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11/08/2013

Tubo d’Ensaio : le curieux squat légal du Portugal

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Flores Magon
 

8 août

Nous condamnons la domination de l'homme par l'homme et l'exploitation par les propriétaires parasites.
Malatesta

L'anarchisme n'est point une théorie nouvelle. Le mot lui-même pris dans son acception "absence de gouvernement", de "société sans chefs", est d'origine ancienne ...
Mais si l'anarchisme est aussi ancienne que l'humanité, du moins ceux qui la représentent aujourd'hui apportent-ils quelque chose de nouveau dans le monde: Ils ont la conscience du but poursuivi .

Elisée Reclus

 

« il s'agit d'une étude de l’anthropologue James Scot qui montre qu'en Asie du sud est jusque dans la dernière moitié du XXème siècle les peuples montagnards ont durant toutes leurs histoire lutter contre la domination des Etats des plaines, refusant un système hiérarchique tant du point de vue politique qu'économique. Ce monsieur s'inscrit dans la lignée de Pierre Clastres l'ethnologue anarchiste qui avait montré dans la société contre l'Etat que différentes voies de développement ont existé alors que la pensée dominante nous présente l'Etat, ses institutions, et en dernier ressort le capitalisme, comme l'unique voie développement possible que doivent emprunter toutes les sociétés sous peine de périr. Je connaissais déjà cet auteur (Scot) car il avait étudié la conception des paysans vietnamiens en matière économique et montré qu'il proposait une alternative au capitalisme et au marxisme stalinien (dans la lignée des travaux d'EP Thompson le grand spécialiste de la naissance de la classe ouvrière anglaise à lire également). Voilà j'espère que ces conseils de lecture vont t'intéresser :) « 
 
par Nicolas Delalande , le 20 mars

Domaine(s) : Histoire

Mots-clés : démocratie | utopie | résistance | anarchisme | Asie

Toutes les versions de cet article :

 Pendant deux millénaires, les montagnes de la Zomia furent, selon James Scott, une zone-refuge pour les populations d’Asie du Sud-Est. Haut lieu de la résistance à l’État, elles seraient le miroir de notre civilisation destructrice et sûre d’elle-même. Une histoire anarchiste qui fascine et intrigue.

Télécharger ce(s) document(s) :

Zomia, là où l’État n’est pas (PDF - 814.5 ko) par Nicolas Delalande


 
Tubo d’Ensaio : le curieux squat légal du Portugal
 
Article publié le 7 février 2013
Article publié le 7 février 2013
  • Auteur
     

    Irene Palomini

  • Traducteur

    florence calvez

A 200 kilomètres au nord de Lisbonne se trouve la localité de Figueira da Foz. Là, un groupe de jeunes anarchistes a fondé en 2006 l’association Tubo d’Ensaio d’Artes : une initiative dont le but était de développer le panorama culturel de la ville. Plus de six ans après, ce projet s’avère être un succès total.

Tout a commencé avec l’idée d’un groupe de jeunes anarchistes qui, après avoir parcouru différents endroits du monde, sont rentrés en 2006 à Figueira da Foz, leur ville natale, avec pour but de trouver une solution à l’une des raisons pour lesquelles ils étaient partis : le désolant panorama artistique de la ville. Une fois cet objectif défini, ils ont décidé de promouvoir la création d’un centre qui servirait de point de rencontre entre les arts, avec un gouvernement horizontal et une structure autonome. En échange, ils demandaient à la mairie un bâtiment où développer leur projet puisque le squat à Figueira da Foz est, dans la pratique, impossible.

Dans un premier temps, la mairie a répondu par un non catégorique : il était impensable qu’une ville du Portugal, pays victime de ses propres mœurs, cède un bâtiment pour qu’un groupe d’anars l’utilise. Lorsqu’ils ont commencé à squatter, les habitants des maisons du voisinage ont rapidement dénoncé cet événement comme un acte de vandalisme. Finalement, ils ont décidé de louer avec leurs propres moyens un local pour mettre en route leur projet, Tubo d’Ensaio, qui fut immédiatement bien accepté. Carolina, politologue locale, raconte que « plusieurs groupes ont enregistré leur première maquette musicale dans ce premier siège, et les cours qu’on y proposait ont constitué une véritable révolution de variété et de prix pour la ville. »

