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25/02/2013

La tranchée des espoirs

 

Scène tiré film «A l'Ouest rien nouveau» 1930

Scène tirée du film All Quiet On The Western Front (A l'Ouest, rien de nouveau), film de Lewis Milestone (1930)© AFP - The Picture Desk - Koba

«Il est tombé en octobre 1918, un jour où tout était si tranquille et calme sur tout le front que le rapport de l'état-major tenait en une phrase, ‘‘A l'Ouest, rien de nouveau’’». Ainsi se termine le roman d’Erich Maria Remarque, de son vrai nom Erich Paul Remark. Ce jour-là, tout est certes «tranquille et calme». Mais c’est ce jour-là que disparaît le héros du livre Paul Bäumer, dernier survivant de son groupe de camarades avec qui il a connu pêle-mêle les tranchées, l’angoisse de la mort, les rats, la folie, les gaz…

Pour lancer l’ouvrage, son éditeur, Propyläen Verlag a prévu un vrai plan marketing avant l’heure : «campagne publicitaire, avec force encarts et panneaux», «publication en avant-première du livre sous forme de feuilleton»dans «le principal quotidien libéral, Die Vossische Zeitung, chéri par le milieu intellectuel berlinois», raconte L’Express.  

«Peut-être le livre le plus important contre la guerre», juge la «Süddeutsche Zeitung» à propos de «A l’Ouest, rien de nouveau» (1929). Un roman sur la Première guerre, écrit par le journaliste Erich Maria Remarque. Le livre connut un immense succès: un million d’exemplaires vendus la première année, rien qu'en Allemagne. Jusqu'à aujourd'hui, il s'en serait vendu 30 millions d'exemplaires !

Un succès et des réactions considérables
Le succès est immédiat. Phénoménal. D’autant plus que dès 1930, il est porté au cinéma par le réalisateur hollywoodien Lewis Milestone. Lors de la sortie de «All Quiet On The Western Front» à Berlin, les nazis perturbent la soirée en jetant des boules puantes. Tandis que «du balcon, Joseph Goebbels (futur ministre de la Propagande d’Hitler, NDLR) clame que le film est une tentative de détruire l'image de l'Allemagne».

L'affiche film américain «A l'Ouest rien nouveau»

 

n

LA BANDE-ANNONCE (en VO non sous-titrée)

 

 

a l'ouest rien de nouveau film de lewis milestone avec lew ayres. états-unis (1930 , noir et blanc) , version originale sous-titrée.

e succès est également surprenant. Car il intervient plus de dix ans après la fin de la guerre. Alors que la veine des livres témoignages s’épuise : plusieurs centaines d’ouvrages de ce genre ont déjà été publiés au cours de la décennie précédente. Certains expriment l’héroïsme des combattants comme le conservateur allemand Ernst Jünger dans Orages d’acier (1920). D’autres, comme Remarque, témoignent de l’horreur des affrontements, tel le communiste français Henri Barbusse dans son autobiographie Le Feu (1916).

Le triomphe de A l’Ouest, rien de nouveau dépasse son auteur. «Sans l’avoir cherché, il est devenu le porte-parole de tous les soldats entraînés dans ce conflit», estime le biographe de Remarque, Hilton Tims, cité par L’Express.


 a l'ouest rien de nouveau
 

 



Les réactions sont proportionnelles au succès : considérables. La droite nationaliste et les nazis y voient un témoignage du défaitisme. Un témoignage contredisant la thèse selon laquelle la vaillante armée allemande n’a pas été vaincue sur le champ de bataille mais trahie par les politiques (la fameuse légende du «coup de poignard dans le dos»). Pour le Völkischer Beobachter, quotidien du parti national-socialiste, l’ouvrage de Remarque falsifie le «vrai vécu de la guerre». Pour Jünger, le livre «est un camouflage, dans ce sens où il crée l’illusion que l’Allemagne est dominée par l’internationalisme et le pacifisme» (cité par L’Express).

Quant à la gauche et l’extrême gauche, elles lui reprochent de ne pas s’attaquer aux classes dirigeantes. De ne pas dénoncer les vraies causes de la guerre, selon elles, liées au capitalisme.

