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14/06/2014

Tant qu'il y aura de l'argent

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Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude."Envoyé par Laura
De La Servitude Moderne  par ClaVieFrere2011

L'augmentation des besoins asiatiques en gaz naturel pourrait faire les affaires de la Russie, et tout particulièrement de son géant gazier Gazprom, qui sont en froid avec leur principal client, l'Union européenne. Depuis le conflit autour de la Crimée et de l'Ukraine, les Européens semblent en effet plus décidés que jamais à alléger progressivement leur dépendance aux importations de gaz russe, qui représentent 25% de leur consommation.

Sans vouloir créer des liens de cause à effet qui n'existent peut-être pas, je note cependant que l'Allemagne vient d'autoriser la fracturation hydraulique sur une très grande partie de son territoire. Une autorisation qui ouvre la voie à l'exploitation des réserves de gaz de schiste.

Reste à estimer le potentiel du sous-sol allemand en la matière. Selon les chiffres du département américain de l'Energie, cité par Le Figaro, celles-ci se monteraient à 476 milliards de mètres cubes, ce qui représente six ans de consommation allemande. Le Figaro en profite pour glisser l'information suivante : les réserves allemandes ne représentent qu'environ un huitième des réserves françaises... A bon entendeur !

 

 

La décision allemande s'inscrit manifestement dans deux tendances fortes : celle de la montée de la consommation de gaz et le nouveau battage des cartes dans ce secteur 

Des chiffres que je prends tout de même avec des pincettes car le département de l'Energie vient de faire la une en révisant à la baisse -- et de 96% !!! -- les réserves exploitables de pétrole de schiste de ce qui était jusqu'à lors considéré comme le principal champ américain, celui de Monterey en Californie.

La décision allemande s'inscrit manifestement dans deux tendances fortes : celle de la montée de la consommation de gaz et le nouveau battage des cartes dans ce secteur .



La Japon se tourne vers la Russie
Je vous disais que face à l'envolée de sa facture énergétique, et alors que certaines de ses centrales nucléaires ne devraient pas entrer à nouveau en activité, le Japon se trouve dans une position délicate. L'Archipel exploite toutes les voies qui s'offrent à lui pour s'assurer des approvisionnements gaziers réguliers... et de préférence à un tarif concurrentiel. Et se tourne vers la Russie...

Un groupe de 33 députés japonais a en effet remis sur le tapis un projet concernant la construction d'un gazoduc entre l'île de Sakhaline (russe) et la préfecture japonaise d'Irabaki, soit 1 350 km de tuyaux. Ce projet vieux de 10 ans, et dont la construction est estimée à 6 milliards de dollars, pourrait fournir au Japon l'équivalent de 17% de sa consommation annuelle de gaz.

L'axe Moscou-Pékin
Le Japon n'est pas le seul à lorgner du côté de la Russie. La Chine est aussi sur les rangs. Les deux pays viennent de signer ce que l'on peut appeler sans exagération un méga-contrat, de 400 milliards de dollars sur 30 ans. Ce contrat, qui était en négociation depuis 10 ans (!!!), met en jeu les deux géants énergétiques nationaux que sont Gazprom et China National Petroleum Corp. (CNPC) qui seraient (au conditionnel, nous y reviendrons) parvenus à se mettre d'accord sur un prix de 350 $ le millier de mètres cubes de gaz.

Les deux pays viennent de signer ce que l'on peut appeler sans exagération un méga-contrat, de 400 milliards de dollars sur 30 ans

L'affaire semble en or pour Gazprom qui peut envisager sereinement la perte d'un peu de chiffre d'affaires avec l'Union européenne si celle-ci parvient à diversifier un peu plus ses approvisionnements en gaz.

D'ailleurs, une petite phrase de M. Medvedev lors d'un entretien accordé à Bloomberg le mois dernier confirmait la stratégique russe : "Si l'on envisage le pire, de manière purement théorique le gaz qui ne serait pas livré en Europe peut être envoyé (...) en Chine".

L'affaire est donc claire : la Russie veut créer un nouvel axe gazier avec l'Asie.

Et nombre de commentateurs ont salué le succès majeur que représentait le contrat signé avec la Chine pour Poutine.