Quatre ans plus tard, forts de leur succès, ils sont retournés à la mairie en demandant la même chose, mais la réponse a de nouveau été négative. Sans autre alternative, il ne leur restait plus qu’à employer une méthode infaillible : la presse. Si leurs demandes n’étaient pas entendues, ils publieraient un reportage dans lequel seraient comparées, chiffres à l’appui, l’offre culturelle de la mairie avec l’argent destiné à la culture et l’offre de ce groupe alternatif avec un budget minimal. Cette stratégie a fonctionné à merveille et la mairie a fini par leur céder le vieux bâtiment de l’Universidade Internacional, qui, malgré son état déplorable, a été restauré par l’association culturelle et plusieurs bénévoles.

 
Tubo d'Ensaio
3 août

Workshop de Stencil por EIME (56 photos)
Uma mistura de técnica, perícia e criatividade num formato intensivo e envolvente que permitirá ao participante conhecer todos os passos necessários para a realização de um trabalho artístico com stencil.

O workshop será composto por apenas um trabalho em stencil com pintura final, em grupo mas em grande escala.

Workshop inserido na programação do FUSING Culture Experience — à Tubo d'Ensaio.


 
Tubo d’Ensaio : le curieux squat légal du Portugal

Cette idée démontre qu’il est possible de créer des communautés gouvernées de manière égalitaire si on fait preuve de bon sens et de persévérance.

Un fait intéressant : les participants à Tubo d’Ensaio d’Artes qui s’occupent de l’organisation du centre ne reçoivent aucune rémunération pour ce travail, ils ne sont payés que pour le travail réalisé sur les activités culturelles. Selon Lara, une jeune habitante de Figueira qui a vécu en Hollande pendant des années comme chargée de communication de Greenpeace et qui aujourd’hui s’occupe d’un programme d’hippisme pour autistes « cette position marque clairement le crédo selon lequel nous devons tous contribuer à élever la sphère culturelle au rang qu’elle devrait tenir dans la société. »

Miguel, ingénieur physicien et bassiste amateur, commente : « l’espace qu’offre Tubo de Ensaio a réussi à dynamiser culturellement Figueira da Foz en l’espace de six ans, en offrant une opportunité à des projets et des groupes pour qu’ils divulguent leur travail au travers de la promotion de concerts et de festivals. » En plus de cette occasion, il est permis aux groupes d’enregistrer leurs travaux à des prix relativement bas. Les cours de musique, signale Miguel, ont aussi représenté une plus-value pour la ville, car ils offrent des prix assez accessibles en comparaison avec ceux du reste du pays. « Depuis que je suis dans le milieu musical de Figueira da Foz, je n’ai jamais vu autant de gens jouer de la musique et avec autant d’intérêt musical qu’actuellement. Sans aucun doute, au niveau artistique, il existe un avant et un après Tubo d’Ensaio », précise-t-il.

Image de la réprésentation de la pièce de l'allemand, Heiner Müller.

 

« L’histoire montre que ceux qui font bouger le monde ce sont les anticonformistes, les antisystèmes, les révolutionnaires...»

Aujourd’hui, des dizaines d’activités s’y tiennent : des expositions, des séances de cinéma, des concerts, en passant par des ateliers, des cours de littérature, de musique et de théâtre jusqu’à des cours de yoga et de couture. Ainsi, d’autres associations sont accueillies pour mener à bien leur projet. En plus de l’espace disponible pour les concerts hebdomadaires, elles ont à disposition un bar, une boutique de vêtements d’occasion et quatre appartements où sont accueillis les artistes. D’un autre côté, ils ont réussi à collaborer avec la prestigieuse Universidad de Coimbra et l’année prochaine quelques cours seront organisés au siège de l’association.