Le phénoménal succès du livre «A l'Ouest, rien de nouveau» - Geopolis

« A l'Ouest, rien de nouveau » : l'ardeur pacifiste et la furie nazie

 

Paths of Glory" ("Les sentiers de la gloire"),
>> de Stanley Kubrick, 1957, 1h28, VOSTFR


Ce film nous servira, à quelques jours de l’année 2014, d’introduction àla célébration du centenaire de la grande boucherie patriotique. Considéré comme injurieux pour l’armée française à sa sortie, le film ne fut diffusé en France qu’en 1975. Le film s’inspirerait d’un épisode réel de la guerre de 1914-1918, lorsqu’un général fit bombarder les tranchées de certains de ses soldats qui refusaient de monter à l’assaut puis fit fusiller quatre caporaux pour l’exemple. Les Sentiers de la gloire 1/6 - Vidéo Dailymotion 1957 Paths of Glory


 
 

 

 

PDF] Paths of Glory / Les sentiers de la gloire / Wege zum Ruhm , PDF] Les Sentiers de la gloire - Mission TICE Les Sentiers de la gloire 2/6 : , 3/6, 4/ 6, 5/6 , 6/6  Etat 2 Guerre

En juin 1918, à la suite d'un bombardement, deux bouts de tranchées qui se font face sont coupés du reste du front. Six poilus français se retrouvent face à six soldats allemands, à portée de voix. Entre eux, un énorme obus qui n'a pas explosé et qu'il faudrait désamorcer. Malgré un gradé va-t-en guerre, qui rêve de médailles et deux brutes qui ne pensent qu'à s'entretuer, une trêve s'instaure entre les deux camps. Tout près de là, dans une ferme à moitié détruite, une femme attend, elle aussi, la fin de la guerre et le retour de son homme. Heureuse de sortir de son isolement, elle offre à ces soldats, au-delà de leur nationalité, un repas autour d'une table, un peu d'amitié et de réconfort...

La guerreTranchée Des Espoirs 1914 1918 2003 - YouTube
 
 

 

LA TRANCHÉE (BANDE-ANNONCE), - Les enfants des mille collines (1994) - Vidéo

2- Les enfants des mille collines (1994  (2/2) Envoyé Spécial - 1994 - "Les enfants des mille collines

Le filmLe 8.4.2013 à 13h45 Un téléfilm récompensé par le Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine pour le jeune Léo Paul Salmain.Le 21 octobre 1941, trois militants des jeunesses communistes abattent un officier allemand dans le centre de Nantes. En représailles, Hitler exige aussitôt l’exécution de cent cinquante otages français...
Un récit qui pose de nombreuses questions sur l’obéissance et sur la culpabilité.

 

La Mer à l'aube Une fiction signée Volker Schlöndorff Les dernières heures de Guy Môquet et de ses camarades, fusillés en 1941 par les Allemands en représailles d’un attentat. Une fiction basée sur les documents d’époque, inspirée par Pierre-Louis Basse, par une nouvelle d’Heinrich Böll et les écrits d’Ernst Jünger, et récompensée par le Fipa d’or de la meilleure interprétation masculine pour le jeune Léo Paul Salmain.


La Mer à l'Aube - extrait

Trois extraits vidéo du film

Une reconstitution en mosaïque, un chant polyphonique, sans parti pris, à l’intention de tous ceux qui doutent du sens de l’Europe.

UNE MACHINE IMPITOYABLE
Premier film réalisé par un cinéaste allemand sur l’Occupation, La Mer à l’aube est le récit des quelques heures qui séparent l’attentat de l’exécution des otages, prisonniers communistes pour la plupart, marionnettes suspendues aux fils d’une machine impitoyable qui ne fonctionne qu’à force d’obéissance – celle des gendarmes et fonctionnaires français autant que celle des hauts gradés et simples soldats allemands. Benjamin des otages du camp de Choisel, Guy Môquet, 17 ans, est magistralement interprété par le jeune Léo Paul Salmain, sous les traits d’un gamin infiniment touchant dont l’élan vital est brisé net. Fondé sur des documents d’époque, mais également inspiré par des écrits d’Ernst Jünger et de Heinrich Böll, ce film se veut, selon son auteur, « une reconstitution en mosaïque, un chant polyphonique, sans parti pris, à l’intention de tous ceux qui doutent du sens de l’Europe ».


