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22/04/2014

André Gorz

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 Le ralentissement se confirme pour l'économie mondiale
Depuis la semaine dernière, le flux de nouvelles ne fait que confirmer ce que nous pressentions depuis longtemps : l'économie mondiale ne parvient pas à redémarrer. Après la Chine et un PIB au plus bas à 7,6%, le Brésil pourrait connaître une croissance de 2% (contre plus de 4% de prévus encore l'année dernière par la banque centrale), soit la plus faible depuis 2003 !L'agence de notation a abaissé de «stable» à «négative» la perspective sur la dette publique de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Luxembourg. Mais Berlin estime que les risques mentionnés «ne sont pas nouveau».
» Le «triple A» de l'Allemagne menacé par Moody's
» INFOGRAPHIE - Le monde vu par les agences de notation

economie,poitique,société,géopolitique

 

Samir Bouzid : « Cette crise planétaire est encore plus dévastatrice que la Grande Dépression des années 1930. Elle a de lourdes conséquences géopolitiques; le démembrement économique donne lieu à des guerres régionales, à la fracture des sociétés nationales et, dans certains cas, à l'anéantissement de pays. Elle constitue de loin la plus grave crise économique des temps modernes »

 

 La crise que nous traversons est globale. Si seules les dimensions financières et économiques sont le plus souvent mises en avant, il s’agit avant tout d’une crise de civilisation, d’une crise de modèle. La réponse est donc nécessairement complexe tant elle touche aux fondamentaux de nos sociétés.

 

 

Comprendre comment le système a pu générer une telle crise économique est devenu un enjeu d’un débat stratégique entre militants anticapitalismes  a gauche, mais aussi chez les écologistes, scientifiques… Chris Harman ( Chris Harman - Wikipédia), dans ce texte «  La crise dans  les années  30 et aujourd’hui », apporte une explication marxiste de la crise actuelle tout en redistribuant les analyses académiques  les  plus courantes de 1929.Titre original : The Slump of the 1930s and the crisis today (financiers, la fameuse bulle financière, et leurs impacts sur nos vies est expliqué de manière claire et simple dans cet excellent reportage qui contient, entre autres, une interview de Serge Halimi. Durée de la vidéo : 30 minutes et sur google,   

 

A chaque fois, les autorités sont intervenues... et ont « évité le désastre ». Mais à chaque fois, les mesures prises étaient un peu moins efficaces que la fois précédente. Le modèle capitaliste est en fin de vie et le capitalisme croule sous le poids de ses contradictions, il est menacée par son fonctionnement même.

 

Le Sud de l'Europe coule et les capitaux fuient comme des rats - Alternative libertaire : Un article de la presse bourgeoise sur les fuites de capitaux d'Europe du Sud. Cela tend à montrer que la crise est probablement, encore plus grave que nous ne les pensons...

Sortie de la Grèce de la Zone euro... aggravation de la situation en Italie... crise bancaire façon Dexia... Si un seul de ces phénomènes se produisait, cela suffirait à faire basculer la situation

Aux Etats-Unis, ce sont les ventes de détails qui ont confirmé la situation inquiétante outre-Atlantique. Avec une nouvelle baisse, la consommation est à la peine et menace l'équilibre du système tout entier, traduisant l'inquiétude populaire.

Courtisé par l'UMP et par les écologistes LE MONDE | 12.02.10 | 16h30 suivre le débat en direct sur le Monde et sur Lekairos.fr ( doc PDF)   le livre noir du libéralisme), et le philosophe Edgar Morin. M. Stiglitz "n'avait que cette date disponible avant octobre", insiste Mme Joly, qui assure ne pas avoir organisé ce débat pour "gagner des voix".

 

Société de consommation ( source Ekopia)

Le bouleversement apporté par le XXe siècle, amorcé dès la fin du XIXe avec la révolution industrielle, a été d'inverser les proportions en donnant de plus en plus d'importance au superflu et de moins en moins d'importance à la transcendance.

  

La sortie du capitalisme a déjà commencé

Version en ligne sur le site d’ÉcoRev

et publiée dans Écologica (Galilée, 2008)

 

La question de la sortie du capitalisme n’a jamais été plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d’une radicale nouveauté. Par son développement même, le capitalisme a atteint une limite tant interne qu’externe qu’il est incapable de dépasser et qui en fait un système qui survit par des subterfuges à la crise de ses catégories fondamentales : le travail, la valeur, le capital.

 

La crise du système se manifeste au niveau macro-économique aussi bien qu’au niveau micro-économique. Elle s’explique principalement par un bouleversement technoscientifique qui introduit une rupture dans le développement du capitalisme et ruine, par ses répercussions, la base de son pouvoir et sa capacité de se reproduire. J’essaierai d’analyser cette crise d’abord sous l’angle macro-économique [1], ensuite dans ses effets sur le fonctionnement et la gestion des entreprises [2].

 

  1. L’informatisation et la robotisation ont permis de produire des quantités croissantes de marchandises avec des quantités décroissantes de travail. Le coût du travail par unité de produit ne cesse de diminuer et le prix des produits tend à baisser. Or plus la quantité de travail pour une production donnée diminue, plus le valeur produite par travailleur – sa productivité – doit augmenter pour que la masse de profit réalisable ne diminue pas.
  2. On a donc cet apparent paradoxe que plus la productivité augmente, plus il faut qu’elle augmente encore pour éviter que le volume de profit ne diminue. La course à la productivité tend ainsi à s’accélérer, les effectifs employés à être réduits, la pression sur les personnels à se durcir, le niveau et la masse des salaires à diminuer. Le système évolue vers une limite interne où la production et l’investissement dans la production cessent d’être assez rentables.

 

En Chine, aux Philippines ou au Soudan, les chiffres attestent que cette limite est atteinte. L’accumulation productive du capital productif ne cesse de régresser. Aux États-Unis, les cinq cents firmes de l’indice Standard & Poor’s disposent de 631 milliards de réserves liquides ; la moitié des bénéfices des entreprises américaines provient d’opérations sur les marchés financiers. En France, l’investissement productif des entreprises du CAC 40 n’augmente pas même quand leurs bénéfices explosent.

 

Pour Marx, le capitalisme conduit à des contradictions ("exploitation de l'homme par l'homme"):

  • concentration des richesses sur une classe de la société et misère pour l'autre ;
  • accroissement continu de la rentabilité par le progrès technique ,
  • surpopulation de travailleurs, engendrant le chômage ;
  • augmentation de la production sans augmentation de la consommation provoquant des crises cycliques de surproduction.

Les 10 multinationales les plus importantes dans le monde

  1. Wal-Mart Stores
  2. Exxon Mobil
  3. Royal Dutch Shell
  4. BP
  5. General Motors
  6. Toyota Motor
  7. Chevron

ex 8. DaimlerChrysler         

  1. ConocoPhillips
  2. Total
  3. General Electric

 

Fortune Global 500 est le classement des 500 entreprises mondiales qui réalisent le plus important chiffre d'affaires. Le Fortune Global 500 est publié chaque année par le magazine Fortune.

 

Les multinationales pétrochimiques viennent de passer dans le top des trois premiers en dépassant la multinationales Wall-mart , 

Crise du capitalisme : Karl Marx avait raison! : Et si Karl Marx avait raison ? : citoyen actifLes contradictions de la mondialisation: et si Marx avait raison (1) 

 

La Baisse tendancielle du taux de profit des sociétés anonymes non financières et la crise (1980-2010).