Quand on demande à Lara si elle trouve curieux le fait que les artisans de ce projet soient anarchistes, elle répond que ça lui parait assez logique « puisque ce type d’initiatives, comme alternatives à l’offre en vigueur, provient presque toujours de personnes qui ne veulent pas obéir aux limitations que le système leur impose ou leur propose. » Et elle ajoute : « L’histoire montre que ceux qui font bouger le monde ce sont les anticonformistes, les antisystèmes, les révolutionnaires, ceux qui, avec un peu d’audace et de bon sens, réussissent à ouvrir de nouvelles portes à un système qui ne soutient pas les projets alternatifs, en faisant ainsi évoluer le chemin des arts. » Cette idée peut servir comme une vision pour démontrer qu’il est possible de créer des communautés gouvernées de manière égalitaire en faisant preuve de bon sens et de persévérance. Le Tubo d’Ensaio, définitivement, montre comment y arriver.

Photos : Une et texte © courtoisie de la page Facebook officiel de Tubo d'Ensaio. Vidéo: Ricardo Marques/YouTube.

Tubo d'Ensaio : le curieux squat légal du Portugal - L'indigné Révolté

26/05/2013

Alias Caracalla, au coeur de la Résistance

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Alias Caracalla, au coeur de la Résistance

Téléfilm historique par Alain Tasma
Avec Eric Caravaca, Jean-Michel Fête, Grégory Gadebois...

Les émissions du même genre

 

Espions de Varsovie par Giedroyc Coky
Arte 27/05/2013 13:55

En zone sud, la plupart des grands réseaux de la Résistance s'opposent à Rex. Derrière l'idéal antinazi, Daniel découvre un dangereux noeud de vipères. Il découvre aussi l'énorme enjeu politique derrière ces disputes entre résistants. Quand Rex est rappelé à Londres, Daniel se voit confier la lourde tâche de lui succéder en France. Pour asseoir l'autorité de De Gaulle, contesté par les Alliés, Rex veut créer le Conseil national de la Résistance regroupant tous les mouvements, les partis politiques démocratiques et résistants. Daniel assiste à la création du CNR : l'événement va à jamais bouleverser sa vie...

Alias Caracalla, au coeur de la Résistance du 25-05 à 20h45 - Vidéo  

La critique TV de télérama du 25/05/2013

 

Installé à Lyon depuis l'été 1942, Daniel Cordier est notamment chargé de distribuer l'argent de la France libre aux différents réseaux de résistance de la zone Sud. Lourde responsabilité pour un garçon de 22 ans. Qui devient écrasante quand son chef, Rex, alias Jean Moulin, dont l'autorité est contestée, lui confie le pouvoir avant de partir en mission pour Londres...

 

Après la « théorie » approfondie pendant deux années d'entraînement en Angleterre, Daniel Cordier découvre la « pratique » du métier de résistant dans les traboules lyonnaises. Pas de faits d'armes spectaculaires dans ce téléfilm au plus près de la réalité historique, mais un quotidien de planques, de rendez-vous furtifs, de peur de l'arrestation et de grande solitude, recréé avec une grande efficacité dramatique par Alain Tasma. Le deuxième volet d'Alias Caracalla est pour une large part consacré à la ­genèse difficile du Conseil national de la Résistance, dans des scènes aux dialogues complexes et d'un abord parfois austère. Mais l'émotion demeure dans les face-à-face entre le jeune ­Cordier (Jules Sadoughi, éblouissant pour son premier grand rôle) et son patron-mentor (Eric Caravaca, étonnant). — Samuel Douhaire

 

Samuel Douhaire

Interview de Daniel Cordier - Alias Caracalla sur France 3 - YouTube :

Jean Moulin et la Résistance : rencontre avec Daniel Cordier :  L'historien Daniel Cordier à écrit «Jean Moulin, L'inconnu du Panthéon» et «Alias Caracalla». Le 26 mai 2012, il est invité aux Champs Libres pour un Champs contre Champs lui permettant de revenir sur son engagement dans la Résistance et sa rencontre avec Jean Moulin

 

Alias Caracalla, au coeur de la Résistance du 25-05 à 20h45 - Vidéo

Alias Caracalla, au coeur de la Résistance - Pluzz - FranceTV

Alias Caracalla, au coeur de la Résistance du 25-05 à 20h45 - Vidéo

 

10/07/2012

Le chagrin et la pitié

 

Marcel Ophuls : “Je n’aime pas me servir d’une caméra comme d’une arme

Entretien | Il aurait préféré réaliser des comédies, mais il en a été autrement. A l'occasion de la rediffusion de son documentaire “Le Chagrin et la Pitié” sur Arte, nous avons rencontré Marcel Ophuls.