  • Récompenses
    Fipa d’Or 2012 de la meilleure interprétation masculine (Léo Paul Salmain)
    Prix du meilleur réalisateur, Luchon 2012
    Sélectionné dans la catégorie Panorama, Berlinale 2012


la lettre de Guy moquet 

 

 



 

 

 



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La Mer à l’aube

 

La.Mer.a.L.Aube.2011. une sélection de LA101TV http://www.youtube.com/watch?v=KoaYRi6ojWg

 A na morzu spokój La Mer à l'aube 2011 polski dubbing

La Mer à l'aube

Women Without Men

On aime beaucoup Comédie dramatique réalisé en 2009 par Shirin Neshat

A Téhéran, en 1953, un putsch militaire, fomenté par la CIA et le shah d'Iran en exil, renverse le Premier ministre Mohammed Mossadegh. Dans ce contexte trouble, quatre femmes cherchent à échapper à leur destin. Munis tente de s'engager politiquement malgré l'interdiction de son frère, religieux orthodoxe, qui espère la marier. Faezeh, sa meilleure amie, ressent pour celui-ci un amour secret. Zarin, une jeune prostituée, s'enfuit de sa maison close. Fakhri, une femme d'âge mûr, est en butte aux humiliations que lui inflige son mari, un militaire de haut rang. Toutes cherchent refuge dans un verger merveilleux, aux portes de la ville...

LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 13/04/2011

On n'aime pas Août 1953, à Téhéran. Alors que la CIA complote avec le shah d'Iran pour renverser le gouvernement  (Lire la suite) Women women without men! - YouTube, Women Without Men Movie Trailer - Persian w/ English Subtitles - , Women Without Men Movie - YouTube, " women without men " - official film trailer - 2009. - YouTube

12/10/2016Relents de guerre froide

03/02/2013

ARTE Reportage

 

Burkina Faso : l’exode des « hommes bleus »
Dans le nord-est du Burkina Faso, près de Dori, le camp de Goudebou accueillait déjà de nombreux réfugiés touaregs, conséquence dramatique de la rébellion menée de l’autre côté de la frontière en mars dernier par les groupes islamistes comme Ansar Dine ou le Moujao.
Depuis l‘intervention de l’armée française au Mali le 11 janvier dernier, leur nombre a fortement augmenté. Quasi quotidiennement, des dizaines de camions transportent des familles entières vers Goudebou. Ces réfugiés seraient aujourd’hui près de 5 000, à 90 % selon HCR qui administre le camp, d’origine touareg. Aujourd’hui dans leur propre pays, ces maliens « à la peau claire » sont souvent assimilés aux « terroristes » par les populations noires qui ont eu à souffrir des exactions des jihadistes. Certains d’entre eux se disent victimes d’une « chasse aux turbans ». Dans un abri de fortune vit désormais Amidi Ag Habo, le maire d’Intahaka, petit village du Nord du Mali victime de récents pillages. Téléphone vissé à l’oreille, il aide ses administrés qui cherchent à le rejoindre malgré les risques. cf bataille de l'énergie 2



Chine : le déclin de Wenzhou
Rien ne va plus dans le berceau du capitalisme privé chinois. Frappée de plein fouet par la crise, la ville côtière de Wenzhou, célèbre pour ses entreprises prospères, est en pleine débâcle.

Depuis un an, le vent tourne et les entreprises enregistrent des pertes, tandis que la production stagne. Le gouvernement a relevé les taux d’intérêt et gelé une grande quantité du capital dans les banques d’état.
Des centaines de milliers de personnes ont perdu leur travail. Contraints de s’adapter pour subvenir aux besoins de leurs familles, certains ouvriers s’improvisent conducteurs de pousse-pousse ou vendeurs de fruits et légumes. D’autres travailleurs itinérants retournent chez eux, à la campagne, où la vie est moins chère.
La crise que traverse la région provient du modèle même de développement de Wenzhou, qui repose sur la production massive de marchandises vendues à bas coût avec des marges peu élevées. Gagner le plus d’argent le plus rapidement possible : une démarche à court terme qui a précipité le déclin d’une région qui incarnait le miracle économique chinois.

Retour à Stalingrad
2 Février 1943, 2 février 2013. 70 ans après la fin de la bataille qui a marqué un tournant décisif de la Seconde Guerre mondiale, l’équipe d’ARTE Reportage est retournée à Stalingrad. Symbole international de la victoire sur le nazisme, l’aura de Stalingrad est intacte.
Entièrement reconstruite, rebaptisée Volgograd, la ville s’apprête à recevoir Vladimir Poutine pour la célébration en grande pompe de cet anniversaire. En quête de symboles patriotiques forts, c’est une occasion rêvée pour le régime d’afficher son pouvoir en s’appropriant cette page glorieuse de l’Histoire soviétique. Prendre appui sur le fantôme de Staline, encore présent dans la conscience collective pour restaurer la grandeur de la Russie dans le monde. Un nouveau patriotisme susceptible de séduire la jeunesse comme les anciens combattants, tout en envoyant un message fort à l’Occident.