« Dans un papier récent, nous avons examiné la valorisation du capital en prenant pour base la double accumulation du capital. Cette valorisation prenait pour base la valeur additionnelle créée dans la sphère productive d’une année sur l’autre et la différence de valeur des actifs accumulés dans la sphère financière. Nous sommes arrivés à la conclusion que les deux valorisations tendaient à disposer d’une rentabilité de plus en plus faible et qu’à terme,  la capacité d’accumulation  dans la sphère productive tendait à être lentement réduite par l’accumulation financière. Nous avons souligné que la vampirisation de l’accumulation productive par la formation du patrimoine financier – toujours croissant - des entreprises tendait asymptotiquement vers la disparition de l’investissement productif au profit du seul capital financier. Nous n’insisterons pas à nouveau sur l’absurdité d’un tel processus que la crise vient nécessairement  interrompre. En somme, la suraccumulation financière conduit à la sous-accumulation productive  avec une perte de rentabilité générale  des deux accumulations du capital car c’est le capital productif qui crée la valeur dont est soustrait le paiement des intérêts et dividendes pris sur la valeur ajouté »e.

Les vagues de privatisations d’entreprises suite en exemple avec les Small Caps....  Les IPO, OPA, OPRA se poursuivent

« Je ne vais pas revenir sur la folle séance de vendredi qui a permis aux marchés actions de s'envoler, ni sur les causes de cette envolée car vous avez pu lire et relire le résumé du sommet de Bruxelles.  la période actuelle semble propice aux OPA. (..). , la mode est également aux OPRA – c ou encore ITESOFT ont préféré rendre de l'argent à leurs actionnaires.extrait de Small caps : un semestre en demi-teinte - La Bourse au QuotidienSmall caps : un semestre en demi-teinte | La Chronique Agora entre le 2 et 5 juil. 2012 Première parution dans Small Caps Confidentiel le 02/07/2012.

 

 

La production n’étant plus capable de valoriser l’ensemble des capitaux accumulés, une partie croissante de ceux-ci conserve la forme de capital financier. Une industrie financière se constitue qui ne cesse d’affiner l’art de faire de l’argent en n’achetant et ne vendant rien d’autre que diverses formes d’argent. L’argent lui-même est la seule marchandise que l’industrie financière produit par des opérations de plus en plus hasardeuses et de moins en moins maîtrisables sur les marchés financiers. La masse de capital que l’industrie financière draine et gère dépasse de loin la masse de capital que valorise l’économie réelle (le total des actifs financiers représente 160 000 milliards de dollars, soit trois à quatre fois le PIB mondial). La « valeur » de ce capital est purement fictive : elle repose en grande partie sur l’endettement et le good will, c’est-à-dire sur des anticipations : la Bourse capitalise la croissance future, les profits futurs des entreprises, la hausse future des prix de l’immobilier, les gains que pourront dégager les restructurations, fusions, concentrations, etc. Les cours de Bourse se gonflent de capitaux et de leurs plus-values futures et les ménages se trouvent incités par les banques à acheter (entre autres) des actions et des certificats d’investissement immobilier, à accélérer ainsi la hausse des cours, à emprunter à leur banque des sommes croissantes à mesure qu’augmente leur capital fictif boursier.

 

 

Les agents économiques ne produisent plus, eux mêmes, ce dont ils ont besoin ; ils acquierent des biens et des services sur des services et des marchés.Aujourd'hui, il y a une économie d'échanges fondée sur la division du travail, au plan mondial. Cela a provoqué une forte spécialisation des économies nationales en fonction de leurs avantages respectifs ( cf voir les Théorie explicative du commerce mondial : la théorie de l'avantage absolu d'Adams Smith, l'avantage relative de David RicardoUne société fonctionnement sur l'endettement, le crédit, la consommation et la course aux profits : 

  1. L’endettement de l’Etat : Partis du modèle du capitalisme pur des livres I et II, nous sommes montés dans l’échelle des fictions pour arriver enfin à la dernière d’entre elles, celle qui garantit toutes les autres : l’endettement de l’Etat. L’endettement de l’Etat est « purement fictif » (Capital, vol. III, p. 465). C’est son existence qui donne au capital la dimension d’un rapport social et politique. Comme il n’existe pas de capitalisme sans crédit, pas de crédit sans banque centrale, pas de banque centrale sans Etat et sans endettement de l’Etat, celui-ci est le l’axe autour duquel s’organise tout le système. cf voir l’article cfLien entre capitalisme et l’endettement- Antalya la finance folle Cash investigation Le système est vulnérable,! Scandale financier à la CGC, le syndicat des cadres ,

En cas de déflation, les prix s'effondrent de manière généralisée dans tous les secteurs, mais, du moins jusqu'à présent, on n'a toujours pas constaté un tel phénomène ;.

Cependant, à long terme, on ne peut pas exclure ce risque. Depuis des décennies, la croissance économique s'appuie principalement sur un financement par le crédit ("leveraging" ou effet de levier). Mais si les ménages surendettés ne peuvent plus payer les intérêts, ils seront contraints de rembourser leurs dettes (de-leveraging). L'effet de levier se retourne, et cela peut mettre en route une spirale infernale à la baisse.

Le ralentissement se confirme pour l'économie mondiale
Depuis la semaine dernière, le flux de nouvelles ne fait que confirmer ce que nous pressentions depuis longtemps : l'économie mondiale ne parvient pas à redémarrer. 

A lire ACDEFI - Aux Commandes De l'Economie et de la Finance

L'ensemble de la dette des 18 pays représentés sur le graphe ci-dessus a augmenté de 33 000 milliards de dollars (pour un PIB mondial estimé à 70 000 milliards de dollars) soit, en moyenne, environ 20% de leur PIB – ce que la BRI a qualifié d'" insoutenable".Après une crise financière, le surendettement est l'un des principaux obstacles à la croissance et l'émission permanente de nouvelle dette aggrave la situation.

Dans son rapport annuel (83e rapport annuel, page 45), la BRI fait état de plusieurs études scientifiques qui analysent l'impact du déficit budgétaire (Deficit Spending) sur la croissance économique. Elles arrivent toutes à la même conclusion, à savoir qu'à partir d'un certain seuil de dettes publiques, tout nouvel endettement devient contre-productif, car le montant des intérêts payés empêche tout nouvel investissement.

Les exorbitants déficits budgétaires dans presque tous les pays industrialisés ne peuvent être financés que par l'impression monétaire et des achats d'obligations par les banques centrales (QE). Mais une telle politique comporte aussi un risque élevé pour tout le système financier (formation de bulles en cours) ainsi que des dangers latents d'inflation. Les investisseurs sur les marchés obligataires doivent maintenant en tirer toutes les conséquences.  Les prêts ne se dirigent plus vers les investissements productifs et d'avenir mais vers des investissements plus risqués, ce qui peut alimenter de nouvelles crises. Nous sommes parti dans une déflation qui risque de durer longtemps . cf voir le cas du japon

C’est ce cercle vicieux qui est enclenché : La zone euro est-elle proche de la déflation ?PDF]La zone euro est-elle proche de la déflation - CIC ( Google Entretien avec Serge Halimi autour de son livre "Le Grand Bond en arrière"  Serge Halimi - Le Grand Bond en Arrière [HD]Blog / "Le Grand Bond en arrière"Le prix du reniement" : "Flamme bourgeoise, cendre prolétarienne" : La crise dans les années 30...,  de celle ayant touché l'Argentine CADTM - Eric Toussaint : « Europe soumise à une thérapie de choc comme l'Amérique latine dans les an  et de "la crise" japonaise et 30 ans de déflation qui n'est pas fini Japon: consommation en baisse et déflation persistante, freins à la reprise

Espagne : après la peur, la colère  : ( ....)