Si l'on envisage le pire, de manière purement théorique le gaz qui ne serait pas livré en Europe peut être envoyé (...) en Chine

Le contrat du siècle ?
Mais est-ce vraiment si simple que cela ? Et Gazprom peut-il se targuer d'avoir mené la négociation du siècle ? Pas si sûr...

Et tout d'abord parce que la Russie ne va pas se lancer dès demain -- ni après-demain -- dans les livraisons. Au préalable, il faudra construire un nouveau gazoduc reliant la Russie à la Chine, un projet estimé à au moins 22 milliards de dollars.

Problème supplémentaire, les deux pays ne sont pas d'accord sur la forme que doit prendre ce fameux gazoduc. Moscou veut un gazoduc unique que la Chine partagerait avec la Corée du Nord et le Japon. Pékin souhaite quant à lui bénéficier de son propre gazoduc et soutient la construction d'un double gazoduc.

Et puis il y a la question du prix. Les médias russes avancent le chiffre de 350 $ le millier de mètres cubes, sans que ce chiffre ait été confirmé du côté chinois. A titre de comparaison, en moyenne, le tarif appliqué par Gazprom à ses clients européens en 2013 était de 370 $ le millier de mètres cubes.

Gazprom_russie - Vidéo Dailymotion,

Gazprom un géant qui fait peur] - Vidéo Ina.fr

 
Pékin avait plusieurs atouts dans sa poche pour faire baisser les prix. Et tout d'abord, l'envie de Poutine de mettre enfin un terme à des négociations qui achoppaient depuis une décennie sur une histoire de prix. Difficile donc de croire que Pékin n'a pas obtenu un important rabais sur le prix de gaz.

Mais surtout, ce qui devrait faire réfléchir la Russie avant de crier victoire, c'est le côté manifestement infidèle de la Chine. Si Gazprom pense avoir signé un contrat exclusif avec Pékin, il devrait rapidement déchanter.

Premièrement parce que, pour le moment, la Chine n'a pas réellement besoin du gaz russe, et ce même si sa consommation de gaz naturel ne cesse de progresser. Celle-ci est en effet passée de 24,5 milliards de mètres cubes en 2000, à 130 milliards en 2011 puis à 170 milliards en 2013. Et la marge de progression est très importante. Si le gaz ne représente aujourd'hui autour des 6% de la consommation nationale énergétique, Pékin s'est fixé comme objectif de faire monter cette proportion à 10% en 2020 et même à 30% en 2030.

Conclusion, la demande devrait atteindre les 230 milliards de mètres cubes en 2015 et 380 milliards en 2030.

La Chine n'a pas réellement besoin du gaz russe, et ce même si sa consommation de gaz naturel ne cesse de progresser

Dans une prochaine  nous nous intéresserons aux différents axes de la stratégie chinoise pour s'assurer des approvisionnements en gaz ainsi que les moyens pour vous d'investir sur l'explosion de la demande asiatique.

 

La Russie fait des infidélités gazières à l'Europe... avec la Chine
Cécile Chevré, rédactrice de Croissance & Opportunité

 L'histoire des choses (VOSTFR) - YouTube : :  (The Story of Stuff) est un documentaire américain animé au sujet du  cycle de vie des produits de consommation.

 La guerre de l'eau

Bruxelles Business 

Argent, sang et démocratie

“Jeu d’influences”, 

André Gorz II 

De la servitude moderne 

"Le grand bond en arrière" 

La forme barbare

De la servitude volontaire

09/07/2013

Ces accords de libre-échange qui s’attaquent à l’environnement

Bonjour


Pour votre information, à l'occasion de l'ouverture des négociations entre l'UE et les Etats-Unis, voici une (longue) interview de Stuart Trew du Conseil des Canadiens, témoin privilégié des négociations en cours entre l’Union européenne et le Canada mais aussi des effets de l’Accord de libre-échange nord-américain entré en vigueur le 1er janvier 1994, qui pourra vous intéresser.