Le 10/07/2012 à 00h00
Propos recueillis par François Ekchajzer

Claude Lanzmann et Marcel Ophuls. © Courtesy of Icarus Films

A 84 ans, Marcel Ophuls n'en démord pas : c'est dans la comédie qu'il aurait aimé faire carrière ! Mais l'insuccès de Feu à volonté (avec Eddie Constantine, en 1965) et le besoin de gagner « du pognon » l'ont inexorablement poussé vers le documentaire, genre qu'il n'aime pas mais auquel il a quand même donné quelques chefs-d'œuvre : Hotel Terminus (autour de Klaus Barbie) en 1988, November Days (autour de la chute du Mur) en 1991, Veillées d'armes (sur la guerre de Bosnie) en 1994 ou… Le Chagrin et la Pitié, chronique d'une ville française sous l'Occupation (en 1969), qu'Arte rediffuse le 10 juillet 2012.

Comment jugez-vous aujourd'hui la censure qui s'est exercée contre Le Chagrin et la Pitié, et qui a contribué à sa réputation ?
Produit à l'origine pour l'ORTF, le film a dû attendre douze ans avant de passer à la télévision française. J'y vois un effet de la mainmise des gaullistes et du Parti communiste sur la mémoire de la France occupée. Le directeur général de l'ORTF était allé voir le Général à Colombey, pour lui demander ce qu'il devait faire de ce film qui évoquait des « vérités désagréables ». De Gaulle lui aurait répondu : « La France n'a pas besoin de vérités ; la France a besoin d'espoir. » D'une certaine manière, je trouve cette réponse magnifique et d'une très grande classe. Mais on ne faisait pas le même métier, le Général et moi. Et puis l'heure c'est l'heure. Si nous n'avions pas fait Le Chagrin et la Pitié, André Harris et moi, d'autres que nous l'auraient fait. Le temps était venu de crever l'abcès, de déconstruire le mythe.

A revoir aujourd'hui le film, on s'étonne de le trouver si éloigné de la réputation excessivement noire qui lui colle à la peau. Dans Le Chagrin et le venin (Bayard, 2011), l'historien Pierre Laborie défend pourtant l'idée que votre film a substitué au mythe gaulliste d'une France résistante le contre-mythe d'une France collaborationniste.
Pour m'éviter de la peine, ma famille a essayé de me cacher l'existence de ce livre. Quelqu'un me l'a quand même signalé et je l'ai lu. C'est un authentique travail d'historien, mais je ne suis évidemment pas d'accord avec ses conclusions. Pierre Laborie avance que Le Chagrin et la Pitié a créé une vulgate et a banalisé la perception des années sombres. Cela me semble très excessif.

L'interview de Marius Klein, commerçant clermontois, donne au film l'une de ses scènes les plus cinglantes et l'une des plus allusives.
C'est effectivement un entretien-clef du film. Il a été complètement improvisé, au détour d'une fin de journée. L'équipe revenait de la cathédrale, où j'avais vainement tenté d'obtenir une interview de l'évêque de Clermont-Ferrand. Avant le tournage, j'avais effectué de nombreuses recherches dans les archives du Moniteur, journal de Pierre Laval. Je n'en avais pas seulement lu les premières pages et les éditoriaux, mais aussi les petites annonces. Dont celle de ce Marius Klein, qui tenait à signaler à son aimable clientèle qu'il n'était pas juif. J'étais en train de descendre la rue et l'équipe rangeait le matériel dans notre véhicule, lorsque j'ai vu l'enseigne : « Chez Marius ». J'ai dit : « Mes enfants, ressortez la caméra. On va filmer cet homme dans sa boutique. » Et on l'a fait en trois minutes !

