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20/02/2014

Le cauchemar climatisé continue

 

Cher-e-s camarades,

Rudes sont les étapes, elles ne seront point éternelles ; ce qui est éternel c'est le progrès, mettant sur l'horizon un idéal nouveau, quand a été atteint celui qui la veille semblait utopie." Louise Michel (Londres, 20 Mai 1898)

 

 

  Fahrenheit 451

Livre de Ray Bradbury

  Fahrenheit 451 est un roman de science-fiction dystopique de Ray Bradbury publié en 1953 aux États-Unis chez l'éditeur Ballantine Books. Le titre fait référence au point d'auto-inflammation, en degrés Fahrenheit, du papier. Wikipédia

   Date de publication : 1953

 Auteur : Ray Bradbury

 Langue originale : Anglais

 

 

Fahrenheit 451 - VO - Bande annonce du film Fahrenheit 451 (1966)

 

Fahrenheit 451 : le cauchemar climatisé continue - Marianne

 

 

Mercredi 6 Novembre 2013

Sébastien Lapaque

 

Soixante ans après sa parution, le génial roman d'anticipation de Ray Bradbury semble plus actuel que jamais. Il continue d'inspirer de jeunes romanciers qui inventent la SF d'aujourd'hui.

 

 

 

  

Extrait du film FAHRENHEIT 451 avec Julie Christie

A quoi reconnaît-on un grand romancier ? A sa capacité à créer des personnages qui lui échappent. Certaines de ces créatures d'encre et de papier vont même jusqu'à devenir autonomes en survivant à leur créateur. Ce phénomène a inspiré un mot fameux à Gustave Flaubert agonisant : «Je vais mourir et cette pute de Bovary va vivre.»

Raymond Douglas Bradbury s'est éteint le 5 juin 2012, à l'âge de 91 ans, après une vie d'écriture bien remplie, mais Guy Montag, le pompier pyromane de Fahrenheit 451, chemine toujours avec nous. Il éclaire notre présent, nous réveille en pleine nuit, nous parle à l'oreille comme un vieil ami. Et pas seulement parce que François Truffaut lui a donné un visage dans le film qu'il a tourné en anglais en 1966, une œuvre à part dans sa filmographie. Montag, c'est la parfaite incarnation de l'angoisse de l'homme moderne face à la puissance de la Grande Machine.

On se souvient de l'argument de Fahrenheit 451, édité aux Etats-Unis en octobre 1953 par Ballantine Books, en des temps marqués par une paranoïa anticommuniste de tous les instants, et traduit en France deux ans plus tard chez Denoël. Dans un futur proche qui n'est pas sans évoquer notre époque pleine de gadgets électroniques, le corps de pompiers spécialisés auquel appartient Guy Montag est chargé de brûler tous les livres qu'il trouve : ces vieilleries appartiennent à un passé dont la société technologique décrite par Ray Bradbury ne veut plus se souvenir. Mais Montag, après avoir pris conscience de son aliénation, se révolte et devient alors un rebelle antisocial qui va être impitoyablement pourchassé.

Des utopies négatives

Soixante ans plus tard, Fahrenheit 451 est devenu un classique. Il importe donc peu de savoir qu'il a été reçu chez nous comme un livre de genre, voire un roman de gare. Car il serait malheureux de s'interdire de le lire, en daubant la science-fiction comme un genre mineur. La même erreur a souvent été faite avec le Meilleur des mondes, d'Aldous Huxley, paru en 1932, avec 1984, de George Orwell, qui date de 1949, et avec le moins connu (mais néanmoins très important) (....) .

Ce qui est étonnant, avec ces romans antitotalitaires inspirés non seulement par la sauvagerie du fascisme et du stalinisme, mais également par la folie du contrôle total dans les démocraties commerciales, c'est qu'ils continuent d'être remisés au second rayon. En 1953, lorsque Fahrenheit 451 a paru en feuilleton aux Etats-Unis, il faisait pourtant figure de roman très sérieux. Pourquoi cette relégation dans les banlieues de la littérature, dont le seul George Orwell a fini par être extrait ?