(France, 2013, 52mn)
ARTE


Date de première diffusion : Hier, 18h37

Date(s) de rediffusion : Lundi, 4 février 2013, 10h45

 

10/07/2012

Le chagrin et la pitié

 

Marcel Ophuls : “Je n’aime pas me servir d’une caméra comme d’une arme

Entretien | Il aurait préféré réaliser des comédies, mais il en a été autrement. A l'occasion de la rediffusion de son documentaire “Le Chagrin et la Pitié” sur Arte, nous avons rencontré Marcel Ophuls.

Le 10/07/2012 à 00h00
Propos recueillis par François Ekchajzer

Claude Lanzmann et Marcel Ophuls. © Courtesy of Icarus Films

A 84 ans, Marcel Ophuls n'en démord pas : c'est dans la comédie qu'il aurait aimé faire carrière ! Mais l'insuccès de Feu à volonté (avec Eddie Constantine, en 1965) et le besoin de gagner « du pognon » l'ont inexorablement poussé vers le documentaire, genre qu'il n'aime pas mais auquel il a quand même donné quelques chefs-d'œuvre : Hotel Terminus (autour de Klaus Barbie) en 1988, November Days (autour de la chute du Mur) en 1991, Veillées d'armes (sur la guerre de Bosnie) en 1994 ou… Le Chagrin et la Pitié, chronique d'une ville française sous l'Occupation (en 1969), qu'Arte rediffuse le 10 juillet 2012.

Comment jugez-vous aujourd'hui la censure qui s'est exercée contre Le Chagrin et la Pitié, et qui a contribué à sa réputation ?
Produit à l'origine pour l'ORTF, le film a dû attendre douze ans avant de passer à la télévision française. J'y vois un effet de la mainmise des gaullistes et du Parti communiste sur la mémoire de la France occupée. Le directeur général de l'ORTF était allé voir le Général à Colombey, pour lui demander ce qu'il devait faire de ce film qui évoquait des « vérités désagréables ». De Gaulle lui aurait répondu : « La France n'a pas besoin de vérités ; la France a besoin d'espoir. » D'une certaine manière, je trouve cette réponse magnifique et d'une très grande classe. Mais on ne faisait pas le même métier, le Général et moi. Et puis l'heure c'est l'heure. Si nous n'avions pas fait Le Chagrin et la Pitié, André Harris et moi, d'autres que nous l'auraient fait. Le temps était venu de crever l'abcès, de déconstruire le mythe.

A revoir aujourd'hui le film, on s'étonne de le trouver si éloigné de la réputation excessivement noire qui lui colle à la peau. Dans Le Chagrin et le venin (Bayard, 2011), l'historien Pierre Laborie défend pourtant l'idée que votre film a substitué au mythe gaulliste d'une France résistante le contre-mythe d'une France collaborationniste.
Pour m'éviter de la peine, ma famille a essayé de me cacher l'existence de ce livre. Quelqu'un me l'a quand même signalé et je l'ai lu. C'est un authentique travail d'historien, mais je ne suis évidemment pas d'accord avec ses conclusions. Pierre Laborie avance que Le Chagrin et la Pitié a créé une vulgate et a banalisé la perception des années sombres. Cela me semble très excessif.

L'interview de Marius Klein, commerçant clermontois, donne au film l'une de ses scènes les plus cinglantes et l'une des plus allusives.
C'est effectivement un entretien-clef du film. Il a été complètement improvisé, au détour d'une fin de journée. L'équipe revenait de la cathédrale, où j'avais vainement tenté d'obtenir une interview de l'évêque de Clermont-Ferrand. Avant le tournage, j'avais effectué de nombreuses recherches dans les archives du Moniteur, journal de Pierre Laval. Je n'en avais pas seulement lu les premières pages et les éditoriaux, mais aussi les petites annonces. Dont celle de ce Marius Klein, qui tenait à signaler à son aimable clientèle qu'il n'était pas juif. J'étais en train de descendre la rue et l'équipe rangeait le matériel dans notre véhicule, lorsque j'ai vu l'enseigne : « Chez Marius ». J'ai dit : « Mes enfants, ressortez la caméra. On va filmer cet homme dans sa boutique. » Et on l'a fait en trois minutes !