Concernant ton devoir que tu m'as présenté ce soir sur le socle commun, l'uniformisation de l'éducation et l'égalité des connaissances dans la vie La dette étudiante, une bombe à retardement, par Christopher ... : le monde diplomatique  L’accroissement spectaculaire de leur dette relève d’une combinaison de plusieurs facteurs

 

Les USA et le Japon sont moins dépendants que l'Union Européenne. Plus un pays dépend de ses exportations, plus ils est fragile.cf La France : Les inactifs et le ratio de dépendance : "L’augmentation du nombre des inactifs accroît chaque jour le fardeau pesant sur les travailleurs français. Conséquences : la croissance est molle, le pouvoir d’achat stagne, les retraites sont incertaines… Pourtant, la solution est limpide et irréfutable : il suffit de s'assurer que suffisamment de personnes travaillent, et travaillent suffisamment longtemps" de Pierre Chaigneau : " Economiste français, Pierre Chaigneau est diplômé de HEC Paris, de l'EHESS, et a obtenu son doctorat à la London School of Economics. Il est actuellement Président d'Eclairages Economiques, et Professeur Adjoint à HEC Montréal." Une vision très libéral de l'économie.émissions liées : Ça vous dérange : Faut-il plafonner les salaires? par Thomas Chauvineau | le 11/07/2011publications : Le pouvoir des petits actionnaires : Les dysfonctionnements financiers ( extrait doc PDF- de Pierre Chaigneau label : Editions broché parution : 2003

Après l'optimisme du début d'année, l'opinion des marchés financiers sur les perspectives de l'économie mondiale est devenue plus méfiante -- cela malgré les prévisions extrêmement bonnes de nombreux experts. Aux Etats-Unis, la croissance de l'emploi est largement surestimée. En Chine, les problèmes de surendettement . Dans la Zone euro, le danger de la déflation menace toujours. Au Japon, l'indice Nikkei a déjà perdu 14% depuis le début de l'année. Et dans les pays émergents qui, ces dernières années, ont été parmi les moteurs de l'économie mondiale, la crise actuelle de la monnaie est accentuée par les problèmes intérieurs.

Voyons cela plus en profondeur...

Argentine
La présidente Cristina Fernández de Kirchner et ses ministres blâment les "vautours étrangers" qui seraient à l'origine de troubles économiques comme ces coupures d'électricité à Buenos Aires et de la disparition des marchandises sur les étagères des supermarchés (source : ).
Au Rio de la Plata, le dollar US est passé, en six mois, de cinq pesos à huit actuellement, et sur le marché noir on a même atteint 13 pesos pour un dollar.

Brésil
Depuis le début de l'année, les investisseurs étrangers ont retiré d'énormes capitaux de la bourse de São Paulo. Les manifestations contre la Coupe du monde de football et les gigantesques dépenses qu'elle entraîne ne se calment pas. Les taux d'intérêt ont été augmentés à sept reprises pour atteindre actuellement 10,5%.

Afrique du Sud
Elle connaît les mêmes problèmes. Le rand est déjà sous pression depuis un an, mais plus particulièrement depuis début 2014. Les grèves paralysent l'économie, comme actuellement celle dans les mines de platine où les ouvriers demandent le triplement de leur salaire. Les pannes de courant continuelles freinent la croissance.

Turquie
La banque centrale a relevé ses taux d'intérêt de 4,5% à 10% et tente d'arrêter la dévaluation de la livre turque. De grandes manifestations se répètent à un rythme pratiquement journalier. Le drame syrien pèse lourdement sur l'économie du pays.

Inde
Le pays prévoit des élections en mai qui amèneront probablement un changement de gouvernement. Il faut 62 roupies pour acheter un dollar -- contre 54 il y a un an. Les prix à la consommation ont augmenté de 10% par rapport à l'année précédente.Pour réduire le déficit du compte courant, le gouvernement avait décidé une augmentation importante des taxes à l'importation sur l'or, mais cette mesure n'a réussi qu'à générer une augmentation spectaculaire de la contrebande.

Thaïlande
Le dollar US est devenu plus cher, passant de 29 à 33 bahts. La crise politique dure depuis trois mois avec des manifestations continuelles des opposants au gouvernement. Depuis le début des manifestations fin octobre 2013, les investisseurs étrangers ont retiré plus de trois milliards de dollars (source : Farang), ce qui a mis à mal les marchés financiers de Bangkok.

La conséquence de ces importantes manifestations sera un ralentissement de la croissance de l'économie thaïlandaise. Le ministère des Finances prévoit une augmentation de seulement 3,1% en 2014, contre 5,4% pour l'Indonésie, 5% pour la Malaisie et 6,4% pour les Philippines.

 

 

Partie 1 :

 

 

En réalité une foule d’indices convergents suggèrent que ce dépassement est déjà amorcé et que les chances d’une sortie civilisée du capitalisme dépendent avant tout de notre capacité à distinguer les tendances et les pratiques qui en annoncent la possibilité.

 

2. Le capitalisme doit son expansion et sa domination au pouvoir qu’il a pris en l’espace d’un siècle sur la production et la consommation à la fois. En dépossédant d’abord les ouvriers de leurs moyens de travail et de leurs produits, il s’est assuré progressivement le monopole des moyens de production et la possibilité de subsumer le travail. En spécialisant, divisant et mécanisant le travail dans de grandes installations, il a fait des travailleurs les appendices des mégamachines du capital. Toute appropriation des moyens de production par les producteurs en devenait impossible. En éliminant le pouvoir de ceux-ci sur la nature et la destination des produits, il a assuré au capital le quasi-monopole de l’offre, donc le pouvoir de privilégier dans tous les domaines les productions et les consommations les plus rentables, ainsi que le pouvoir de façonner les goûts et désirs des consommateurs, la manière dont ils allaient satisfaire leurs besoins. C’est ce pouvoir que la révolution informationnelle commence de fissurer.cf Andre Gorz, restructuration du capitalisme 

 

 

 

Pour éviter que cette réduction des coûts entraîne une baisse correspondante du prix des marchandises, il fallait, dans toute la mesure du possible, soustraire celles-ci aux lois du marché. Jeux vidéo : les nouveaux...

 

 

Il y a de grandes chances que non... Parce qu'à cette époque, vous aviez un "modem 56k". Derrière ce terme se cachait en fait la capacité de bande passante offerte par votre FAI, votre fournisseur d'accès à internet. A savoir 56Kbits/s.

 

Cette soustraction consiste à conférer aux marchandises des qualités incomparables grâce auxquelles

elles paraissent sans équivalent et cessent par conséquent d’apparaître comme de simples marchandises.

La valeur commerciale (le prix) des produits devait donc dépendre davantage de leurs qualités immatérielles non mesurables que de leur utilité (valeur d’usage) substantielle. Ces qualités immatérielles – le style, la nouveauté le prestige de la marque, le rareté ou « exclusivité » – devaient conférer aux produits un statut comparable à celui des oeuvres d’art : celles-ci ont une valeur intrinsèque, il n’existe aucun étalon permettant d’établir entre elles un rapport d’équivalence ou « juste prix ». Ce ne sont donc pas de vraies marchandises. Leur prix dépend

de leur rareté, de la réputation du créateur, du désir de l’acheteur éventuel.

 

 Les qualités immaté - rielles incomparables procurent à la firme productrice l’équivalent d’un monopole et la possibilité de s’assurer une rente de nouveauté, de rareté, d’exclusivité. Cette rente masque, compense et souvent surcompense la diminution de la valeur au sens économique que la baisse des coûts de production entraîne pour les produits en tant que marchandises par essence échangeable entre elles selon leur rapport d’équivalence. Du point de vue économique, l’innovation ne crée donc pas de valeur ; elle est le moyen de créer de la rareté, source de rente, et d’obtenir un surprix au détriment des produits concurrents. La part de la rente dans le prix d’une marchandise peut être dix, vingt ou cinquante fois plus grand que son coût de revient, et cela ne vaut pas seulement pour les articles de luxe ; cela vaut aussi bien pour des articles d’usage courant comme les baskets, T-shirts, portables, disques, jeans, etc.