Certaines dystopies sont certes alourdies par la thèse défendue par l'auteur ; le Nous autres de Zamiatine et le Meilleur des mondes de Huxley ressemblent par moments davantage à des essais qu'à des romans ; mais cette critique ne peut pas être faite à 1984 ou à Fahrenheit 451,  l deux fictions marquées par un cousinage évident. Winston Smith et Guy Montag sont à la fois de vrais héros de roman et des frères en désolante lucidité. La particularité de Fahrenheit 451 est de décrire un cauchemar climatisé dans lequel les individus se sentent bien et n'ont aucun sentiment de soumission - à l'exception de Montag. Il est intéressant de noter que, dans les deux livres, c'est la rencontre avec une femme qui est l'élément déclencheur de la révolte. Dans Fahrenheit 451, Montag s'intéresse aux livres qu'il était chargé de brûler à la suite de conversations troublantes avec Clarisse McClellan, une jeune fille de 17 ans qui le fascine. L'opposition entre l'éternité des surprises de l'amour et la quête moderne de l'extase technologique produit un effet très poétique. 

 



L'obsession sécuritaire : surveillance : Voir les notes (20)

La privatisation de la guerre s’est aggravée avec Obama”

 

 

On a souvent évoqué le contexte du maccarthysme pour éclairer la genèse de Fahrenheit 451. Bradbury n'a jamais confirmé ou infirmé cette hypothèse. En revanche, certaines scènes du film de François Truffaut évoquent de toute évidence les autodafés nazis. Mais, autant que les folies du XXe siècle, ce sont les mutations présentes de la techno-science économique que le roman de Bradbury donne à mieux penser. Le bonheur obligatoire, avec abrutissement télévisé en flux continu, calmants et antidépresseurs, ça ne vous dit rien ?

 Jean-Christophe Rufin, Globalia. Gallimard, Paris 2004 ; réédition, Paris: Gallimard, 2005, 499 p.

 

 

Le terrorisme, spontané ou provoqué, justifie que les autorités chargées de la « Protection sociale » disposent d’un pouvoir absolu. Cette exception remarquable aux principes affichés de la société globalienne est théorisée ainsi dans le livre: 

 

« Chacun est libre de ses actes. Or, la tendance naturelle des êtres humains est d’abuser de leur liberté, c’est-à-dire d’empiéter sur celle des autres. LA PLUS GRANDE MENACE SUR LA LIBERTÉ, C’EST LA LIBERTÉ ELLE-MEME. Comment défendre la liberté contre elle-même ? En garantissant à tous la sécurité. La sécurité c’est la liberté. La sécurité c’est la protection. La protection c’est la surveillance. LA SURVEILLANCE, C’EST LA LIBERTÉ.  

 La reprise en édition de poche du livre de Jean-Christophe Rufin invite à lire ou à relire cet ouvrage plutôt ambitieux, à mi-chemin entre fiction futuriste et analyse sans concession des sociétés démocratiques modernes.

 En effet l’artifice romanesque qui situe l’action dans un futur pas si lointain, où la planète serait organisée en une vaste fédération mondiale entrecoupée par des zones de non-droit, ne parvient pas à dissimuler la méditation sur notre monde contemporain, le propos véritable de l’auteur (prix Goncourt 2001 pour Rouge Brésil). Ce n’est pas par hasard que JCR cite Tocqueville dans sa postface, la filiation avec l’auteur de la Démocratie en Amérique ne faisant aucun doute. La privatisation de la guerre s’est aggravée avec Obama

 
Citizenfour (2014) Part 1 | HD Documentary film (multi Subs) 

“Citizenfour” : les coulisses du doc sur Edward Snowden, entre paranoïa nécessaire et devoir de vérité
Olivier Tesquet<:">Projet de loi renseignement : liberté, égalité, surveillésLoi renseignement : “2 minutes pour parler des libertés fondamentales, ça commence à bien faire !”Le projet de loi renseignement défendu par son concepteurTous ses articles
Publié le 23/02/2015. Mis à jour le 24/04/2015 à 22h09.<:figure class="with-legend article-media center">Oscar du meilleur documentaire 2015, “Citizenfour” sort ce mercredi 4 mars. Pour “Télérama” , la réalisatrice Laura Poitras fait le récit de deux ans de travail clandestin avec Edward Snowden et ses incroyables révélations sur la NSA.
 