Pourquoi cette scène est-elle si marquante ?
Parce que cet homme, qui ne se pose pas de questions, même quand on vient le voir avec une caméra, représente une forme d'antisémitisme tout à fait ordinaire, et finalement plus menaçante que les déclarations de Marine Le Pen, de son père, de sa nièce… de ces gens d'extrême droite qui prennent évidemment des positions d'extrême droite. Dans notre quotidien, il y a toujours ce racisme larvé qui nous guette, ne nous lâche jamais et n'est pas même conscient de lui-même. Qu'on peut donc instrumentaliser. Lorsque des gens sortaient d'une projection du Chagrin et la Pitié en disant : « Quarante minutes de Mendès France ! », pour moi c'était déjà un signe…

Dans le livre que vous a consacré Vincent Lowy (1), vous dites que vous vous êtes souvent trouvé « nez à nez avec des tortionnaires, des fanatiques et des criminels de guerre », mais que jamais vous ne vous êtes senti aussi « mal », ni aussi « gêné » qu'au cours de ces cinq minutes d'interview.
Contrairement à Claude Lanzmann, je n'aime pas me servir d'une caméra comme d'une arme, pour faire ciller les gens. Je ne trouve pas ça sympathique – ni efficace, en fin de compte. Quand un cinéaste tente de coller quelqu'un contre le mur, le public le sent et sa sympathie passe très vite du cinéaste à sa victime. C'est une généralisation, mais enfin je vous réponds spontanément. Je préfère qu'il y ait un contrat moral entre la personne devant la caméra et la personne derrière la caméra. Je fais, autant que possible, en sorte que ce soit le cas.

A l'inverse de l'interview de Marius Klein, les scènes avec Pierre Mendès France offrent au Chagrin et la Pitié des moments lumineux. Il y apparaît détendu, en confiance.
J'ai passé deux dimanches avec lui. Le premier, c'était le 27 avril 1969, à Grenoble, dans un petit bureau où il recevait des appels incessants – c'était le dimanche du référendum. A chaque coup de fil, nous pensions devoir quitter la pièce ; ça l'agaçait beaucoup. Il répétait : « Mais non, restez en place, on perd du temps ! De toute façon, je fais en sorte qu'il n'y ait pas de différence entre ma vie publique et ma vie privée. » Qui lui téléphonait ? François Mitterrand, Waldeck Rochet… des personnalités de gauche qui essayaient de le convaincre d'être candidat. A la fin, quand on a remballé le matériel et qu'il avait raté par notre faute plusieurs trains pour Paris, il m'a dit : « Ophuls, on n'a pas terminé hein ? » Je lui ai répondu : « Non, monsieur le président. Pas vraiment. » « Alors rendez-vous chez moi, en Normandie, dimanche prochain. »

Comment a-t-il reçu le film ?
Il en était content. Il paraît qu'il demandait à ses amis : « Comment vous me trouvez en vedette de cinéma ? » Sauf qu'il m'avait envoyé une lettre pour me reprocher d'avoir gardé le témoignage du colonel du Jonchay [ancien résistant, de tendance nationaliste]. « Ce type prétend que j'ai sabré le champagne à Rabat, ce qui n'est absolument pas vrai ! Il fantasme ! Vous n'auriez pas dû mettre ça dans le film. » Bien sûr que si : il fallait le garder dans le film ! Peu importe que l'épisode soit vrai ou fantasmé ; car, si c'est un fantasme, c'est encore plus significatif.

Sur quel film travaillez-vous actuellement ?
Il m'a semblé qu'il était temps d'écrire mes Mémoires. N'étant pas écrivain, l'idée m'est venue de les filmer avant de les écrire, ou plus exactement de les filmer tout en les écrivant. Evidemment, le risque est de tomber dans une sorte de narcissisme, mais c'est intéressant. Depuis que j'ai été agressé en Amérique du Sud, sur le tournage d'Hotel Terminus, ma mémoire me joue des tours. Mais, en élaborant ce film, les souvenirs me reviennent peu à peu, remontent à la surface et enrichissent le projet initial. Ce sera donc un film long. Plus long que les 90 minutes auxquels on veut me limiter.