 

Or la rente n’est pas de même nature que le profit : elle ne correspond pas à la création d’un surcroît de valeur, d’une plus-value. Elle redistribue la masse totale de le valeur au profit des entreprises rentières et aux dépends des autres ; elle n’augmente pas cette masse 1.

 

Lorsque l’accroissement de la rente devient le but déterminant de la politique des firmes – plus important que le profit qui, lui, se heurte à la limite interne indiquée plus haut – la concurrence entre les firmes porte avant tout sur leur capacité et rapidité d’innovation. C’est d’elle que dépend avant tout la grandeur de leur rente. Elles cherchent donc a se surpasser dans le lancement de nouveaux produits ou modèles ou styles, par l’originalité du design, par l’inventivité de leurs campagnes de marketing, par la « personnalisation » des produits.

 

L’accélération de l’obsolescence, qui va de pair avec la diminution de la durabilité des produits et de la possibilité de les réparer, devient le moyen décisif d’augmenter le volume des ventes. Elle oblige les

firmes à inventer continuellement des besoins et des désirs nouveaux, à conférer aux marchandises une valeur symbolique, sociale, érotique, à diffuser une « culture de la consommation » qui mise sur l’individualisation, la singularisation, la rivalité, la jalousie, bref sur ce que j’ai appelé ailleurs la « socialisation antisociale ».

 

Tout s’oppose dans ce système à l’autonomie des individus ; à leur capacité de réfléchir ensemble à leurs fins communes et à leurs besoins communs ; de se concerter sur la meilleure manière d’éliminer les gaspillages, d’économiser les ressources, d’élaborer ensemble, en tant que producteurs et consommateurs, une norme commune du suffisant – de ce que Jacques Delors appelait une « abondance frugale ». De toute évidence, la rupture avec la

 

1 La valeur travail est une idée d’Adam Smith qui voyait dans le travail la substance commune de toutes les marchandises et pensait que celles-ci s’échangeaient en proportion de la quantité de travail qu’elles contenaient. La valeur travail n’a rien à voir avec ce qu’on entend par là aujourd’hui et qui (chez Dominique Méda entre autres) devrait être désigné comme travail valeur (valeur morale, sociale, idéologique etc.).

 

Partie 2 :

Marx a affiné et retravaillé la théorie d’Adam Smith. En simplifiant à l’extrême, on peut résumer la notion économique de valeur en disant : une entreprise crée de la valeur dans la mesure où elle produit une marchandise vendable avec du travail pour la rémunération duquel elle met en circulation (crée, distribue,) du pouvoir d’achat. Si son activité n’augmente pas la quantité d’argent en circulation elle ne crée pas de valeur. Si son activité détruit de l’emploi elle détruit de la valeur. La rente de monopole consomme de la valeur créée par ailleurs et se l’approprie. Les services à la personne ne créent pas de valeur mais en redistribuent. tendance au « produire plus, consommer plus » et la redéfinition autonome d’un modèle de vie visant à faire plus et mieux avec moins, suppose la rupture avec une civilisation où on ne produit rien de ce qu’on consomme et ne consomme rien de ce qu’on produit ; où producteurs et consommateurs sont séparés et où chacun s’oppose à lui-même en tant qu’il est toujours l’un et l’autre à la fois ; où tous les besoins et tous les désirs sont rabattus sur le besoin de gagner de l’argent et le désir de gagner plus ; où la possibilité de l’autoproduction pour l’autoconsommation semble hors de portée et ridiculement archaïque – à tort.

 

Et pourtant, la « dictature sur les besoins » perd de sa force. L’emprise que les firmes exercent sur les consommateurs devient plus fragile en dépit de l’explosion des dépenses pour le marketing et la publicité. La tendance à l’autoproduction regagne du terrain en raison du poids croissant qu’ont les contenus immatériels dans la nature des marchandises. Le monopole de l’offre échappe petit à petit au capital.

 

Il n’est pas difficile de privatiser et de monopoliser des contenus immatériels aussi longtemps que connaissances, idées, concepts mis en oeuvre dans la production et dans la conception des marchandises étaient définis en fonction de machines et d’articles dans lesquels ils étaient incorporés en vue d’un usage précis. Machines et articles pouvaient être brevetés et la position de monopole protégée. La propriété privée de connaissances et de concepts était rendue possible par le fait qu’ils étaient inséparables des objets qui les matérialisaient. Ils étaient une composante du capital fixe.

 

Mais tout change quand les contenus immatériels ne sont plus inséparables des produits qui les contiennent ni même des personnes qui les détiennent ; quand ils accèdent a une existence indépendante de toute utilisation particulière et qu’ils sont susceptibles, traduits en logiciels, d’être reproduits en quantités illimitées pour un coût infime. Ils peuvent alors devenir un bien abondant qui, par sa disponibilité illimitée, perd toute valeur d’échange et tombe dans le domaine public comme bien commun gratuit – à moins qu’on ne réussisse à l’en empêcher en en interdisant l’accès et l’usage illimités auxquels il se prête.

 

Le problème auquel se heurte « l’économie de la connaissance » provient du fait que la dimension immatérielle dont dépend le rentabilité des marchandises n’est pas, à l’âge de l’informatique, de la même nature que ces dernières : elle n’est la propriété privée ni des entreprises ni des collaborateurs de celles-ci ; elle n’est pas, de par sa nature privatisable, et ne peut, par conséquent, devenir une vraie marchandise. Elle peut seulement être déguisée en propriété privée et marchandise en réservant son usage exclusif par des artifices juridiques ou techniques (codes d’accès secrets). Ce déguisement ne change cependant rien à la réalité de bien commun du bien ainsi déguisé : il reste une non-marchandise non vendable dont l’accès et l’usage libres sont interdits parce qu’ils demeurent toujours possibles, parce que le guettent les « copies illicites », les « imitations », les usages interdits. Le soi-disant propriétaire lui-même ne peut les vendre c’est-à-dire en transférer la propriété privée à un autre, comme il le ferait pour une vraie marchandise ; il ne peut vendre qu’un droit d’accès ou d’usage « sous licence ».

 

 La décroissance : consommer moins, consommer mieux, consommer intelligent
La simplicité volontaire est le premier pas vers la décroissance : vous ne consommez que ce dont vous avez besoin. Ça a du bon : quand on consomme moins, on fait des économies et on peut dès lors envisager d'investir son argent de façon utile.

L’économie de la connaissance se donne ainsi pour base une richesse ayant vocation d’être un bien commun, et les brevets et copyrights censés le privatiser n’y changent rien ; l’aire de la gratuité s’étend irrésistiblement. L’informatique et internet minent le règne de la marchandise à sa base. Tout ce qui est traduisible en langage numérique et reproductible, communicable sans frais, tend irrésistiblement à devenir un bien commun, voire un bien commun universel quand il est accessible à tous et utilisable par tous. N’importe qui peut reproduire avec son ordinateur des contenus immatériels comme le design, les plans de construction ou de montage, les formules et équations chimiques ; inventer ses propres styles et formes ; imprimer des textes, graver des disques, reproduire des tableaux. Plus de deux cents millions de références sont actuellement accessibles sous licence « créative commons ». Au Brésil, où l’industrie du disque commercialise quinze nouveaux CD par an, les jeunes des favelas en gravent quatre-vingt par semaine et les diffusent dans la rue. Les trois quarts des ordinateurs produits en 2004 étaient autoproduits dans les favelas avec les composants de matériels mis au rebut. Le gouvernement soutient les coopératives et groupements informels d’autoproduction pour l’autoapprovisionnement.

 

Claudio Prado, qui dirige le département de la culture numérique au ministère de la Culture du Brésil, disait récemment : « L’emploi est une espèce en voie d’extinction… Nous comptons sauter cette phase merdique du XXe siècle pour passer directement du XIXe au XXIe. » L’autoproduction des ordinateurs par exemple a été officiellement soutenue : il s’agit de favoriser « l’appropriation des technologies par les usagers dans un but de transformation sociale ». La prochaine étape sera logiquement l’autoproduction de moyens de production.