 

Citizen Four - Documentary [2014] - YouTube

Cet été, Claire Nouvian présente la nouvelle émission "Lanceurs d'alerte" le samedi à 13h30. Écoutez son coup de cœur pour le documentaire Citizenfour

emande pourquoi il signe « Citizen Four », il m'explique qu'il n'est ni le premier, ni le dernier lanceur d'alerte. Il n'est qu'un parmi d'autres.
 

Lanceurs d'alerte, coupables ou héros? - vidéo Dailymotion

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Pendant cette campagne présidentielle, les sites de plusieurs partis ont été la cible d’attaques pirates…déjouées par des bénévoles.

Et si demain, vous deveniez lanceur d’alerte… Mais sans les ennuis judiciaires qui vont avec ? Vous pourriez ainsi entrer dans le système informatique d’un parti politique, repartir avec le fichier de ses donateurs, prévenir les autorités compétentes qu’il y a comme un trou dans la raquette… et tout ça sans vous retrouver, vous, avec une grosse amende. C’est tout l’objectif deZérodisclo.com : une plateforme française qui met en relation les petits génies de l’informatique avec l’ANSSI, l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information

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Réalisé en 2014 par  James Spione

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14/09/2013

Le fascisme rouge

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Le fascisme rouge

Le fascisme rouge

3 mai 2012, 21:13

Je viens de lire un extrait de lettre de notre vaillant camarade A. Petrini, qui se trouve en U.R.S.S., dans une situation de proscrit. J'y trouve les lignes suivantes :

«... Un par un on nous emprisonne tous. Les vrais révolutionnaires ne peuvent pas jouir de la liberté en Russie. La liberté de la presse et celle de la parole sont supprimées, aucune différence donc entre Staline et Mussolini».

J'ai souligné exprès la dernière phrase, car elle est parfaitement juste.

Cependant, pour bien comprendre toute la justesse de cette brève formule, pour bien saisir tout son terrible réalisme, il est indispensable d'avoir du fascisme une notion profonde et nette : plus profonde et plus nette que celle qui est généralement admise dans les milieux de gauche.

Ayant cette notion, le lecteur comprendra la phrase de Petrini non pas comme une sorte de boutade, mais comme l'expression exacte d'une très triste réalité.

*

* * Lorsque il y a douze ans, le mouvement de Mussolini — le fascisme italien remporta sa victoire, on croyait généralement que celle-ci n'était qu'un épisode local, passager, sans lendemain.

Depuis, non seulement le «fascisme» s'est consolidé en Italie, mais des mouvements analogues se déclenchèrent et l'emportèrent dans plusieurs pays. Dans d'autres, le «fascisme», sous tel ou tel aspect, forme un courant d'idées menaçant. Le terme lui-même, d'abord purement national, est devenu général, international.

Cet état de choses nous impose la conclusion que voici : le mouvement dit «fasciste» doit avoir des bases historiques concrètes, profondes et vastes. Dans le cas contraire, il ne serait pas ce qu'il est.

Quelles seraient donc ses bases? Quelles seraient les raisons principales de la naissance et, surtout, des succès du fascisme?

Pour ma part, j'en conçois trois, que je considère, dans leur ensemble, comme raisons fondamentales de son triomphe.

1° Raison économique. Elle est assez nette et généralement bien comprise. En quelques mots la voici : Le capitalisme privé (dont la base économique est la libre concurrence des appétits pour le maximum de profits, et dont l'expression politique est la démocratie bourgeoise) est en pleine décomposition, en pleine faillite. Violemment attaqué par tous ses ennemis, de plus en plus nombreux, il s'écroule dans la boue, dans le crime, dans l'impuissance. Les guerres, la crise, les armées de chômeurs, la misère des masses, face à l'abondance des richesses matérielles et à la possibilité illimitée de les augmenter encore, démontrent cette impuissance du capitalisme privé à résoudre les problèmes économiques de l'époque. D'une façon de plus en plus générale, on est, aujourd'hui, conscient de son agonie, de sa mort imminente. Alors instinctivement ou sciemment, on pense à lui substituer un capitalisme nouveau modèle, dans l'espoir que ce dernier pourra «sauver le monde». On pense — une fois de plus dans l'histoire humaine — à la haute mission d'un État fort, tout-puissant, à base dictatoriale. On pense à un capitalisme d'État, dirigé par une dictature «au-dessus des intérêts privés». Telle est la nouvelle orientation du capitalisme qui alimente le mouvement fasciste économiquement.