Pourquoi cette scène est-elle si marquante ?
Parce que cet homme, qui ne se pose pas de questions, même quand on vient le voir avec une caméra, représente une forme d'antisémitisme tout à fait ordinaire, et finalement plus menaçante que les déclarations de Marine Le Pen, de son père, de sa nièce… de ces gens d'extrême droite qui prennent évidemment des positions d'extrême droite. Dans notre quotidien, il y a toujours ce racisme larvé qui nous guette, ne nous lâche jamais et n'est pas même conscient de lui-même. Qu'on peut donc instrumentaliser. Lorsque des gens sortaient d'une projection du Chagrin et la Pitié en disant : « Quarante minutes de Mendès France ! », pour moi c'était déjà un signe…

Dans le livre que vous a consacré Vincent Lowy (1), vous dites que vous vous êtes souvent trouvé « nez à nez avec des tortionnaires, des fanatiques et des criminels de guerre », mais que jamais vous ne vous êtes senti aussi « mal », ni aussi « gêné » qu'au cours de ces cinq minutes d'interview.
Contrairement à Claude Lanzmann, je n'aime pas me servir d'une caméra comme d'une arme, pour faire ciller les gens. Je ne trouve pas ça sympathique – ni efficace, en fin de compte. Quand un cinéaste tente de coller quelqu'un contre le mur, le public le sent et sa sympathie passe très vite du cinéaste à sa victime. C'est une généralisation, mais enfin je vous réponds spontanément. Je préfère qu'il y ait un contrat moral entre la personne devant la caméra et la personne derrière la caméra. Je fais, autant que possible, en sorte que ce soit le cas.

A l'inverse de l'interview de Marius Klein, les scènes avec Pierre Mendès France offrent au Chagrin et la Pitié des moments lumineux. Il y apparaît détendu, en confiance.
J'ai passé deux dimanches avec lui. Le premier, c'était le 27 avril 1969, à Grenoble, dans un petit bureau où il recevait des appels incessants – c'était le dimanche du référendum. A chaque coup de fil, nous pensions devoir quitter la pièce ; ça l'agaçait beaucoup. Il répétait : « Mais non, restez en place, on perd du temps ! De toute façon, je fais en sorte qu'il n'y ait pas de différence entre ma vie publique et ma vie privée. » Qui lui téléphonait ? François Mitterrand, Waldeck Rochet… des personnalités de gauche qui essayaient de le convaincre d'être candidat. A la fin, quand on a remballé le matériel et qu'il avait raté par notre faute plusieurs trains pour Paris, il m'a dit : « Ophuls, on n'a pas terminé hein ? » Je lui ai répondu : « Non, monsieur le président. Pas vraiment. » « Alors rendez-vous chez moi, en Normandie, dimanche prochain. »

Comment a-t-il reçu le film ?
Il en était content. Il paraît qu'il demandait à ses amis : « Comment vous me trouvez en vedette de cinéma ? » Sauf qu'il m'avait envoyé une lettre pour me reprocher d'avoir gardé le témoignage du colonel du Jonchay [ancien résistant, de tendance nationaliste]. « Ce type prétend que j'ai sabré le champagne à Rabat, ce qui n'est absolument pas vrai ! Il fantasme ! Vous n'auriez pas dû mettre ça dans le film. » Bien sûr que si : il fallait le garder dans le film ! Peu importe que l'épisode soit vrai ou fantasmé ; car, si c'est un fantasme, c'est encore plus significatif.

Sur quel film travaillez-vous actuellement ?
Il m'a semblé qu'il était temps d'écrire mes Mémoires. N'étant pas écrivain, l'idée m'est venue de les filmer avant de les écrire, ou plus exactement de les filmer tout en les écrivant. Evidemment, le risque est de tomber dans une sorte de narcissisme, mais c'est intéressant. Depuis que j'ai été agressé en Amérique du Sud, sur le tournage d'Hotel Terminus, ma mémoire me joue des tours. Mais, en élaborant ce film, les souvenirs me reviennent peu à peu, remontent à la surface et enrichissent le projet initial. Ce sera donc un film long. Plus long que les 90 minutes auxquels on veut me limiter.

A quoi ressemblera-t-il ?
A une sorte de carnet de voyage. Ça se passe à Paris, à Lucq-de-Béarn, à Venise, à Londres, à Manhattan… Dans des lieux où j'ai vécu – et j'ai beaucoup vécu dans beaucoup d'endroits. Contrairement à mes précédents films, où je me farcissais des témoins hostiles qu'il fallait amadouer ou mettre en difficulté, celui-ci consistera en une suite d'hommages à des gens que j'ai connus et aimés. Ce sera un film moins déprimant pour moi et, je l'espère, plus gai pour le public. A bien des égards, ce sera une comédie et même, par moments, une comédie musicale.

