel et que les peuples puissent collaborer et rester indépendants chez eux ». Internationale des extrême droites : Sébastien Manificat président de SOLID, Français d’origine, vit à CasaPound, dont il est le responsable des relations extérieures. Un mouvement qui tente par ses voyages humanitaires de se défaire de l’étiquette raciste qui lui colle à la peau.

Deux vendeurs sénégalais abattus en plein jour dans un marché de Florence. Trois autres blessés par balles. Ce 13 décembre 2011, Gianluca Casseri avait tiré pour tuer, avant de retourner l’arme contre lui. Au lendemain du crime, Casseri est identifié par les médias comme un proche de CasaPound. Gianluca Iannone multiplie alors les passages télévisés pour se distancier d’un Casseri qu’il assure fou et sans réelle proximité avec le mouvement. Pourtant une traque organisée par des antifascistes sur les réseaux sociaux a permis de révéler des photos de Casseri présent à de nombreuses manifestations et des liens d’amitié avec plusieurs dignitaires du mouvement. Sur l’Ideodromo, un des sites de CasaPound, laboratoire de leurs projets, pas moins de cinq articles publiés par Casseri ont été retirés le jour du drame. CasaPoud ne veut pas d’infréquentables dans ses rangs. Ce qui ne l’empêche pas de tisser d’importants réseaux avec des représentants de l’extrême droite identitaire européenne, à l’instar d’Alain Soral, fondateur de l’association politique Egalité et réconciliation et visiteur récent du 8 rue Napoléon III. Pour cet ancien communiste passé au Front National et désormais non affilié, CasaPound est « un exemple d’avant-garde nationaliste contraire à l’extrême droite française réactionnaire et ringarde ». Selon Alain Soral, « faire en France ce que fait CasaPound en Italie est impossible. Là-bas, on les laisse un peu exister. En France, si on faisait de la réquisition de locaux, on subirait une violence immédiate à cause de la toute puissance du gauchisme talmudo-trotskiste. »

 

Actions publiques et activités non conformes

L’existence de CasaPound et les occupations d’immeubles sont effectivement tolérées par le gouvernement italien. « Berlusconi les a laissé exister par respect pour cette jeunesse combattante qu’il sait être le meilleur de l’Italie, l’incarnation de la grandeur romaine », estime Alain Soral dans une vidéo datant de décembre 2011. Cette indulgence a permis au mouvement d’accroître considérablement ses activités et de gonfler ses rangs. Aujourd’hui le mouvement compte des clubs de sport pour le football, le hockey, le waterpolo, le parachutisme, la plongée, l’escalade, la boxe mais aussi un club de moto, un groupe écologiste contre la vivisection, une troupe de théâtre « non conforme », des librairies, une galerie d’art pour des expositions futuristes, un cinéclub qui organise des festivals de courts-métrages et un courant artistique, le turbodynamisme.

Le mouvement organise des actions répétées dans l’espace public, coordonnées dans plusieurs villes d’Italie « pour forcer les médias à détourner momentanément leur regard des bavardages soporifiques de la classe parlementaire », comme le signale une de leurs brochures. Des dizaines de mannequins pendus pour représenter « les familles italiennes étouffées par les ventes immobilière du patrimoine public » ; des statues encapuchonnées pour les protéger de la vision des « morts blanches », liées au travail et « ignorées par l’Etat » ; les fontaines de quarante cités italiennes remplies de centaines de bouteilles contenant des SOS pour les employés licenciés en 2008 par Alitalia (compagnie aérienne nationale) ; ou encore leur « farce à Paris » le 1er avril 2011, lorsqu’ils ont teint la fontaine du Trocadéro en noir pétrole et laissé dériver des canots pneumatiques avec des photos de réfugiés tunisiens et ce message : « Vos dirigeants ont voulu le gaz et le pétrole libyens. Vous aurez aussi les flots d’immigrés ». Plus récemment, CasaPound a multiplié les hommages à Dominique Venner, essayiste français d’extrême droite, nationaliste-racialiste, qui s’est suicidé le 21 mai 2013 devant l’autel de Notre-Dame de Paris. « Honneur à ce samouraï d’Occident » était-il inscrit, quelques jours plus tard, sur des dizaines de banderoles aux quatre coins de l’Italie.