Bien cordialement

L'équipe d'Alter-Echos (www.alter-echos.org)

 

 

Ces accords de libre-échange qui s'attaquent à l'environnement

 

2013 | 1 Commentaire

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A l'occasion de l'ouverture des négociations entre l'UE et les Etats-Unis autour d'un futur accord de libre-échange et d'investissements, Alter-Echos (www.alter-echos.org) a décidé d’interroger Stuart Trew du Conseil des Canadiens, témoin privilégié des négociations en cours entre l’Union européenne et le Canada mais aussi des effets de l’Accord de libre-échange nord-américain entré en vigueur le 1er janvier 1994. Transparence, démocratie, droits sociaux, régulations environnementales… Voici un tour d’horizon

 

Lire la suite

 

Cela fait quatre années qu’un accord de libre-échange est en cours de négociations entre l’Union européenne et le Canada dans une totale opacité, et sans que l’on sache très bien où en sont les négociations. Sont-elles bloquées ? Vont-elles aboutir ? Quel est votre sentiment ?

Selon les dernières informations obtenues en marge du sommet du G8 en Irlande du Nord (17 – 19 juin 2013), les négociations sur « l’Accord économique et commercial global »1 entre le Canada et l’Union européenne (UE) sont toujours bloquées. La semaine précédente, le premier Ministre canadien a essayé d’obtenir le soutien des gouvernements français, anglais et irlandais sur les exigences canadiennes relatives aux exportations de viande vers l’Europe, mais il est difficile de savoir précisément ce qui coince. Le dernier cycle complet de négociations qui a eu lieu au Canada en octobre 2012 fut également la dernière occasion où les groupes de la société civile ont pu participer à une session d’information organisée par le gouvernement canadien sur l’état des négociations. Depuis, nous avons procédé à plusieurs demandes pour obtenir de nouvelles sessions de mises à jour, mais il n’y a plus aucune volonté de faire œuvre de transparence publique. Ils baissent la tête et essaient d’accélérer les choses pour obtenir un accord. A bien des égards, ce n’est pas notre plus gros problème.

En fait, nous nous félicitons des retards en coulisse et nous espérons qu’ils persistent. Notre objectif a été et continuera d’être d’informer les Canadiens sur la façon dont ces négociations, et les accords de libre-échange en général, portent finalement moins sur le commerce que sur l’extension des droits et des pouvoirs des multinationales au détriment des décisions souveraines des populations des deux côtés de l’Atlantique. C’est ce que nous avons fait depuis 2009, en partenariat avec de nombreux alliés au Canada et en Europe, avec différents niveaux de succès. Notre travail avec les collectivités locales a été très satisfaisant. Par le travail effectué avec nos groupes locaux et des alliés tels que les syndicats et les groupes environnementaux, nous avons été en mesure de parler avec les élus locaux des impacts directs qu’un tel accord allait avoir sur leur collectivité. L’introduction de règles de passation de marché qui promeuvent « l’achat local » pourrait être rendue difficile. Et si de telles règles ne sont pas du tout généralisées au Canada, elles sont toujours possibles et de nombreuses personnalités locales ne pouvaient pas croire qu’elles seraient interdites à travers un tel accord. Plus de 80 autorités locales ont adopté des motions ou des déclarations affirmant qu’elles étaient très préoccupés par un tel accord, et plus de 50 d’entre elles réclament d’être exclues complètement des prérogatives d’un tel accord. Ce fut une grande victoire pour nous, sur laquelle nous pourrons construire s’ils parviennent à un accord.


 

Avec d’autres organisations, vous avez récemment publié un rapport intitulé Le droit de dire non portant sur les menaces créées par le projet d’accord entre l’UE et le Canada, sur tout moratoire, restriction ou interdiction de la fracturation hydraulique, en insistant sur les droits excessifs donnés aux entreprises multinationales. Pourriez-vous préciser ?

On peut considérer que l’un des premiers accords sur l’investissement, même si ce n’est pas le tout premier, se trouve dans le chapitre 11 de l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain). A l’époque, les militants travaillant sur les politiques commerciales n’ont pas particulièrement fait attention à ce chapitre sur lequel les entreprises se sont très vite appuyées pour contester les politiques environnementales au Canada et au Mexique, en gagnant dans certains cas. Ainsi, les investisseurs américains ont utilisé l’Alena pour contester une interdiction canadienne sur le commerce des PCB, une interdiction du commerce des carburants contenant la neurotoxine MMT, et une décision concernant un plan local d’urbanisme au Mexique qui stoppait la construction d’une décharge publique toxique. Ces cas, comme dans la plupart des arbitrages dans le cadre de traités d’investissement, se déroulent hors du système juridique normal et les décisions sont prises par des tribunaux ad hoc rémunérés sans grande transparence et responsabilité. Leurs décisions sont en revanche définitives.

