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04/04/2010

L’homme, ce fléau planétaire (et ça ne date pas d’hier)

Enfer et damnation, idées noires et affliction : l’heure n’est pas à la gaudriole. Si pléthore de livres déprimants me sont déjà passés entre les mains, aucun ne rivalisait - en la matière - avec Une Brève histoire de l’extinction en masse des espèces, de Franz Broswimmer. N’empêche : il faut le lire. Ne serait-ce que pour mieux comprendre le désastre écologique actuel.

L’homme, ce fléau planétaire (et ça ne date pas d’hier)

Franz Broswimmer, "Une Brève histoire de l’extinction en masse des espèces", traduction revue par Jean-Pierre Berlan, éditions Agone, 2010

vendredi 2 avril 2010, par Lémi

« Et ils sciaient les branches sur lesquelles ils étaient assis, tout en se criant leurs expériences l’un à l’autre pour scier plus efficacement. Et ils chutèrent dans les profondeurs. Et ceux qui les regardaient hochèrent la tête et continuèrent de scier vigoureusement. » Métaphore parfaite. Brecht himself, bien avant les shadoks, avait parfaitement saisi l’absurdité de la logique à l’œuvre dans le développement des sociétés humaines. L’homme : race super-prédatrice, super-dominatrice et… super-destructrice. En toute connaissance de cause. Connaitre le résultat final (la chute) lui importe peu, l’important est de scier.

On connait tous la propension de l’homme moderne à utiliser la planète comme serpillière sans se soucier des conséquences. Même le plus obscurantiste des ploucs néolibéraux est capable de se rendre compte des dégâts infligés ; il s’en soucie peu, mais il sait. Par contre, on ignore généralement les performances en la matière de nos prédécesseurs, pourtant fervents adeptes du saccage environnemental. Mayas, Romains, Vikings, Sumériens, habitants de l’île de Pâques… clapotaient eux aussi allégrement dans l’agression écologique la plus éhontée. Seulement, leur capacité de destruction restait minime comparée à la nôtre, localisée : ils ne sciaient que leur propre branche, pas l’arbre entier. Franz Broswimmer le rappelle : « Ce n’est qu’au moment où la biologie humaine se combine avec un comportement social, organisationnel et institutionnel particulier que nait le danger de créer un écocide mondial. »

Une Brève histoire de l’extinction en masse des espèces (éditions Agone [1]) travaille au corps le concept d’ « écocide [2] », à savoir la destruction pure et simple d’un cadre biologique et environnemental (par la main de l’homme [3]). Mais là où la plupart des analyses se focalisent sur une période précise, l’ouvrage de Broswimmer englobe toute l’histoire de l’humanité, des premiers fils de singes aux derniers fils de l’atome. Vaste tâche dont l’auteur, puits d’érudition et de connaissances, se tire à merveille. Naviguant entre les civilisations et les époques, il ébrèche magistralement le mythe du bon sauvage fusionnant avec mère nature, et trace un tableau noir de l’évolution de l’espèce humaine, fléau planétaire

Constant : nos capacités de destruction ont désormais atteint des sommets, se pratiquent à une échelle planétaire. D’où une érosion vitesse grand V de la biodiversité. S’il est naturel que certaines espèces disparaissent sur le long terme (extinction de fond), le rythme actuel des destructions correspond à une extinction de masse, piteux chant du cygne : « Nous savons aujourd’hui avec certitude qu’au moins cent espèces disparaissent chaque jour de la planète Terre, un rythme sans précédent dans l’histoire humaine. Alors que le taux d’extinction régulière reste faible en période normale. La vague actuelle d’extinction, véritable hémorragie, est uniquement comparables aux trois grandes extinctions cataclysmiques du lointain passé géologique [4]. » Si la question de la biodiversité et de la sauvegarde des espèces menacées passe parfois pour une coquetterie, une broutille relevant de l’esthétique (un monde sans dodos ? Bordel, sale époque), elle n’a rien d’anodin [5], bien au contraire. L’histoire l’a montré, une société qui bousille son environnement est condamnée à court terme à l’extinction. Et puisque le cadre de nos nuisances est désormais globalisé, notre action collective contemporaine nous fait courir à la catastrophe généralisée comme des lemmings à leur falaise. Et ils chutèrent dans les profondeurs...

Extension du domaine du saccage : nos ancêtres, les écocideurs

« Pas de moas, pas de moas dans la vieille Aoteaora. On ne peut les attraper, ils les ont mangés. Ils sont partis et il n’ y en a pas ! » (Chanson Maori)

C’est une phrase anodine, perdue en note de bas de page : « Néron organisa même des joutes entre ours polaires et phoques.  » Impossible de dire pourquoi, mais elle continue à me trotter dans la tête. Fascinant : imaginer la logistique nécessaire à la chose, les efforts inouïs pour ramener les animaux jusqu’au cœur de Rome, le grand bassin dressé dans l’amphithéâtre, la foule abrutie s’extasiant devant le prodige : «  T’as vu, mémé, z’ont même réussi à ramener des ours blancs… allez les phoques !  » La stupidité humaine dans toute sa splendeur. Et plus loin : « la célébration de la conquête de la Dracie (en Roumanie actuelle) par l’empereur Trajan donne lieu à des jeux durant lesquels 11 000 animaux sauvages sont massacrés. » Hors d’œuvre.

« Homo œsophagus colossus »

« ’Dinosaure’ devrait être un terme d’éloge, non d’opprobre. Ils ont régné en maître pendant plus de 120 millions d’années, et lorsqu’ils sont morts, ce n’était pas par leur propre faute. » (Jay Gould)

. Les pique-assiettes du grand « buffet final »

« Il devient évident que la nature doit dans un avenir pas trop lointain intenter une action en faillite contre la civilisation industrielle. » (William Catton)

immer cite ainsi cette publicité du gouvernement des Philippines dans le magazine Fortunes :

Afin d’attirer des sociétés comme la vôtre, nous avons renversé des montagnes, rasé des jungles, asséché des marais, détourné des fleuves, déplacé des villes, tout cela pour que vous et votre entreprise puissiez plus facilement faire des affaires ici.

Ce que rappelait Jean-Pierre Berlan, ici-même, en évoquant sa préface au travail de Browsimmer :

Parce que la croissance économique qui se fait par définition à un taux exponentiel, c’est-à-dire à un taux constant, va inévitablement dans le mur. C’est l’histoire que je raconte dans la préface du livre « Une Brève histoire de l’extinction en masse des espèces », celle du nénuphar qui double de surface chaque année sur son étang. À la 39e année, il a occupé la moitié de la surface de l’étang. D’où la question : quand occupera-t-il la totalité de la surface ? La 40e année, il ne lui faudra qu’un an de plus pour doubler encore de volume et occuper la totalité de l’étang [10].

Source Un article issu de : L'homme, ce fléau planétaire (et ça ne date pas d'hier), À voir en ligne ici : http://www.article11.info/spip/spip.php?article758, l’incapacité globale à freiner la perte de la biodiversité, Documentaire | L'Histoire des Choses ( et ici sur mon blog), Claude Lévi-Strauss: "Ce n'est pas un monde que j'aime", La dette écologique, Charles Clover vous parle de surpêche

 
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