A quoi ressemblera-t-il ?
A une sorte de carnet de voyage. Ça se passe à Paris, à Lucq-de-Béarn, à Venise, à Londres, à Manhattan… Dans des lieux où j'ai vécu – et j'ai beaucoup vécu dans beaucoup d'endroits. Contrairement à mes précédents films, où je me farcissais des témoins hostiles qu'il fallait amadouer ou mettre en difficulté, celui-ci consistera en une suite d'hommages à des gens que j'ai connus et aimés. Ce sera un film moins déprimant pour moi et, je l'espère, plus gai pour le public. A bien des égards, ce sera une comédie et même, par moments, une comédie musicale.

Vous y chanterez ?
Des chansons de Gershwin, des tubes de ma jeunesse… La comédie et la comédie musicale, vous savez, c'est vraiment ce que j'aurais voulu faire.

En quoi cette attirance contrariée pour la comédie a-t-elle influencé votre pratique du documentaire ?
Ça m'a poussé à développer une approche subjective, personnelle, et à considérer la question du style comme déterminante. Après ce film autobiographique, j'abandonnerai définitivement le genre documentaire qui, année après année, est devenu une prison pour moi.

Pourquoi ?
Parce que je n'aime pas ça ! Ce sera mon dernier documentaire… sauf (car il y a toujours un sauf) si Jean-Luc Godard me propose de réaliser avec lui ce film sur Israël et la Palestine dont il parlait, voilà quelques années. S'il m'appelle pour me dire : « Faisons-le », je serai prêt à me taper la bande de Gaza à la période de Noël – en espérant juste ne pas terminer ma vie enchaîné à un radiateur !

Sinon ?
Je ferai du théâtre, car je suis un enfant de la balle. Jeanne Moreau est l'un des personnages-clefs du film que je suis en train de faire. Elle et François Truffaut ont énormément fait pour moi, qui n'ai malheureusement jamais rien fait pour eux. J'aimerais convaincre Jeanne de revenir au théâtre, avec des pièces que je mettrais en scène.

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A lire

(1) Marcel Ophuls, par Vincent Lowy, Le Bord de l'eau, 2008, 22€.
A lire également : Dialogues sur le cinéma, transcription de conversations entre Marcel Ophuls et Jean-Luc Godard, chez le même éditeur, 2012, 10€.

A voir

Le Chagrin et la Pitié, chronique d'une ville sous l'Occupation, mardi 10 juillet 2012 à 20h50 sur Arte.

Le Chagrin et la Pitié est disponible chez Gaumont, en un coffret de trois DVD.

 

 Le chagrin et la pitié - Chronique d'une ville française sous l'Occupation (1/2)

film 16.jpgL'effondrement
Chronique en deux parties - L'effondrement et Le choix - de l'Occupation à Clermont-Ferrand, le film de Marcel Ophuls est un document exceptionnel qui, comme toutes les grandes oeuvres, est inaccessible au vieillissement, même s'il suscite probablement à chaque époque un choc d'une nature différente. Ce documentaire fleuve (près de quatre heures et demie) entremêle des témoignages d'anonymes et de personnalités de premier plan (Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Georges Bidault, Pierre Mendès-France, Anthony Eden, Jacques Duclos, l'ancien Waffen SS Christian de la Mazière...) ayant appartenu durant la Seconde Guerre mondiale à l'un et l'autre camp.


Recueillis en Auvergne, mais aussi à travers toute l'Europe, mêlés aux images des actualités vichystes et des archives internationales, leurs propos offrent une vision de la collaboration et de  la résistance qui, au moment où ils furent enregistrés, restaient du domaine du tabou. D'une part parce que, si les vrais résistants étaient bien présents, des collaborateurs et des miliciens s'exprimaient publiquement aussi pour la première fois ; et d'autre part, surtout, parce que cette fresque documentaire d'une exceptionnelle densité humaine évoquait sans fard les lâchetés et les compromissions ordinaires de la majeure partie de la population française. Aussi le film provoqua-t-il à sa sortie en salles, le 5 avril 1971, un véritable séisme dans la conscience nationale. Pour certains, il s'agissait d'un "choc salutaire", pour d'autres d'une ignoble traîtrise. Conçu pour la télévision, il n'y sera finalement diffusé qu'en 1981, douze ans après sa réalisation.

(France, Allemagne, Suisse, 1969, 250mn)
ARTE F


Date de première diffusion : Hier, 20h52

Date(s) de rediffusion : Lundi, 16 juillet 2012, 10h45

le chagrin et la pitié #1 - Vidéo Dailymotion, Part 2, part 3, part 4, part 5 , part 6 , part 7 ,

 
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