 

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L’expérience de l’Alena a encouragé les militants canadiens travaillant sur les politiques commerciales à s’opposer aux efforts de l’OCDE pour généraliser le régime des droits des investisseurs à travers l’Accord multilatéral sur les investissements (AMI). Grâce à une incroyable mobilisation transfrontalière en France, aux Etats-Unis, au Canada et ailleurs, le mouvement altermondialiste a obtenu une grande victoire lorsque l’AMI s’est effondré par manque de soutien politique. Malheureusement, un tel programme a progressé à travers les traités bilatéraux. Le Canada est le sixième pays le plus poursuivi dans le monde en vertu de ces règles de droit favorable au secteur privé incluses dans les accords commerciaux.

Les poursuites entamées par Lone Pine contre le moratoire québécois bloquant les explorations et l’exploitation des gaz de schiste dans la Vallée du Saint-Laurent, pour lequel l’entreprise demande 250 millions de dollars de compensation pour la perte de profits attendus, est de loin le cas le plus flagrant au Canada où des investisseurs utilisent ce dispositif pour contester des décisions environnementales complètement raisonnables et soutenues par la population. Ces poursuites ont déclenché une vague d’indignation au Canada et une campagne de courriers contre l’entreprise afin de lui faire abandonner ses poursuites.

Cela a également aidé à susciter une réaction négative contre les traités d’investissement et les chapitres de protection des investisseurs comme celui que le Canada et l’UE souhaitent inclure dans l’accord en cours de négociation. Nous avons pu lire des versions « fuitées » de ce chapitre sur les investissements et, à certains égards, il serait bien pire que celui de l’Alena en termes d’opportunités offertes aux entreprises pour contrecarrer les gouvernements qui voudraient se pencher sérieusement sur la fracturation hydraulique, ou les communautés locales qui, comme en Grèce ou Roumanie, s’opposent à des grands projets miniers menés par des entreprises canadiennes.

Cet accord UE-Canada serait un puissant outil pour les entreprises minières, gazières et pétrolières canadiennes pour poursuivre l’UE dès que leurs profits seraient compromis par des mesures environnementales. En fait, c’est précisément la raison pour laquelle le gouvernement canadien négocie ces protections dans les accords commerciaux avec les pays africains et latino-américains. Pourquoi ne serait-ce pas le cas avec l’Union européenne ?

L’Allemagne est un cas d’école de ce à quoi les Européens peuvent s’attendre avec l’Accord UE-Canada. L’Allemagne a déjà fait face à deux poursuites sur les investissements liées à l’environnement de la part de Vattenfall. Le gouvernement allemand a réglé le premier cas pour un montant inconnu et en réduisant ses normes environnementales pour une centrale électrique à Hambourg. Le deuxième cas porte contre la décision allemande de sortir du nucléaire. Comment de tels traités peuvent-ils donner aux entreprises le droit d’être indemnisées, alors que les décisions avaient été prises démocratiquement ? C’est absurde.

 

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Les pays membres de l’UE se sont récemment mis d’accord sur un mandat commun pour entamer des négociations pour un accord commercial et d’investissements avec les Etats-Unis. En France, la majeure partie des discussions ont porté sur l’exception culturelle, avec l’objectif de sortir du mandat une série de biens et services culturels. Beaucoup moins sur d’autres sujets comme l’agriculture (OGM, hormones…), l’énergie, les ressources naturelles, les normes sociales et environnementales. Quels sont les enjeux ?