Vous y chanterez ?
Des chansons de Gershwin, des tubes de ma jeunesse… La comédie et la comédie musicale, vous savez, c'est vraiment ce que j'aurais voulu faire.

En quoi cette attirance contrariée pour la comédie a-t-elle influencé votre pratique du documentaire ?
Ça m'a poussé à développer une approche subjective, personnelle, et à considérer la question du style comme déterminante. Après ce film autobiographique, j'abandonnerai définitivement le genre documentaire qui, année après année, est devenu une prison pour moi.

Pourquoi ?
Parce que je n'aime pas ça ! Ce sera mon dernier documentaire… sauf (car il y a toujours un sauf) si Jean-Luc Godard me propose de réaliser avec lui ce film sur Israël et la Palestine dont il parlait, voilà quelques années. S'il m'appelle pour me dire : « Faisons-le », je serai prêt à me taper la bande de Gaza à la période de Noël – en espérant juste ne pas terminer ma vie enchaîné à un radiateur !

Sinon ?
Je ferai du théâtre, car je suis un enfant de la balle. Jeanne Moreau est l'un des personnages-clefs du film que je suis en train de faire. Elle et François Truffaut ont énormément fait pour moi, qui n'ai malheureusement jamais rien fait pour eux. J'aimerais convaincre Jeanne de revenir au théâtre, avec des pièces que je mettrais en scène.

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A lire

(1) Marcel Ophuls, par Vincent Lowy, Le Bord de l'eau, 2008, 22€.
A lire également : Dialogues sur le cinéma, transcription de conversations entre Marcel Ophuls et Jean-Luc Godard, chez le même éditeur, 2012, 10€.

A voir

Le Chagrin et la Pitié, chronique d'une ville sous l'Occupation, mardi 10 juillet 2012 à 20h50 sur Arte.

Le Chagrin et la Pitié est disponible chez Gaumont, en un coffret de trois DVD.

 

 Le chagrin et la pitié - Chronique d'une ville française sous l'Occupation (1/2)

film 16.jpgL'effondrement
Chronique en deux parties - L'effondrement et Le choix - de l'Occupation à Clermont-Ferrand, le film de Marcel Ophuls est un document exceptionnel qui, comme toutes les grandes oeuvres, est inaccessible au vieillissement, même s'il suscite probablement à chaque époque un choc d'une nature différente. Ce documentaire fleuve (près de quatre heures et demie) entremêle des témoignages d'anonymes et de personnalités de premier plan (Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Georges Bidault, Pierre Mendès-France, Anthony Eden, Jacques Duclos, l'ancien Waffen SS Christian de la Mazière...) ayant appartenu durant la Seconde Guerre mondiale à l'un et l'autre camp.


Recueillis en Auvergne, mais aussi à travers toute l'Europe, mêlés aux images des actualités vichystes et des archives internationales, leurs propos offrent une vision de la collaboration et de  la résistance qui, au moment où ils furent enregistrés, restaient du domaine du tabou. D'une part parce que, si les vrais résistants étaient bien présents, des collaborateurs et des miliciens s'exprimaient publiquement aussi pour la première fois ; et d'autre part, surtout, parce que cette fresque documentaire d'une exceptionnelle densité humaine évoquait sans fard les lâchetés et les compromissions ordinaires de la majeure partie de la population française. Aussi le film provoqua-t-il à sa sortie en salles, le 5 avril 1971, un véritable séisme dans la conscience nationale. Pour certains, il s'agissait d'un "choc salutaire", pour d'autres d'une ignoble traîtrise. Conçu pour la télévision, il n'y sera finalement diffusé qu'en 1981, douze ans après sa réalisation.

(France, Allemagne, Suisse, 1969, 250mn)
ARTE F


Date de première diffusion : Hier, 20h52

Date(s) de rediffusion : Lundi, 16 juillet 2012, 10h45

le chagrin et la pitié #1 - Vidéo Dailymotion, Part 2, part 3, part 4, part 5 , part 6 , part 7 ,

 
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