 

J’y reviendrai encore.

Ce qui importe pour le moment, c’est que la principale force productive et la principale source de rentes tombent progressivement dans le domaine public et tendent vers la gratuité ; que la propriété privée des moyens de production et donc le monopole de l’offre deviennent progressivement impossibles ; que par conséquent l’emprise du capital sur la consommation se relâche et que celle-ci peut tendre à s’émanciper de l’offre marchande. Il s’agit là d’une rupture qui mine le capitalisme à sa base. La lutte engagée entre les « logiciels

propriétaires » et les « logiciels libres » (libre, « free » est aussi l’équivalent anglais de « gratuit ») a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.

 

 

 

 

Cette sortie implique nécessairement que nous nous émancipions de l’emprise qu’exerce le capital sur la consommation et de son monopole des moyens de production. Elle signifie l’unité rétablie du sujet de la production et du sujet de la consommation et donc l’autonomie retrouvée dans la définition de nos besoins et de leur mode de satisfaction.

 

L’obstacle insurmontable que le capitalisme avait dressé sur cette voie était la nature même des moyens de production qu’il avait mis en place : ils constituait une mégamachine dont tous étaient les serviteurs et qui nous dictait les fins à poursuivre et la vie a mener. Cette période tire à sa fin. Les moyens d’autoproduction high-tech rendent la mégamachine industrielle virtuellement obsolète. Claudio Prado invoque « l’appropriation des technologies » parce que la clé commune de toutes, l’informatique, est appropriable par tous. Parce que, comme le demandait Ivan Illich, « chacun peut l’utiliser sans difficulté aussi souvent ou aussi rarement qu’il le désire […] sans que l’usage qu’il en fait empiète sur le liberté d’autrui d’en faire autant » ; et parce que cet usage (il s’agit de la définition illichienne des outils conviviaux) « stimule l’accomplissement personnel » et élargit l’autonomie de tous. La définition que Pekka Himanen donne de l’Éthique hacker 1 est très voisine : un mode de vie qui met au premier rang « les joies de l’amitié, de l’amour, de la libre coopération et de la créativité personnelle ».

 

Les outils high-tech existants ou en cours de développement, généralement comparables à des périphériques d’ordinateur, pointent vers un avenir où pratiquement tout le nécessaire et le désirable pourra être produit dans des ateliers coopératifs ou communaux ; où les activités de production pourront être combinées avec l’apprentissage et l’enseignement, avec l’expérimentation et la recherche, avec la création de nouveaux goûts, parfums et matériaux, avec l’invention de nouvelles formes et techniques d’agriculture, de construction, de médecine, etc. Les ateliers communaux d’autoproduction seront interconnectés à l’échelle du globe, pourront échanger ou mettre en commun leurs expériences, inventions, idées, découvertes. Le travail sera producteur de culture, l’autoproduction un mode d’épanouissement.Deux circonstances plaident en faveur de ce type de développement. La première est qu’il existe beaucoup plus de compétences, de talents et de créativité que l’économie capitaliste n’en peut utiliser. Cet excédent de ressources humaines ne peut devenir productif que dans une économie où la création de richesses n’est pas soumise aux critères de rentabilité. La seconde est que « l’emploi est une espèce en voie d’extinction ».

 

Je ne dis pas que ces transformations radicales se réaliseront. Je dis seulement que, pour la première fois, nous pouvons vouloir qu’elles se réalisent. Les moyens en existent ainsi que les gens qui s’y emploient méthodiquement. Il est probable que ce seront des Sud- Américains ou des Sud-Africains qui, les premiers, recréeront dans les banlieues déshéritées des villes européennes les ateliers d’autoproduction de leur favela ou de leur township d’origine.

André Gorz

 

NDLR : Ce texte qu’André Gorz a terminé d’écrire le 17/09/2007 est une version revue et approfondie de celui écritpour le manifeste d’Utopia. Rebaptisé pour notre dossier Le travail dans la sortie du capitalisme il a depuis été publié dans son livre posthume Écologica sous le titre La sortie du capitalisme a déjà commencé.

1 Pekka Himanen, L’Éthique hacker et l’esprit de l’ère de l’information, tr. fr. C. Leblanc, Paris, Exils, 2001.

 

Ou encore très intéressant :

 

 

« La capitalisation des anticipations de profit et de croissance entretien l’endettement croissant, alimente l’économie en liquidités dues au recyclage bancaire de plus-value fictives, et permet aux États-Unis une « croissance économique » qui, fondée sur l’endettement intérieur et extérieur, est de loin le moteur principal de la croissance mondiale (y compris de la croissance chinoise). L’économie réelle devient un appendice des bulles spéculatives entretenues par l’industrie financière. Jusqu’au moment, inévitable, où les bulles éclatent, entraînent les banques dans des faillites en chaîne, menaçant le système mondial de crédit d’effondrement, l’économie

réelle d’une dépression sévère et prolongée (la dépression japonaise dure depuis bientôt quinze

ans).

 la sphère  d'influence d'un pays  ( cf voir sur google) : Le pays lui même et les pays " amis" qui le suivent dans son sillage. Cf voir/ lire : contre chavez :article du journal libertario par Flores Magon, mardi 21 août 2012, mis sur mon blog intitulé " Chavisme et anarchisme aujourd’hui ". , Un oeil sur la planète - Venezuela : Chavez viva la ... - YouTube

 L’énième sommet européen vient de se terminer révélant d’avantage : L'industrie de la finance n'est plus une perversion du système, elle est le système, Comprendre le capitalisme japonais -La situation est désespérée ! - Saltabank, Est ce la crise de la finance, de la dette ou du capitalisme? - Altermonde, L’interview de Mario Draghi - Alterfinance, L’interview de Mario Draghi - l'indigné, Crise du capitalisme : Karl Marx avait raison! : Et si Karl Marx avait raison ? : citoyen actif, 17 régions autonomes d' Espagne en dangers : citizen khane

06/04/2014

CasaPound, sous la carapace du nouveau fascisme italien

 

1.       Flores Magon

La liberté individuelle, non privilégiée mais humaine, les capacités réelles des individus ne pourront recevoir leur plein développement qu'en pleine égalité.
Bakounine

Mais l’instinct n’est pas une arme suffisante pour survivre contre les machinations réactionnaires des classes privilégiées. L’instinct abandonné à lui-même, et tant qu’il ne s’est pas encore transformé en conscience réfléchie, en une pensée clairement déterminée, se laisse facilement désorienter, fausser et tromper.
Mais il lui est impossible de s’élever à cette conscience de lui-même, sans l’aide de l’instruction. »
Michel Bakounine

 
 

 

CasaPound, sous la carapace du nouveau fascisme italien.

Au centre de Rome, les militants du mouvement CasaPound cherchent à réinventer l'extrême droite en s'appropriant des figures d'extrême gauche. Bienvenue chez des « fascistes du troisième millénaire ». Un webdocumentaire illustré.

Une maison brune au cœur de Rome. Un drapeau rouge frappé d’une tortue flotte à son sommet. Nous sommes devant l’antre de CasaPound, celle des « fascistes du troisième millénaire », comme se définissent les partisans de ce mouvement politique et social protéiforme. Il s'est constitué en décembre 2003, lors de l'occupation d'un immeuble abandonné dans le quartier de l'Esquilin pour protester contre la crise du logement à Rome. Depuis dix ans, le bâtiment est l’épicentre de la jeunesse radicale nationaliste.