 

 

 

Une expérience de vie totale

Si ces actions revêtent un aspect happening pour attirer les grands médias, CasaPound s’embarrasse de moins en moins des journalistes, puisqu’il a son propre réseau médiatique. Une radio, Bandiera Nera, qui diffuse jusqu’en France et en Espagne ; Tortuga, une WebTV ; Fare Quadrato, un trimestriel pour les étudiants et Occidentale, la revue incontournable « pour nourrir ton cerveau et ton âme (…) de critiques radicales, d’analyses non conformes, de pensées sans patron ». L’encart précise : « Si tu aimes le journalisme crapuleux et la culture frauduleuse, si tu désires être adulé, rassuré courtisé, dorloté et si tu t’extasies devant La Repubblica, Il Corriere della Sera, Le Monde ou le Times ; Occidentale n’est pas pour toi. »

Si le mouvement a réussi aujourd’hui à convaincre plus de 4 000 membres répartis dans 40 sections à travers la botte, c’est parce qu’il offre un système clos, complet, cohérent d’activités politiques et sociales intégrales et intégrantes. Une base médiatique qui lui permet de diffuser une information sans contestation, sans débat avec ceux qu’il accuse de tordre ses concepts et ses arguments. Lutter, penser, manger, dormir, respirer CasaPound. Une expérience de vie totale, hégémonique et résistante, qui parfois se confond avec celle d’un mouvement sectaire ou d’un totalitarisme qui exhale un troublant parfum d’entre-deux guerres.

 

Chinatown

L’immeuble de CasaPound se situe sur la colline de l’Esquilin à trois rues de la gare Termini de Rome. Ce quartier est un des 22 rioni (subdivision urbaine datant de l’Antiquité) du centre historique et l’un des plus populaires de la capitale. L’activité est dense et les rues sont bordées de petites échoppes. Des coiffeurs africains, des traiteurs vietnamiens, des bijouteries indiennes, des merceries pakistanaises ou des kebabs turcs. Une véritable ode au multiculturalisme.

La communauté chinoise est présente dans le quartier depuis les années 1970. Aujourd’hui, c’est incontestablement la plus importante du quartier, ce qui amène de nombreux romains à désigner l’Esquilin comme le « Chinatown » de la ville. S’emparant de ce phénomène, CasaPound a présenté, en mai 2013, un projet d’aménagement du territoire visant à la requalification d’un Esquilin « abandonné à lui-même », selon la brochure présentant le projet. Ce dernier a pour objectif de segmenter le quartier entre la partie est, qui selon le mouvement est « aux mains des Chinois », et la partie ouest désignée comme « l’Esquilin des Italiens ».

Une ségrégation déguisée

La longue présence des Chinois dans l’Esquilin en a fait une communauté indissociable du quartier, voire indélogeable pour certains. De la partie Est, CasaPound souhaiterait faire un véritable Chinatown touristique, où les Chinois auraient le droit de s’exposer culturellement, en « ouvrant des salons de thé, des restaurants ethniques et des dojos d’arts martiaux ». Le périmètre culturel serait géographiquement marqué par « des portes d’entrée typiques de Chinatown » et il y serait autorisé d’utiliser le chinois pour la signalisation des commerces. CasaPound justifie cet élan de générosité par la plus-value touristique et économique qu’un tel projet apporterait à l’ensemble du quartier, permettant aussi la réduction des déprédations et des « trafics illégaux auxquels se consacrent les immigrés clandestins ».

En contrepartie de cette débauche de folklore autorisé, la partie ouest de « l’Esquilin italien » sera réhabilitée en un pôle dédié « à la tradition romaine et à la culture italienne ». Ce qui serait réalisable grâce à « l’attractivité nouvelle de Chinatown », apportant ses flots de touristes en manque d’exotisme. Revers de la médaille, dans cette partie du quartier, il serait, bien entendu, « strictement interdit d’arborer des enseignes en langue étrangère ». Ou quand CasaPound sépare les cultures prétextant le bien économique de tous.