Les secteurs canadiens et américains de l’agriculture sont fortement intégrés. A quelques exceptions près comme le blé et la luzerne au Canada, la plupart de nos cultures traditionnelles contiennent un certain niveau d’OGM. Dans le cas du colza, il me semble que la quasi-totalité de la production est génétiquement modifiée. Le bœuf canadien et les produits de transformation du porc sont également des marchés intégrés avec les Etats-Unis, sur la base des normes américaines. La majorité de la viande a été traitée aux hormones ou, dans le cas du porc, avec des antibiotiques interdits en Europe si je me souviens bien. Les négociateurs canadiens se sont précipités dans les pourparlers avec l’UE en espérant contourner les normes alimentaires européennes. C’était très important pour des groupes et lobbies agricoles au Canada, comprenant de nombreuses entreprises comme Cargill. Raison pour laquelle elles soutiennent également les négociations UE – Etats-Unis. Qu’ils aient réussi ou pas, nous ne le savons pas avec certitude. Il est possible que l’UE ait exclu les OGM de l’accord. Il est probable que l’UE augmente ses quotas de viande non traitées pour les producteurs canadiens. Au final, nous pourrions avoir plus de produits sans hormone dans les épiceries canadiennes mais jusqu’à présent, c’est principalement un produit d’exportation.

Que ce soit dans l’accord UE – Canada ou UE – Etats-Unis, les grands lobbies agricoles aurons de nouveaux outils pour contrecarrer la politique alimentaire européenne. Il y aura les chapitres de l’OMC sur les obstacles techniques au commerce et sur les normes sanitaires et phytosanitaires relatives aux normes alimentaires et aux mesures de contrôle. Si les différends sur ces sujets sont jugés à travers le mécanisme d’arbitrage de l’accord UE – Canada plutôt qu’à l’OMC, cela pourrait encore réduire l’espace dont les gouvernements disposent pour établir leurs propres politiques.

L’accord UE-Canada comprendra un chapitre sur la coopération règlementaire, à travers lequel le gouvernement canadien pourrait avoir plus que son mot à dire dans la production de régulations et normes européennes, un accès à toutes les données scientifiques utilisées pour justifier telle ou telle politique, et des opportunités pour lutter contre des politiques qui ne conviendraient pas à des secteurs exportateurs canadiens. Cela ne conduira pas seulement à de nouveaux retards dans la politique alimentaire mais également dans la mise en place de mesures environnementales qui ne conviendraient pas au Canada, comme par exemple la directive sur la qualité des carburants. Notre gouvernement est tellement en colère à propos de cette politique établissant des normes sur les carburants, pourtant par ailleurs modeste, qu’il a menacé de mener l’UE devant l’OMC si elle devait appliquer un taux élevé de carbone au pétrole issu des sables bitumineux. L’accord UE-Canada, dans la mesure où il est biaisé en faveur des échanges commerciaux et des investissements, et restrictif sur les capacités des gouvernements à réduire leurs émissions et protéger l’environnement, pourrait être dangereux pour l’UE, tout en créant un précédent fâcheux en perspective des négociations à venir entre l’UE et les Etats-Unis.


 

Alors que l’UE prétend être à la tête de la lutte contre le changement climatique, elle s’engage dans des négociations avec le Canada et les Etats-Unis dont les politiques climat sont parmi les pires de la planète et dont la seule préoccupation est d’extraire plus de gaz et pétrole de schiste et de sables bitumineux. Qu’en pensez-vous ? Faut-il exiger des clauses en matière de climat ?

Il n’y a pas de chapitre sur le développement durable dans les accords de libre-échange canadiens ou américains. Pendant un certain temps, il semblait que l’insistance européenne pour inclure un tel chapitre dans l’accord avec le Canada, incluant des chapitres sur le travail et l’environnement et en les rendant exécutoires, pouvait être un aspect positif. Mais nous avons vu dès le début que le Canada était mal à l’aise et il a repoussé l’inclusion du protocole de Kyoto et de plusieurs autres traités dans le projet d’accord UE-Canada. Et ce alors qu’il existe une liste d’accords multilatéraux sur l’environnement qui sont à prendre en considération et à mettre en balance avec les obligations commerciales et d’investissement en cas d’un différend sur la politique environnementale. Nous ne savons pas où en sont ces négociations à l’heure actuelle. Mais je ne pense pas que nous devrions mettre trop de force dans le soutien d’un chapitre sur le développement durable et penser qu’un tel chapitre serait un antidote aux effets extrêmes de la libéralisation du commerce et des investissements sur les salariés, l’environnement, la pauvreté et les inégalités.