Ici, la figure du Che côtoie celle du Duce. On ratisse large, de l’extrême droite à l’extrême gauche, créant un fourre-tout idéologique qui attire nombre de jeunes confus et de militants aguerris. Le mouvement est tentaculaire. Avec plus de 4 000 membres et 40 sections à travers l’Italie, son influence s’étend du Nord au Sud. Happenings, manifestations, concerts : CasaPound s’approprie les rues romaines. Les mouvements identitaires accourent de toute l’Europe pour découvrir ce qui leur semble être un modèle d’inspiration unique et prospère. A l’heure où l’Italie traverse une de ses plus graves crises politiques, certains se remémorent avec nostalgie le Ventennio, la double décennie du fascisme mussolinien

Bachar : Le Lion des fascistes

 

L’injonction est claire, le propos martelé est univoque : « Il faut soutenir la famille Assad en Syrie. Empêcher toute intervention occidentale venant en aide aux rebelles. Non à l’expansion du fondamentalisme islamique au Proche-Orient ! ». L’atmosphère est lourde dans la salle de conférence. La cinquantaine de chaises est occupée par les plus âgés. Les jeunes militants de CasaPound leur ont laissé la place, marque de respect intergénérationnelle. Eux sont debout formant une haie compacte, torses bombés et dos au mur. Aux angles de la pièce, des membres de la communauté syrienne d’Italie tendent le drapeau du pays devenu symbole du régime. La table des intervenants est ensevelie par une banderole à l’effigie de Bachar al-Assad, qui se décroche régulièrement et glisse dans la poussière. A plusieurs reprises au cours de la conférence, les militants tenteront de la fixer à la nappe, sans grand succès. Le témoignage du général Tlass - Citizen Khane

 

Des soutiens univoques

Au micro, les soutiens indéfectibles au « lion de Damas » se succèdent sans voix discordantes. Jamal Abo Abbas, petit homme discret et président de la communauté syrienne d’Italie, Souab Sbai, journaliste marocaine marquée à droite et Ouday Ramadan, porte-parole du comité Italie-Syrie, staliniste auto-proclamé que l’on retrouve sur Internet, kalachnikov au poing en mission humanitaire dans les rues de Damas. CasaPound n’aime pas la contradiction mais apprécie l’esthétique révolutionnaire en pose, peu importe sa couleur politique. Chez Ouday Ramadan, le verbe est puissant et les effets d’annonce minutieusement calculés pour produire des salves d’applaudissements. « Les Saoudiens veulent nous faire la leçon, alors que leurs femmes rêvent de pouvoir un jour conduire une voiture », clame-t-il, dans un élan de démagogie.

L’ennemi du discours est « americano-sioniste » parfois wahhabite (courant fondamentaliste sunnite très présent en Arabie saoudite). On accuse l’Alliance atlantique (OTAN) et les pays du Golfe de soutenir et d’armer les djihadistes qui veulent renverser un gouvernement jugé légitime. « Cet impérialisme menace la souveraineté nationale syrienne et la stabilité du pays », affirme Adriano Scianca, responsable culturel de CasaPound. Son mouvement défend le régime pour trois raisons, estime-t-il : « Parce que Bachar al-Assad est le dirigeant élu d’un Etat souverain, dont le sort ne doit pas être décidé par une poignée de terroristes d’Al-Qaida payés par les puissances occidentales et les Emirats de la région. Parce qu’il représente le parti Baas qui est modernisateur, laïque, tolérant envers les autres religions et hostile à l’intégrisme. Parce que la Syrie est aujourd'hui victime d'un plan criminel. La défendre est un devoir moral, plus que politique, lorsque les armées du bien ont déjà fait trop de mal. »

 

Une internationale des extrêmes droites

A côté des intervenants, Giovanni Feola écoute en silence, les bras croisés. Il est l’un des représentants italiens du Front solidaire européen pour la Syrie (ESFS). Ce mouvement, né au début de l’année 2013, a pour objectif d’organiser des protestations internationales contre l’intervention en Syrie. Présent dans une vingtaine de pays, l’organisation se définit comme « apolitique, sans affiliation à un mouvement, parti ou groupe d’aucune sorte ». Pourtant, ses rangs comptent de nombreux militants d’extrême droite et l’organisation elle-même est une émanation de CasaPound. En juin 2013, Giovanni Feola a été le candidat du mouvement pour les municipales de la VIIe circonscription romaine.

C’est d’ailleurs sous la bienveillance de CasaPound que la première grande manifestation de l’organisation ESFS a pu voir le jour à Rome, le 15 juin 2013. Des militants des droites radicales turques, tchèques, hollandaises, roumaines, finlandaises et suédoises y ont participé, avec la présence notamment de l’association de défense identitaire, Solidarité-Identités, et du Mouvement social républicain espagnol. Si le Front national et le GUD (Groupe Union Défense, principal mouvement d'extrême droite des étudiants français) n’étaient pas officiellement présents, plusieurs de leurs membres ont fait le déplacement ce jour là, afin d’acclamer Bachar Al-Assad, le Lion des fascistes. Celui qui, pour cette coalition des droites internationales, incarne le dernier rempart à l’islamisme.

 

Gianluca Iannone, le gourou

 

Gianluca Iannone est la tête et les bras du mouvement. Il est le Duce. Un leader charismatique multitâches : fondateur de CasaPound, président de l’association, directeur de leur publication Occidentale et chanteur de ZetaZeroAlfa. Selon la légende, il aurait donné naissance au mouvement en échangeant quelques idées avec des amis au coin d’une table du pub le Cutty Sark. CasaPound ne peut se penser sans son démiurge. Aujourd’hui, il se consacre entièrement au fonctionnement et à l’expansion du mouvement. On le dit affable et effrayant à la fois. Très à l’aise avec les stratégies de communication, il en verrouille les canaux pour ses militants qui ont ordre de ne pas répondre aux « chacals de journalistes », soucieux d’éviter que ses protégés ne fourvoient publiquement le mouvement.

CasaPound, entre hégémonie et résistance

« Vous êtes phénoménaux ! Nous allons leur montrer combien nous pesons sur cette ville, cette région et même ce pays. Nous sommes la forêt de Sherwood. Gardez bien ça en tête. Le sheriff de Nottingham et ses alliés (ndlr. le doigt pointe vers les photos de politiciens italiens dont Mario Monti, chef du gouvernement jusqu’en avril 2013) nous allons les mettre dehors. La garde haute, avançons lentement et inexorablement ! » Les veines du cou sont gonflées et la voix caverneuse lorsque Gianluca Iannone s’adresse à ses supporteurs massés par centaines sous les drapeaux de CasaPound. En cette belle soirée de novembre 2012 sur la Piazza Mazzini, les fumigènes rouges escortent le défilé.

L’ennemi est, comme toujours, clairement désigné. « Fais les pleurer, vote CasaPound », somme une banderole géante sur laquelle figure Mario Monti, Elsa Fornero sa ministre du travail et Pier Luigi Bersani, le secrétaire du Parti démocrate, le centre-gauche italien. La foule scande « Monti vatene ! » - Monti va t’en ! Le propos est clair mais les affiches qui parsèment les rues que le cortège traverse sont encore plus précises. On y voit un politicien la tête détachée et le cou truffé de billets de banque. « Coupons les têtes des dirigeants corrompus. Pour notre terre », indique le placard. Une rhétorique de la décapitation que l’on retrouve sur plusieurs tracts, usant parfois de la mythologie. Le célèbre Persée du sculpteur Benvenuto Cellini qui tient au bout de son bras la tête tranchée de la Méduse appelle à venir lutter « contre le gouvernement des banquiers ».