 

La segmentation géographique ci-dessus a été réalisée, selon CasaPound, avec le consentement de la communauté chinoise. Sur le plan, la rue Napoléon III est coupée par cette frontière fictive à la hauteur du numéro 8, qui n’est autre que l’adresse de l’immeuble CasaPound. Un tracé qui permet de justesse à la maison des « fascistes du troisième millénaire » de se retrouver dans « l’Esquilin italien ». Malgré les dizaines d’affiches électorales de CasaPound placardées sur les murs alentours, aucun des commerçants chinois n’a été en mesure de répondre à nos questions concernant leurs voisins militants ou le projet de Chinatown. Seuls des « No ! No ! No ! » précipités, comme une ritournelle, sont venus accueillir nos interrogations. Au mieux, nous étions redirigés vers un commerçant voisin, au pire repoussés physiquement à l’évocation de notre statut de journaliste.

 

Cerberus

 

 

 

Café de l’Esquilino

 

Dans ce café tenu par un vieux couple, une myriade de clichés sur le mur met en scène hommes, femmes et enfants vêtus comme dans la Rome antique. La patronne en parle comme une mère parlerait des portraits de ses fils. Sur le comptoir, son mari pose un gros livre illustré qui fait office d’album familial. Il s’agit d’une reproduction historique de la vie des légionnaires, esclaves et autres lurons de l’Empire dont la devise est gravée un peu partout dans la pierre de la ville : SPQR (Senatus Populusque Romanus, le Sénat et le Peuple romain).

Sur le seuil de son établissement, le patron se lance dans une démonstration de salut légionnaire. C’est la passion de le Rome antique qui parle, lorsque le poing du vieillard frappe son buste et que son bras taille l’air, tantôt droit devant lui, tantôt sur son côté droit. Le geste fait se retourner quelques têtes dans la rue. Des regards interloqués par ce qui est devenu le signe de ralliement des fascistes.

 

Au sujet des militants de CasaPound : « Oh, ils passent boire le café de temps en temps. Ils ne sont pas dangereux. »

 

En fait, il n’y a pas de contradiction fondamentale entre le fait de dire qu’il y a bien approfondissement de la crise ces dernières années et que le capitalisme est d’une certaine façon une crise permanente : la crise peut être analysée à la fois comme un mode de fonctionnement ordinaire du capitalisme et comme une remise en cause potentielle de sa propre existence. Le capitalisme est ce jeu qui inclut sa contradiction dans sa propre règle, et qui donc pourrait tendre à son abolition, mais la réalité c’est que c’est à la lutte des classes, c’est à nous de le faire.

 

La crise actuelle pourrait bien sûr être résolue par des moyens déjà utilisés historiquement par ce système dans des contextes comparables: guerre(s), destruction massive des moyens de production et de la force de travail. Elle pourrait aussi durer longtemps dans un processus continu d’appauvrissement pour la plupart d’entre nous, secoué par des explosions sans issue, voire des conflits de tous contre tous (concurrence entre groupes, racisme…).

 

Mais on peut aussi penser que, pendant une crise grave prolongée, les automatismes sociaux, les habitudes, s’affaiblissent et disparaissent. Beaucoup de personnes pourraient remettre en question ce qu’elles considéraient auparavant comme naturel, inévitable. Et c’est bien pour cela que les crises sont potentiellement des moments de remise en cause du capitalisme.

 

Alors pourquoi cette analyse, qui est à peu près la seule à se trouver confirmée aujourd’hui par la crise récente, suscite-t-elle si peu d’attention? Pourquoi est-il si difficile d’admettre aujourd’hui que notre système est à bout de souffle? Avant tout parce que personne ne peut vraiment imaginer la fin du capitalisme. L’idée même suscite une peur panique. Tout le monde pense qu’il a trop peu d’argent, mais chacun se sent menacé. Or, c’est bien l’argent mais aussi la marchandise, le travail, la propriété et l’État, qu’il faut attaquer.

 

La disparition de cette société représente un tel bouleversement qu’on ne l’envisage pas nécessairement avec légèreté. Mais nous ne sommes pas condamnés à tenter de sauver l’économie qui chancelle et nous écrase. Nous pouvons contribuer à sa disparition. Pas pour le néant, mais pour un monde sans État et sans classes, un monde pour toutes et tous, sans exploitation ni domination.

_________________________

[1] Les antilibéraux rêvent de retourner à un Etat qui les protègerait du capitalisme alors même que la fonction de l’État est d’assurer son bon fonctionnement. Dans ces conditions leur politique aboutit simplement à des formes nouvelles de patriotisme économique, des mesures plus ou moins protectionnistes pour essayer d’empêcher les délocalisations, voire carrément au nationalisme.

Collectif de la Revue Internationale Sur la Crise – Paris

 

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