L’objectif ultime des accords de libre-échange est de réduire les attentes des populations d’amélioration de l’existence, de protection de l’environnement, et plus généralement de répartition de la richesse de façon égalitaire. Par exemple, depuis l’Alena, le Canada n’a pas mis en place une nouvelle politique sociale importante malgré le besoin évident d’un service public de la petite enfance accessible, ou d’un plan de luttes contre la drogue, etc. Les gouvernements fédéraux successifs ont évité d’introduire de nouvelles réglementations portant sur les sables bitumineux ou les activités minières, ou d’autres industries extrêmement polluantes, parce qu’ils sont inquiets que cela déclenche des différends commerciaux. Mais je ne pense pas que cela soit exclusif du Canada ou des Etats-Unis.

Vous dites que la seule préoccupation du Canada est d’extraire plus de pétrole. C’est vrai mais cela est également une des plus grandes préoccupations de l’UE quand elle sollicite le Canada et les Etats-Unis pour signer des accords commerciaux. Dans les mandats de négociations pour ces deux accords, l’UE affirme qu’elle cherche à sécuriser son accès aux sources d’énergies et ressources naturelles. Les protections des investisseurs dans le cadre de l’accord UE-Canada rendront certainement plus facile les actions des entreprises minières et énergétiques nord-américaines pour punir les gouvernements européens qui voudraient s’immiscer sur la route de leurs futurs profits. Mais l’accord UE-Canada rendra également difficile toute possibilité pour les autorités canadiennes, qu’elles soient locales ou fédérales, de sortir des énergies fossiles. Nous avons donc une responsabilité commune de travailler ensemble à travers l’Atlantique pour nous opposer aux accords de libre-échange qui manifestent un intérêt de pure forme à l’environnement, aux droits humains et au droit du travail, pendant que tous les obstacles à l’exploitation insoutenable des énergies fossiles sont levés.

 

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De telles négociations sont toujours menées en totale opacité, mais elles se font au nom des populations des Etats impliqués dans les négociations. Que peut-il être fait pour avoir accès au contenu des négociations ? Qu’attendez-vous de la société civile européenne en termes d’initiatives et de mobilisations sur ces accords commerciaux ?

Il y a eu de nombreuses coopérations transatlantiques à propos des négociations UE-Canada, qui remontent à 2010, quand le réseau Trade Justice (Canada) et le réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC) se sont rendus à Bruxelles pour l’une des réunions de négociations, afin de rencontrer la société civile européenne et les membres du Parlement européen, mais aussi pour rencontrer les négociateurs canadiens qui avaient commencer à informer les groupes de la société civile. C’était quelques mois après avoir publié une version du texte de négociations entre l’UE et le Canada, et nous avions pu voir que le texte n’était pas prêt de satisfaire la liste des principes pour un accord commercial juste, que 32 organisations canadiennes avaient proposée.

Au retour de notre voyage à Bruxelles, nous sommes restés en contact étroits avec le réseau Seattle to Brussels, la Via Campesina, les syndicats européens et Attac France, l’Aitec et les Amis de la Terre intervenant au cours des cycles de négociations ultérieurs en rendant publiques plusieurs déclarations transatlantiques, notamment sur le chapitre des droits des investisseurs. Ces relations ont été extrêmement précieuses et je crois qu’elles vont devenir encore plus fortes maintenant que les discussions entre l’UE et les Etats-Unis ont débuté. A certains égards, c’est le scénario idéal, puisqu’il ne peut que rapprocher nos mouvements, nous obligeant à tisser des liens entre ce qui est souvent perçu comme des négociations séparées mais qui sont clairement les composantes d’une même consolidation du pouvoir du secteur privé et de la mondialisation néolibérale.

Propos reccueillis par Alter-Echos (www.alter-echos.org)

L’intégralité de cette interview est disponible en anglais dans ce document .pdf.

1En anglais, Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA)

Ecrit par maximecombes

Catégorie: Les peuples avant la finance · Tags: ALENA, AMI, arbitrage, canada, climat, démocratie, Développement durable, droits sociaux, environnement, Etats-Unis, fracking, fracturation hydraulique, gaz de schiste, hormones, investissement, investisseurs, libre-échange, néolibéralisme, OGM, opacité, pétrole de schiste, réglementation, sables bitumineux, transparence, Union Européenne

 

29/03/2011

Gaz et pétrole de schiste, un « moratoire ad vitam aeternam » ? Chiche...

Gaz et pétrole de schiste, un « moratoire ad vitam aeternam » ? Chiche...