2° Raison sociale. Elle est aussi très nette et, généralement, bien comprise. La faillite du capitalisme privé, avec toutes ses conséquences effroyables, crée une situation nettement révolutionnaire. Les masses, de plus en plus malheureuses, s'agitent. Les courants révolutionnaires gagnent du terrain. Les travailleurs organisés se préparent, de plus en plus activement, à combattre le système qui les écrase au profit de bandes de malfaiteurs. La classe ouvrière, librement et combativement organisée (politiquement, syndicalement, idéologiquement) devient de plus en plus gênante, de plus en plus menaçante pour les classes possédantes.

Ces dernières se rendent compte de leur situation précaire. Elles ont peur. Alors, instinctivement ou sciemment, elles cherchent le salut. Elles s'efforcent de maintenir, à tout prix, leur situation privilégiée, basée sur l'exploitation des masses laborieuses. Il importe surtout que ces dernières restent un troupeau exploité, salarié, tendu par les maîtres.

S'il est impossible de maintenir le mode d'exploitation actuel, il faudra changer le mode (ce qui n'est pas grave), pourvu que le fond reste. Les maîtres d'aujourd'hui pourront rester tels s'ils acceptent de devenir membres d'un vaste appareil dirigeant, économique, social et politique, essentiellement étatiste. Or, pour réaliser cette nouvelle structure sociale, il faut disposer, avant tout, d'un État omnipotent, mené par un homme fort, un homme à poigne, un dictateur, un Mussolini, un Hitler ! Telle est la nouvelle orientation du capitalisme qui alimente le fascisme socialement.

*

Le fascisme rouge

* *

Si le fascisme n'avait que ces deux bases : base économique et base sociale, il n'aurait jamais acquis la puissance que nous lui connaissons. Sans aucun doute, les masses travailleuses organisées lui auraient, rapidement et définitivement barré la route. En effet, les moyens avec lesquels la classe laborieuse lutte généralement contre le capitalisme resteraient valables sauf quelques remaniements de détails, pour lutter efficacement contre la réaction et le fascisme. Ce ne serait que la continuation de la grande lutte historique des travailleurs contre leurs exploiteurs. Combien de fois, déjà, au cours de l'histoire, l'ennemi changea de méthode, de façade ou d'armes! Ceci n'empêchait nullement les travailleurs de continuer leur lutte, sans perdre l'équilibre ou l'assurance, sans se laisser démonter par les manœuvres de et les volte-face de l'adversaire.

Or, voici ce qui est important. Le fascisme, tout en étant considéré comme une nouvelle manœuvre (défensive et offensive) du capitalisme remporta partout où il s'est mis sérieusement à l'œuvre, un tel succès — éblouissant, extraordinaire, fantastique — que la lutte de la classe laborieuse s'avéra du coup et partout, — en Italie comme en Allemagne, en Allemagne comme en Autriche, en Autriche comme en d'autres pays, — non seulement difficile, mais absolument inefficace et impuissante. Non seulement la démocratie libérale bourgeoise ne sut se défendre, mais aussi le socialisme, le communisme (bolcheviste) ; le mouvement syndical, etc., furent absolument impuissants à combattre le capitalisme aux abois manœuvrant pour se sauver. Et non seulement toutes ces forces ne purent livrer une résistance victorieuse au capitalisme réorganisant ses rangs bouleversés, mais ce fut ce dernier qui, rapidement, se regroupa et écrasa tous ses ennemis.

Impuissance du socialisme, qui était si fort en Allemagne, en Autriche, en Italie. Impuissance du «communisme», très fort, lui aussi, surtout en Allemagne. Impuissance des organismes syndicaux. Comment expliquer cela ?