Mario Monti l’usurier

Alors que la crise de la dette publique est au plus haut en novembre 2011, Giorgio Napolitano, chef de l’Etat italien, nomme Mario Monti à la tête d’un gouvernement technique pour remplacer Silvio Berlusconi, démissionnaire. Celui que l’on appelle alors « le professeur », devient rapidement l’ennemi désigné de CasaPound, car représentant italien d’une « Europe des banques » et égérie d’un « gouvernement Goldman » tissant son réseau d’influence parmi les leaders du vieux continent. Comme Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne ou Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mario Monti est aussi un ancien cadre de la banque d’affaires Goldman Sachs, régulièrement citée parmi les responsables des récentes crises économiques, celle des subprimes de 2008 et celle de la dette publiques grecque de 2010. Les plans de rigueur drastiques lancés par son gouvernement, effritent son image auprès de la population italienne. Si bien qu’à l’issue de son mandat en avril 2013, le gouvernement Monti est devenu l'incarnation de l’Europe de l’austérité. L’ardoise laissée est sans équivoque. Le déficit budgétaire italien atteint 2,9 % du produit intérieur brut en 2013 au lieu du 1,8 % attendu et la dette doit être augmentée de 40 milliards d'euros, afin d’assurer le remboursement de dettes commerciales contractées auprès d’entreprises privées. Du pain béni pour CasaPound qui voit ses attaques contre l’inefficacité du gouvernement Monti confirmées.

Pour CasaPound, la société italienne idéale verrait ses banques nationalisées et les usuriers d’Equitalia (l'agence publique de recouvrement des impayés fiscaux) boutés hors du pays. Le droit à la propriété pour tous est la lutte de front que mène le mouvement depuis ses débuts. Celui-ci explique aussi l'emprunt du nom du poète américain fasciste, Ezra Pound, par ses travaux contre ce qu’il appelait « l’usurocratie ». Le mouvement propose notamment une mutuelle sociale inspirée du Manifeste de Vérone, programme économique et social du parti fasciste, édicté en 1943. Elle permettrait aux familles italiennes d’acquérir une propriété construite sur des terrains étatisés, pour une somme inférieure à 80 000 euros, dont les crédits n’excéderaient pas un cinquième des revenus familiaux. Ses vœux, CasaPound les formule dans une multitude de projets sociaux, politiques ou événementiels.

 

Pour que les peuples restent chez eux

Des actions publiques assoient sa popularité. En avril 2009, au lendemain du tremblement de terre de l’Aquila qui fit plus de 300 morts et des milliers de blessés dans le centre de l’Italie, CasaPound, via son association de protection civile La Salamandra, fut parmi les premiers à porter secours aux victimes, en distribuant aide et vivres. Le mouvement s’est spécialisé dans les actions solidaires, souvent à l’étranger. Ses membres accompagnent les luttes identitaires du peuple Karen en Birmanie, des communautés Boers (colons blancs d’Afrique du Sud) ou viennent à la rescousse des orphelins de Nairobi au Kenya. Des expéditions organisées en collaboration avec Solidarité-Identités (SOLID), une association française dont l’objectif est de préserver « la diversité du monde et la pluralité de ses représentations (…) pour que celui-ci ne se transforme pas en une immense tour de Babel et que les peuples puissent collaborer et rester indépendants chez eux ». Internationale des extrême droites : Sébastien Manificat président de SOLID, Français d’origine, vit à CasaPound, dont il est le responsable des relations extérieures. Un mouvement qui tente par ses voyages humanitaires de se défaire de l’étiquette raciste qui lui colle à la peau.

Deux vendeurs sénégalais abattus en plein jour dans un marché de Florence. Trois autres blessés par balles. Ce 13 décembre 2011, Gianluca Casseri avait tiré pour tuer, avant de retourner l’arme contre lui. Au lendemain du crime, Casseri est identifié par les médias comme un proche de CasaPound. Gianluca Iannone multiplie alors les passages télévisés pour se distancier d’un Casseri qu’il assure fou et sans réelle proximité avec le mouvement. Pourtant une traque organisée par des antifascistes sur les réseaux sociaux a permis de révéler des photos de Casseri présent à de nombreuses manifestations et des liens d’amitié avec plusieurs dignitaires du mouvement. Sur l’Ideodromo, un des sites de CasaPound, laboratoire de leurs projets, pas moins de cinq articles publiés par Casseri ont été retirés le jour du drame. CasaPoud ne veut pas d’infréquentables dans ses rangs. Ce qui ne l’empêche pas de tisser d’importants réseaux avec des représentants de l’extrême droite identitaire européenne, à l’instar d’Alain Soral, fondateur de l’association politique Egalité et réconciliation et visiteur récent du 8 rue Napoléon III. Pour cet ancien communiste passé au Front National et désormais non affilié, CasaPound est « un exemple d’avant-garde nationaliste contraire à l’extrême droite française réactionnaire et ringarde ». Selon Alain Soral, « faire en France ce que fait CasaPound en Italie est impossible. Là-bas, on les laisse un peu exister. En France, si on faisait de la réquisition de locaux, on subirait une violence immédiate à cause de la toute puissance du gauchisme talmudo-trotskiste. »

 

Actions publiques et activités non conformes

L’existence de CasaPound et les occupations d’immeubles sont effectivement tolérées par le gouvernement italien. « Berlusconi les a laissé exister par respect pour cette jeunesse combattante qu’il sait être le meilleur de l’Italie, l’incarnation de la grandeur romaine », estime Alain Soral dans une vidéo datant de décembre 2011. Cette indulgence a permis au mouvement d’accroître considérablement ses activités et de gonfler ses rangs. Aujourd’hui le mouvement compte des clubs de sport pour le football, le hockey, le waterpolo, le parachutisme, la plongée, l’escalade, la boxe mais aussi un club de moto, un groupe écologiste contre la vivisection, une troupe de théâtre « non conforme », des librairies, une galerie d’art pour des expositions futuristes, un cinéclub qui organise des festivals de courts-métrages et un courant artistique, le turbodynamisme.

Le mouvement organise des actions répétées dans l’espace public, coordonnées dans plusieurs villes d’Italie « pour forcer les médias à détourner momentanément leur regard des bavardages soporifiques de la classe parlementaire », comme le signale une de leurs brochures. Des dizaines de mannequins pendus pour représenter « les familles italiennes étouffées par les ventes immobilière du patrimoine public » ; des statues encapuchonnées pour les protéger de la vision des « morts blanches », liées au travail et « ignorées par l’Etat » ; les fontaines de quarante cités italiennes remplies de centaines de bouteilles contenant des SOS pour les employés licenciés en 2008 par Alitalia (compagnie aérienne nationale) ; ou encore leur « farce à Paris » le 1er avril 2011, lorsqu’ils ont teint la fontaine du Trocadéro en noir pétrole et laissé dériver des canots pneumatiques avec des photos de réfugiés tunisiens et ce message : « Vos dirigeants ont voulu le gaz et le pétrole libyens. Vous aurez aussi les flots d’immigrés ». Plus récemment, CasaPound a multiplié les hommages à Dominique Venner, essayiste français d’extrême droite, nationaliste-racialiste, qui s’est suicidé le 21 mai 2013 devant l’autel de Notre-Dame de Paris. « Honneur à ce samouraï d’Occident » était-il inscrit, quelques jours plus tard, sur des dizaines de banderoles aux quatre coins de l’Italie.

 

 

 

Une expérience de vie totale

Si ces actions revêtent un aspect happening pour attirer les grands médias, CasaPound s’embarrasse de moins en moins des journalistes, puisqu’il a son propre réseau médiatique. Une radio, Bandiera Nera, qui diffuse jusqu’en France et en Espagne ; Tortuga, une WebTV ; Fare Quadrato, un trimestriel pour les étudiants et Occidentale, la revue incontournable « pour nourrir ton cerveau et ton âme (…) de critiques radicales, d’analyses non conformes, de pensées sans patron ». L’encart précise : « Si tu aimes le journalisme crapuleux et la culture frauduleuse, si tu désires être adulé, rassuré courtisé, dorloté et si tu t’extasies devant La Repubblica, Il Corriere della Sera, Le Monde ou le Times ; Occidentale n’est pas pour toi. »

Si le mouvement a réussi aujourd’hui à convaincre plus de 4 000 membres répartis dans 40 sections à travers la botte, c’est parce qu’il offre un système clos, complet, cohérent d’activités politiques et sociales intégrales et intégrantes. Une base médiatique qui lui permet de diffuser une information sans contestation, sans débat avec ceux qu’il accuse de tordre ses concepts et ses arguments. Lutter, penser, manger, dormir, respirer CasaPound. Une expérience de vie totale, hégémonique et résistante, qui parfois se confond avec celle d’un mouvement sectaire ou d’un totalitarisme qui exhale un troublant parfum d’entre-deux guerres.