 

Ce lundi, Christian Jacob, patron des députés UMP, s'est exprimé très clairement contre toute exploitation des gaz de schiste en France en demandant à ce que le moratoire annoncé soit « prolongé ad vitam aeternam ». Trois mois à peine après les premières réunions, interpellations, prises de position et manifestations publiques, l'opposition aux gaz de schiste a gagné toutes les familles politiques.

Les techniques de fracturation hydraulique nécessaires à leur exploration et exploitation semblent susciter un rejet unanime en raison des diverses pollutions de l'eau, de l'air et de sols qu'elles produisent. Pourtant, un « moratoire ad vitam aeternam », qui revient à rendre caducs les permis accordés en catimini, est loin d'être acquis.

Tout d'abord, il n'y a pas à proprement parlé de moratoire. Un moratoire exige une décision écrite. Pour l'instant, ce ne sont que par des déclarations orales que François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet et Eric Besson se sont engagés à ce qu'il n'y ait pas de forage. Ces engagements ont d'ailleurs une date de péremption. Le 31 mai, jour annoncé de la remise d'un rapport d'étude des « risques » qu'ils ont confié à leurs propres administrations. D'un gouvernement responsable et conséquent, on aurait pu espérer que cette étude soit réalisée par un organisme totalement indépendant. Ce n'est pas le cas puisque ce sont ces mêmes administrations qui ont donné leur aval aux permis délivrés. On aurait pu espérer que cette étude soit réalisée avant la délivrance des permis. Ce n'est pas le cas, ces derniers ayant été délivrés en mars et avril 2010 pour les gaz de schiste et dès 2008 et 2009 pour le pétrole de schiste. On aurait pu espérer qu'elle soit antérieure à toute utilisation, sur le territoire français, de techniques de fracturation hydraulique qui sont aujourd'hui mises à l'index. Ce n'est pas le cas non plus. Médiapart a révélé que des fracturations hydrauliques avaient déjà eu lieu sur la commune de Franquevielle (Haute-Garonne), en mars et en avril 2007, ainsi qu'a minima sur deux puits en Seine-et-Marne.

En plus d'être tardif et limité dans le temps, ce pseudo-moratoire est à géométrie variable. A la recherche de pétrole de schiste en Seine-et-Marne, les compagnies Toreador et Hess ne cachent pas vouloir reprendre leurs travaux de forage dès le 15 avril, date où la mission d'études rendra un rapport intermédiaire. Pourtant, extraire les pétroles de schiste nécessite les mêmes techniques de fracturation hydraulique que les gaz de schiste. A quelques dizaines de kilomètres de Paris, on s'apprête à jouer à pile ou face avec l'eau potable de 10 millions d'habitants. Christian Jacob, député de la 4ème circonscription de Seine-et-Marne, concerné directement par le pétrole de schiste, ne parle que de gaz de schiste. Pourquoi ?

Selon l'Institut français des pétroles (IFP), 60 à 100 milliards de barils de pétrole, soit l'équivalent de 70 à 120 années de production du Koweït, dormiraient sous le sol parisien. De quoi attiser les convoitises. Au point d'essayer de troquer un moratoire sur les gaz de schiste des trop rebelles Ardèche, Cévennes et Larzac contre une paisible exploitation de l'or noir du bassin parisien ? On n'ose l'imaginer.

Un gouvernement responsable et conséquent, alerté des risques pour l'environnement et la santé causés par l'utilisation de la fracturation hydraulique n'aurait pourtant pas d'autres solutions que de décréter un « moratoire ad vitam aeternam » sur toute exploitation d'énergies fossiles nécessitant l'emploi de ces techniques. Ne se limitant pas annuler les permis délivrés dans l'hexagone, il interviendrait auprès de l'Union Européenne pour qu'il en soit ainsi dans tous les pays européens, à commencer par la Pologne, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Convaincu par ses choix, un tel gouvernement interdirait l'importation de gaz ou de pétrole issu de tels procédés. De fait, il ouvrirait ainsi un immense débat citoyen sur l'avenir énergétique de notre société, un débat sans tabou nucléaire ni a priori croissantiste. Chiche...

Maxime Combes, membre de l'Aitec et engagé dans le projet Echo des Alternatives. et Alternative libertaire - Gaz de schiste, catastrophe nucléaire… et après ?

 
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