Le problème, déjà assez compliqué, le devient davantage si l'on songe à la situation actuelle en U.R.S.S. Comme on sait, ce fut le communisme autoritaire et étatiste (le bolchevisme) qui y remporta une victoire complète et assez facile lors des événements de 1917. Or, de nos jours, presque 17 ans après cette victoire, non seulement ce communisme s'avère impuissant à résister au fascisme dans d'autres pays, mais même en ce qui concerne le régime de l'U.R.S.S., on qualifie ce dernier, de plus en plus fréquemment, de plus en plus sciemment, de «fascisme rouge». On compare Staline à Mussolini. On constate dans ce pays l'exploitation féroce des masses travailleuses par l'appareil dirigeant, comprenant un million de privilégiés qui s'appuient, comme partout ailleurs, sur une force militaire et policière. On y constate l'absence de toute liberté. On y constate des persécutions arbitraires et impitoyables. Et ce qui importe, c'est que de pareilles constatations ou appréciations émanent non pas des milieux bourgeois, mais surtout des rangs révolutionnaires : socialistes, syndicalistes, anarchistes, et même des rangs de l'opposition communiste (trotskiste) qui, pour cette raison, «reprend la lutte émancipatrice» et forme la IVe Internationale.

 

Tous ces faits sont extrêmement troublants. Ils nous mènent fatalement à cette conclusion, paraissant paradoxale, que même en U.R.S.S., quoique sous des apparences différentes, c'est le fascisme qui l'emporte ; que c'est un nouveau capitalisme (capitalisme d'État dirigé par un homme à poigne, un dictateur, un Staline !) qui s'installe.

Comment expliquer tout cela ?

Y aurait-il donc encore un élément, encore une base, encore une raison d'être qui donnerait au fascisme une force tout à fait particulière ?

Je réponds : oui. C'est la troisième raison : celle, précisément, qu'il me reste à examiner. Je la considère comme la plus importante, en même temps que la plus compliquée et la moins comprise. C'est elle, cependant, qui nous explique tout.

3° Raison psychologique (ou idéologique). La raison fondamentale des succès fascistes et de l'impuissance des forces émancipatrices est, à mon avis, l'idée néfaste de la dictature. Je dirai même plus. Il existe une idée répandue à un tel point qu'elle est devenue presque un axiome. Des millions et des millions d'hommes s'étonneraient, aujourd'hui encore, si on la mettait en doute. Mieux encore : bon nombre d'anarchistes et de syndicalistes ne la tiendraient pas, eux non plus, pour suspecte. Pour ma part, je la considère comme foncièrement fausse. Or, toute idée fausse acceptée comme juste est un grand danger pour la cause qu'elle touche. L'idée en question est celle-ci : Pour gagner dans la lutte et conquérir leur émancipation, les masses travailleuses doivent être guidées, conduites par une «élite», par une «minorité éclairée», par des hommes «conscients» et supérieurs au niveau de cette masse.

Qu'une pareille théorie, — qui, pour moi, n'est qu'une expression adoucie de l'idée de dictature car, en fait, elle enlève aux masses toute liberté d'action et d'initiative — , qu'une pareille théorie soit préconisée par des exploiteurs, rien d'étonnant. Pour être exploitées, les masses doivent être menées et soumises comme un troupeau. Mais qu'une telle idée soit ancrée dans l'esprit de ceux qui se prétendent émancipateurs et révolutionnaires, c'est un des phénomènes les plus étranges de l'histoire. Car — ceci me paraît évident, — pour ne plus être exploitées, les masses ne doivent plus être menées. Tout au contraire: les masses travailleuses arriveront à se débarrasser de toute exploitation seulement lorsqu'elles auront trouver le moyen de se débarrasser de toute tutelle, d'agir par elles-mêmes, de leur propre initiative, pour leurs propres intérêts, à l'aide et au sein de leurs propres et véritables organismes de classe : syndicats, coopératives, etc., fédérés entre eux.

L'idée de la dictature — brutale ou adoucie — étant universellement répandue et adoptée, la route est toute prête pour la psychologie, l'idéologie et l'action fascistes. Cette psychologie pénètre, empoisonne et décompose tout le mouvement ouvrier et l'engage dans une voie périlleuse.

Si la dictature est jugée nécessaire pour mener la lutte émancipatrice de la classe ouvrière, la lutte des classes devient, en réalité, lutte des dictateurs entre eux. Au fond, il s'agit, dans cette lutte, de savoir qui conservera ou gagnera l'emprise décisive sur les masses. L'issue de la lutte dépend alors de toutes sortes de circonstances, d'un caractère plutôt accessoire. Ici, c'est le dictateur X, là le dictateur Y ou Z qui l'emporte. L'un ou l'autre peuvent afficher des idéals très différents, même opposés. Il n'en reste pas moins qu'au lieu d'une libre et vaste activité des masses elles-mêmes, c'est le vainqueur qui va mener les masses, forcées de le suivre, sous peine de répression terrible. Il est évident qu'une telle perspective ne peut avoir rien de commun avec l'émancipation réelle des masses travailleuses.