 

Chinatown

L’immeuble de CasaPound se situe sur la colline de l’Esquilin à trois rues de la gare Termini de Rome. Ce quartier est un des 22 rioni (subdivision urbaine datant de l’Antiquité) du centre historique et l’un des plus populaires de la capitale. L’activité est dense et les rues sont bordées de petites échoppes. Des coiffeurs africains, des traiteurs vietnamiens, des bijouteries indiennes, des merceries pakistanaises ou des kebabs turcs. Une véritable ode au multiculturalisme.

La communauté chinoise est présente dans le quartier depuis les années 1970. Aujourd’hui, c’est incontestablement la plus importante du quartier, ce qui amène de nombreux romains à désigner l’Esquilin comme le « Chinatown » de la ville. S’emparant de ce phénomène, CasaPound a présenté, en mai 2013, un projet d’aménagement du territoire visant à la requalification d’un Esquilin « abandonné à lui-même », selon la brochure présentant le projet. Ce dernier a pour objectif de segmenter le quartier entre la partie est, qui selon le mouvement est « aux mains des Chinois », et la partie ouest désignée comme « l’Esquilin des Italiens ».

Une ségrégation déguisée

La longue présence des Chinois dans l’Esquilin en a fait une communauté indissociable du quartier, voire indélogeable pour certains. De la partie Est, CasaPound souhaiterait faire un véritable Chinatown touristique, où les Chinois auraient le droit de s’exposer culturellement, en « ouvrant des salons de thé, des restaurants ethniques et des dojos d’arts martiaux ». Le périmètre culturel serait géographiquement marqué par « des portes d’entrée typiques de Chinatown » et il y serait autorisé d’utiliser le chinois pour la signalisation des commerces. CasaPound justifie cet élan de générosité par la plus-value touristique et économique qu’un tel projet apporterait à l’ensemble du quartier, permettant aussi la réduction des déprédations et des « trafics illégaux auxquels se consacrent les immigrés clandestins ».

En contrepartie de cette débauche de folklore autorisé, la partie ouest de « l’Esquilin italien » sera réhabilitée en un pôle dédié « à la tradition romaine et à la culture italienne ». Ce qui serait réalisable grâce à « l’attractivité nouvelle de Chinatown », apportant ses flots de touristes en manque d’exotisme. Revers de la médaille, dans cette partie du quartier, il serait, bien entendu, « strictement interdit d’arborer des enseignes en langue étrangère ». Ou quand CasaPound sépare les cultures prétextant le bien économique de tous.

 

La segmentation géographique ci-dessus a été réalisée, selon CasaPound, avec le consentement de la communauté chinoise. Sur le plan, la rue Napoléon III est coupée par cette frontière fictive à la hauteur du numéro 8, qui n’est autre que l’adresse de l’immeuble CasaPound. Un tracé qui permet de justesse à la maison des « fascistes du troisième millénaire » de se retrouver dans « l’Esquilin italien ». Malgré les dizaines d’affiches électorales de CasaPound placardées sur les murs alentours, aucun des commerçants chinois n’a été en mesure de répondre à nos questions concernant leurs voisins militants ou le projet de Chinatown. Seuls des « No ! No ! No ! » précipités, comme une ritournelle, sont venus accueillir nos interrogations. Au mieux, nous étions redirigés vers un commerçant voisin, au pire repoussés physiquement à l’évocation de notre statut de journaliste.

 

Cerberus

 

 

 

Café de l’Esquilino

 

Dans ce café tenu par un vieux couple, une myriade de clichés sur le mur met en scène hommes, femmes et enfants vêtus comme dans la Rome antique. La patronne en parle comme une mère parlerait des portraits de ses fils. Sur le comptoir, son mari pose un gros livre illustré qui fait office d’album familial. Il s’agit d’une reproduction historique de la vie des légionnaires, esclaves et autres lurons de l’Empire dont la devise est gravée un peu partout dans la pierre de la ville : SPQR (Senatus Populusque Romanus, le Sénat et le Peuple romain).

Sur le seuil de son établissement, le patron se lance dans une démonstration de salut légionnaire. C’est la passion de le Rome antique qui parle, lorsque le poing du vieillard frappe son buste et que son bras taille l’air, tantôt droit devant lui, tantôt sur son côté droit. Le geste fait se retourner quelques têtes dans la rue. Des regards interloqués par ce qui est devenu le signe de ralliement des fascistes.

 

Au sujet des militants de CasaPound : « Oh, ils passent boire le café de temps en temps. Ils ne sont pas dangereux. »

 

En fait, il n’y a pas de contradiction fondamentale entre le fait de dire qu’il y a bien approfondissement de la crise ces dernières années et que le capitalisme est d’une certaine façon une crise permanente : la crise peut être analysée à la fois comme un mode de fonctionnement ordinaire du capitalisme et comme une remise en cause potentielle de sa propre existence. Le capitalisme est ce jeu qui inclut sa contradiction dans sa propre règle, et qui donc pourrait tendre à son abolition, mais la réalité c’est que c’est à la lutte des classes, c’est à nous de le faire.

 

La crise actuelle pourrait bien sûr être résolue par des moyens déjà utilisés historiquement par ce système dans des contextes comparables: guerre(s), destruction massive des moyens de production et de la force de travail. Elle pourrait aussi durer longtemps dans un processus continu d’appauvrissement pour la plupart d’entre nous, secoué par des explosions sans issue, voire des conflits de tous contre tous (concurrence entre groupes, racisme…).

 

Mais on peut aussi penser que, pendant une crise grave prolongée, les automatismes sociaux, les habitudes, s’affaiblissent et disparaissent. Beaucoup de personnes pourraient remettre en question ce qu’elles considéraient auparavant comme naturel, inévitable. Et c’est bien pour cela que les crises sont potentiellement des moments de remise en cause du capitalisme.

 

Alors pourquoi cette analyse, qui est à peu près la seule à se trouver confirmée aujourd’hui par la crise récente, suscite-t-elle si peu d’attention? Pourquoi est-il si difficile d’admettre aujourd’hui que notre système est à bout de souffle? Avant tout parce que personne ne peut vraiment imaginer la fin du capitalisme. L’idée même suscite une peur panique. Tout le monde pense qu’il a trop peu d’argent, mais chacun se sent menacé. Or, c’est bien l’argent mais aussi la marchandise, le travail, la propriété et l’État, qu’il faut attaquer.

 

La disparition de cette société représente un tel bouleversement qu’on ne l’envisage pas nécessairement avec légèreté. Mais nous ne sommes pas condamnés à tenter de sauver l’économie qui chancelle et nous écrase. Nous pouvons contribuer à sa disparition. Pas pour le néant, mais pour un monde sans État et sans classes, un monde pour toutes et tous, sans exploitation ni domination.

_________________________

[1] Les antilibéraux rêvent de retourner à un Etat qui les protègerait du capitalisme alors même que la fonction de l’État est d’assurer son bon fonctionnement. Dans ces conditions leur politique aboutit simplement à des formes nouvelles de patriotisme économique, des mesures plus ou moins protectionnistes pour essayer d’empêcher les délocalisations, voire carrément au nationalisme.

Collectif de la Revue Internationale Sur la Crise – Paris

 

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