L'idée de la dictature, de l'élite dirigeante, mène fatalement à la formation de partis politiques: Organismes qui enfantent et soutiennent le futur dictateur. Enfin, tel ou tel parti l'emporte sur les autres. C'est alors sa dictature installée. Quelle qu'elle soit, elle crée rapidement des situations et, finalement, des couches privilégiées. Elle soumet les masses à sa volonté. Elle les opprime, les exploite, et, au fond, devient fatalement fasciste.

*

* *

Ainsi, je conçois le fascisme d'une façon vaste. Pour moi, tout courant d'idée qui admet la dictature — franche ou estompée, «droite» ou «gauche» — est au fond, objectivement et essentiellement, fasciste. Pour moi, le fascisme est surtout l'idée de mener les masses par une «minorité», par un parti politique, par un dictateur. Le fascisme, au point de vue psychologique et idéologique, est l'idée de la dictature. Tant que cette idée est émise, propagée, appliquée par les classes possédantes, on la comprend. Mais quand la même idée est saisie et mise en pratique par des idéologues de la classe laborieuse comme le moyen de son émancipation, on doit considérer ce fait comme une aberration funeste, comme une singerie aveugle et stupide, comme un égarement périlleux. Car étant essentiellement fasciste, cette idée, appliquée, mène fatalement à une organisation sociale foncièrement fasciste.

Cette vérité a été justement démontrée — sans contestation possible — par «l'expérience russe». L'idée de la dictature comme moyen d'émancipation de la classe ouvrière y a été pratiquement appliquée. Eh bien ! son application produisit fatalement l'effet qui devient aujourd'hui de plus en plus net et que, bientôt, les plus ignorants, les plus aveugles, les plus obstinés, seront obligés de constater : la révolution triomphante, au lieu de mener à l'émancipation de la classe ouvrière, aboutit en fait, et en dépit de toutes les théories des émancipateurs-dictateurs, à l'esclavage et à l'exploitation les plus complets, les plus terribles, de cette classe ouvrière par une classe dirigeante privilégiée.

Telle est la troisième et principale raison de la puissance particulière du fascisme. Il est alimenté surtout par l'idéologie foncièrement fasciste — inconsciemment fasciste — d'une multitudes de gens qui seraient les premiers étonnés et indignés si on les accusait de fascisme. Cette idéologie, répandue partout, voire parmi les «émancipateurs» et les travailleurs eux-mêmes, empoisonne le mouvement ouvrier, le ramollit, le décompose. Elle tue la vrai activité des masses et réduit à néant — ou plutôt au résultat fasciste — leurs luttes et même leurs victoires.

Voilà pourquoi — hélas ! — Petrini a raison. «Aucune différence n'existe entre Staline et Mussolini». Et voilà pourquoi le «fascisme rouge» n'est nullement une boutade, mais l'expression exacte d'une bien triste réalité.

Une consolation existe cependant. Les masses s'instruisent surtout par l'expérience vécue, bien palpable. Cette expérience est là. Elle est là tous les jours, sur une sixième partie du globe. Ses véritables résultats commencent à être connus de plus en plus amplement, avec de plus en plus de précisions. Il faut espérer que les masses travailleuses de tous les pays sauront en dégager, en temps opportun, la leçon indispensable pour le succès de leurs luttes futures.

La réalisation de cet espoir dépend beaucoup de la conduite de tous ceux qui ont déjà compris. Il est de leur devoir de s'employer, avec la plus grande énergie, à faire comprendre aux vastes masses travailleuses le véritable sens négatif de l'expérience russe.

Nous, les anarchistes, nous qui avons compris, nous devons amplifier, intensifier notre propagande, en tenant compte surtout de cette expérience. Si nous remplissons notre devoir, si nous aidons les masses à la comprendre en temps opportun, alors «le fascisme rouge» de l'U.R.S.S. aura rempli, historiquement parlant, un rôle utile : celui d'avoir tué, en l'appliquant, l'idée de la dictature.

VOLINE

 juillet 1934

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